Par Caroline Veunac
Les attentes : Cool, sexy, drôle, légère, profonde… Californication était l’une des meilleures surprises de l’année 2007. Après un début de saison 2 à moitié réussi, on a eu très peur que le show s’embourbe avec ses personnages dans des chassés-croisés vaudevillesques indignes de son brio habituel. C’était oublier qu’Hank Moody, figure de proue nonchalante et sagace, n’a pas seulement de la classe et du flegme : il a aussi du ressort et de l’endurance.

Le bilan : La très bonne idée de cette deuxième saison, c’est de mettre Hank face à lui-même en lui créant un alter-ego, Lew Ashby, producteur de rock presque aussi espiègle, jouisseur, fleur bleue et dignement désespéré que lui. Lew a besoin d’un biographe, Hank d’un toit après une énième rupture avec Karen : voilà l’écrivain intronisé résident de la Ashby mansion, ce genre d’endroits paradisiaques lovés au creux d’un canyon et tapissés de vieux vinyles, où l’on fait l’amour dans toutes les pièces, entouré de montagnes de cocaïne et de guitares de collection rodées par Kurt Cobain. Cour de récré parfaite pour deux grands gamins vieillissants…

Leur rencontre providentielle permet à la série de traiter le thème de l’amitié masculine avec une délicatesse qui fait depuis longtemps défaut, dans le genre, à Nip/Tuck. La beauté du personnage de Lew, à qui l’excellent Callum Keith Rennie (Battlestar Galactica) donne une fragilité enfantine assez bouleversante, c’est d’être un peu moins intelligent, un peu moins intègre, un peu plus fêlé, un peu plus irrécupérable que son copain. Dans sa solitude sans appel, il incarne ce qu’Hank deviendrait s’il ne prenait pas soin de ce qui compte le plus pour lui. Alors qu’elle aurait pu l’entraîner dans une spirale nihiliste, leur camaraderie fait ainsi office de garde-fou, lui permettant in fine de consolider ses valeurs (notamment en se souvenant de sa rencontre avec Karen, dans l’épisode 10). Les relations avec sa femme et leur fille Becca (de plus en plus attachante) restent donc au centre des enjeux. En passant, l’escale chez Lew participe à la célébration de la Californie libertaire et bon enfant qui fait depuis le début l’atmosphère merveilleusement hédoniste de la série.

Après ces douze épisodes, on est sûr qu’on pourrait bien vivre plus d’un million d’années dans ce coin perpétuellement ensoleillé, où les reproches et la culpabilité finissent toujours par abdiquer devant l’amour de son prochain sous toutes ses formes. Parce que la vie est trop courte, les sentiments qui unissent Hank et Karen sont indépendants des crises qu’ils traversent (dont une paternité surprise), toujours renouvelés ; Hank et Lew peuvent se battre comme des chiffonniers puis se tomber dans les bras juste après, sans rancune. Dans l’évangile selon Moody, on est comme on est : pas de bien ni de mal, juste les conséquences de nos actes. Tant qu’on assume, on est sauvé. Cette éthique humaniste, alliant liberté absolue et responsabilité individuelle, est ici plus évidente encore que dans la première saison, éloignant le personnage d’un Don Juan qui n’aurait d’autre horizon que la séduction pure. Dans son épicurisme, Hank Moody a des principes fermes, au premier rang desquels ne pas considérer ses partenaires féminines comme des proies à ferrer ou des territoires à conquérir. Résultat très réjouissant : Californication est peuplée de belles femmes indépendantes qui ont des rides, de vrais seins, leurs règles, et parfois même des problèmes d’épilation. On ne s’étonne pas qu’elles soient toutes après lui, irrésistible justement parce qu’il les aime comme ça, pour ça. À noter que l’épaisseur dramatique de cette saison ne l’empêche pas d’être très drôle. Les mésaventures de Charlie et de sa femme Marcy (Pamela Adlon, formidable en matrone cocaïnée) dans le milieu du porno donnent lieu à quelques déchaînements burlesques mémorables. Certaines scènes sont assez trash, mais l’humanité des personnages tient le sordide à distance. Dans Californication, le sexe n’est jamais sali, toujours joyeux, et pas si grave que ça : un vrai plaisir de télévision.