Les attentes : La première saison de Mad Men s’achevait au lendemain de l’élection de JFK à la Maison Blanche, en 1961. Don Draper rentrait chez lui pour trouver la maison vide et s’asseyait sur les marches de l’escalier, un peu perdu, alors que Bob Dylan entonnait Don’t Think Twice, It’s All Right. Le titre ne sortirait que deux ans plus tard, en 1963. Un homme du passé, une chanson qui n’existe pas encore : les temps se préparaient à changer. Une sorte d’anti-cliffhanger, qui donnait tout de même très envie de voir la suite.

Le bilan : Le début de la deuxième saison (diffusée du 27 juillet au 26 octobre derniers sur AMC) nous invite à retrouver les personnages en 1962, cette fois sur l’air de Let’s Twist again, sorti en 1961. Nous voilà donc à nouveau synchrones. Comme toujours, la série de Matthew Weiner ne passe pas en force, elle avance en majesté. Les transformations personnelles et collectives s’y apparentent plus à des mues qu’à des révolutions. Dès les premiers plans, on relève pourtant de nouveaux présages : la bible des publicitaires qui traîne sur la coiffeuse de Peggy, le regard déterminé de Betty guidant sa monture vers l’obstacle, le front soucieux de Don quand son médecin lui annonce qu’il a de la tension. Hommes en crise, femmes au bord de l’émancipation : Mad Men continue de scruter la manière dont l’histoire en train de se faire affecte la part intime des individus, en fonction du rôle social qu’ils subissaient jusqu’alors. La première photocopieuse encombrant le bureau de Peggy, les rassemblements pour les droits des Noirs auxquels Paul participe par snobisme, la dualité Jackie/Marilyn fantasmée dans une campagne pour un soutien-gorge…

Les signes de la modernité se multiplient, comme autant d’occasions de surprendre, avec souvent beaucoup de drôlerie, la manière dont ces habitants des sixties se positionnent et se repositionnent par rapport au sexe opposé et à l’altérité en général. Dans cette saison, plus encore que dans la précédente, Mad Men, en authentique série féministe, parle autant de libération masculine que féminine, même si ce sont les femmes qui initient le mouvement. En bravant les préjugés (Peggy) ou en refusant soudain d’être brimées (Betty), elles obligent les hommes à sortir à leur tour de leur gangue. Après le basculement de l’épisode 7, la deuxième moitié de la saison s’intéresse tout autant aux conquêtes parfois douloureuses de Betty, Peggy et Joan qu’aux métamorphoses de Don, Roger et Pete. Dans les trois derniers épisodes, ponctués de scènes magistrales (la baignade de Don dans l’océan, le moment de tendresse matinale entre Roger et sa jeune maîtresse, la confession de Pete…), c’est à leur tour de se mettre à nu. Savent-ils que le spectacle de leur vulnérabilité les rend plus virils que jamais ? Précisons enfin que Mad Men demeure, dans cette deuxième saison, la série la plus belle à regarder. L’excellence de la réalisation culmine dans les fermetures d’épisodes, tantôt lyriques (épisode 1), tantôt brutales (épisode 7), toujours éblouissantes.