Départ en fanfare ? C'est déjà la fin (à la télé) pour Kaamelott, qui entre dans sa dernière saison. Avant de verser une petite larme, avant-goût de ce qui nous attend dans ce livre VI en forme de prequel, tourné en large partie à Cinecittà.

L'histoire : "Quinze avant Kaamelott." Le jeune Arthur (Alexandre Astier), enlevé très tôt à sa Bretagne natale, mène une vie banale de soldat de la milice urbaine à Rome. Au Sénat, l'on s'inquiète justement du bourbier breton. Cela fait près de 13 ans que l'armée de César est enlisée au pied du mur d'Hadrien. Un influent sénateur (Patrick Chesnais) a vent d'une légende à propos d'une mystérieuse épée plantée dans un rocher. Il se pique de dégoter dans les troupes de l'Empire un Breton susceptible de prendre cette légende à son compte et de jouer les hommes de paille pour César.

Notre avis : Vus dans des circonstances exceptionnelles, celles d'une Nuit Kaamelott organisée le 25 mars au Grand Rex, les premiers épisodes de ce Livre VI nous ont une nouvelle fois laissés pantois. Alexandre Astier est décidément un homme plein de ressources. Sous ses airs de péplum mégalo, cette ultime saison tournée dans les mythiques studios italiens de Cinecittà figure tout simplement un nouveau bond artistique en avant pour la série, prélude aux adaptations ciné qui devraient suivre. Le passage au format long (52 minutes) opéré au livre V au prix de quelques faiblesses, apparaît cette fois complètement digéré. Ce qui n'empêche pas Astier de prendre un risque supplémentaire. Celui, en opérant un flashback monumental quinze ans avant les événements des 5 premières saisons, d'introduire quantité de nouveaux personnages principaux. Sans que Kaamelott ne perde de son identité faite de blagues potaches et de grommellements dévastateurs. Enième preuve du talent d'écriture et de direction d'acteurs d'Alexandre Astier.

Ce Livre VI profite d'une intrigue vraiment ambitieuse, promesse d'une épopée (la création de la Table Ronde) dont on n'avait pu voir jusqu'ici que le pathétique résultat. Les décors et costumes, sublimes, ont visiblement inspiré le réalisateur (Astier himself), si bien que, toutes proportions gardées, on n'est pas loin d'un Rome - la série HBO - à la française, riche en intrigues de cour rondement menées. Celles-ci profitent notamment d'un Patrick Chesnais impeccable, tout de nonchalance feinte. Il n'est pas le seul à porter la toge avec panache. A ses côtés Alain Doutey, Tchéky Karyo, François Levantal et Patrick Catalifo ne sont pas mal non plus, sans parler d'un Pierre Mondy, qui en quelques scènes fait de son César un grand-père blasé irrésistible. Et puis le principe du prequel c'est qu'on y observe les héros de demain dans leur prime jeunesse. Véritable festival pour les fans (et ils étaient nombreux au Grand Rex à hurler des "On en a gros !"), ce Livre VI fourmille de clins d'oeil en direction du Kaamelott que l'on connaît bien. L'occasion de retrouver même le temps de quelques scènes la distribution habituelle de la série, des cheveux en plus. Sans préjuger de la suite de ce Livre VI, les conditions semblent réunies pour un feu d'artifice final à la hauteur de cette série qui restera, c'est une certitude, comme une étape essentielle dans l'histoire de la fiction télé française.

Kaamelott Livre VI, avec Alexandre Astier, Lionnel Astier, Joëlle Sevilla, Anne Girouard... En avril sur M6.