Par Frédéric Foubert
Les attentes : La quatrième saison d'Entourage s'achevait sur le désastre de la projection cannoise de Medellin. Le biopic de Pablo Escobar amoureusement concocté par la star Vincent Chase et le réal' mégalo Billy Walsh se révélait être un atroce nanar. La carrière de notre homme Vince pouvait-elle se remettre d'un tel échec ?

Le bilan : Malgré quelques sommets comiques (le making-of de Medellin, la rencontre avec les fans français de Viking Quest), la saison 4 d'Entourage accusait, pour la première fois de l'histoire du show, un léger coup de mou. L'échec de Medellin, premier faux pas de Vince, est une manière de remettre les compteurs à zéro. En bas de l'échelle hollywoodienne, on prend les mêmes et on recommence. Le caméo de Mark Wahlberg (producteur de la série et "modèle" de Chase), pas croisé depuis l'épisode pilote, est ici une manière de dire que c'est reparti pour un tour. Tout comme l'épisode 5, qui voit Eric Roberts emmener la bande méditer dans le désert à l'aide de champis hallucinogènes, variation sur la mémorable visite chez Val Kilmer, le gourou de la défonce, dans la saison 1. Guests de luxe, ode idiote à la drogue... dans ses premiers épisodes, Entourage ne faillit pas à sa réputation de show le plus fainéant et superficiel du monde. C'est pour ça qu'on l'aime. Mais là encore, malgré l'inoxydable abattage d'Ari Gold, le ronron guette.

Puis, dans son dernier tiers, sur le plateau d'une superproduction pompière, la série s'emballe et retrouve une ampleur et une virulence qu'on ne lui connaissait plus. Et pas seulement parce que Meadow Soprano (Jamie-Lynn Sigler) y tombe folle amoureuse de Turtle. Non, c'est en soumettant son héros aux pires avanies (les colères d'un metteur en scène allemand tyrannique, un tournage qui plante, la proposition de partager la tête d'affiche d'un film avec le chien Benji) qu'Entourage redéfinit ses enjeux en posant deux questions qui fâchent. 1) Une success-story qui ne raconterait qu'une enfilade d'échecs est-elle viable ? (réponse : oui) 2) Et si Vincent Chase n'était en fait qu'un acteur bidon, le pire de sa génération ? (réponse : peut-être). Autant d'angoisses existentielles résolues au cours d'un final explosif, dans les rues du Queens, back to basics. La cerise sur le gâteau y est l'apparition surprise d'un grand cinéaste (pour ne pas trop en dévoiler, disons qu'il est très célèbre, très virtuose et très italo-américain), qui mettra du baume au coeur du spectateur un tant soit peu cinéphile et sentimental. Qui se remet du coup à caresser ce doux rêve : qu'Entourage ne s'arrête jamais. Du moins, pas avant que Vince n'empoche ce satané Oscar...