Grand bond en avant. En projetant l’intrigue de Desperate Housewives cinq ans plus tard, Marc Cherry donne un nouveau départ à la série. Facile peut-être, mais diablement efficace.

L'histoire : Cinq ans plus tard, Wisteria Lane n’a pas changé. Ses habitants, à l’inverse, ont pris un léger coup de vieux. Gabrielle a troqué ses robes moulantes contre des tee-shirts informes pour assurer l’éducation des deux filles qu’elle a eues avec Carlos ; un terrible accident a séparé Susan et Mike après la naissance de leur petit garçon ; Lynette et Tom sont dépassés par leurs jumeaux, ados et incontrôlables ; Bree, star d’une émission de cuisine, exploite éhontément le talent de Katherine… Quant à Edie, elle fait un retour remarqué au bras d’un mari aussi jovial qu’inquiétant.

Notre avis : Faut-il désespérer de Desperate ? Nous nous posons la question dans le numéro actuellement en kiosque de Générique(s). Après avoir vu le premier épisode de cette cinquième saison, on peut affirmer que non. Que Marc Cherry soit allé chercher son inspiration du côté des flash-forwards de Lost n’enlève rien à la réussite du procédé appliqué à Wisteria Lane. Cinq ans plus tard, tout semble à la fois familier et neuf, plein de promesses. Comme dans Lost, le morceau de temps qui nous a échappé contient son lot de mystères, dont certains seront abandonnés à notre imagination et d’autres éclairés par des flash-backs. Le jeu des révélations, parfaitement dosé, crée de multiples zones de suspense et apporte au présent davantage d’épaisseur émotionnelle (lorsqu’on comprend pourquoi Bree s’investit tant dans son émission, ou pourquoi Susan refuse de s’engager avec son amant). L’intelligence, c’est d’avoir procédé par petites touches, sans tout révolutionner. Il y a bien sûr le plaisir primaire de contempler la métamorphose d’Eva Longoria (formidable) en mère de famille lambda, affublée de quelques kilos de plus. Mais au fond, Gabrielle reste égale à elle-même, usant de la ruse pour forcer sa fillette obèse à courir. Il y a aussi le plaisir, plus subtil, de surprendre Bree (Marcia Cross, fabuleuse) en faute sur son propre terrain, celui de la perfection. Ces plaisirs-là, on ne peut les ressentir que parce que la série existe depuis longtemps. C’est la force de l’âge. Il y a aussi de la tristesse dans ce vieillissement. Le temps n’a pas tout changé, mais il a érodé des surfaces, creusé des failles. Le nouveau visage des Desperate Housewives n’en est que plus passionnant.

Desperate Housewives, une série de Marc Cherry, avec Marcia Cross, Teri Hatcher, Felicity Huffman, Eva Longoria, Nicollette Sheridan, Dana Delany… Le dimanche à 21h sur ABC.