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RITV 2008 : la marque des unitaires

Les Rencontres internationales de télévision de Reims, ouvertes cette année sur fond de polémique autour de la suppression de la publicité des chaînes publiques, ont surtout récompensé des téléfilms.

« Nous voulons être les témoins d’une télévision citoyenne. […] À Reims, il n’y a rien à vendre, on cultive l’amitié et la confrontation. […] Sur les 40 000 romans publiés chaque année, combien restent ? Sur les 150 films de long métrage produits, combien marqueront ? […] On ne peut demander à la télévision de produire 350 chef-d’œuvres par an. » Dans son discours d’ouverture des 21e RITV, Maurice Frydland, directeur général de l’association, tenait à légitimer la défense d’un 8e Art parfois sali par la médiocrité de certaines émissions. Alors qu’une mauvaise programmation d’un festival de films ou des sorties de navets n’entachent pas l’art cinématographique dans son ensemble, de très moyennes fictions télé peuvent plomber rapidement la considération à l’égard des séries et téléfilms en général. Frydland, comme tous les membres des RITV, semblent penser que la télévision reste « une chose sérieuse et est encore pour longtemps le seul vecteur culturel qui se répandra partout ».  

Dernière édition ?  

La perspective d’une possible suppression de la publicité du service public était également évoquée par le discours de Maurice Frydland. Elle aura même été au centre du débat organisé dans le cadre du Forum des cerveaux disponibles. La fin de la pub va-t-elle limiter les moyens de France Télévisions ? Au contraire, est-ce une chance au niveau de la créativité et la décision tant attendue par les intellectuels qui conspuaient la réclame ? Les festivaliers et professionnels auront pu en débattre. Mais les discours d’ouverture étaient également imprégnés par une rumeur : celle de la fin des RITV, hâtée par la nouvelle municipalité. « Je veux à la fois souligner l’utilité de cette manifestation, sa qualité. Mais je veux aussi dire mon souhait de la voir évoluer » déclarait le premier soir la maire socialiste Adeline Hazan, qui a défendu pendant sa campagne un projet de « Nouveau Reims », visant à transformer la ville en « métropole européenne culturelle ». Hors, pour certains, les Rémois ne profiteraient peut-être pas assez des RITV… Toujours est-il que la 21e édition, si elle comptait moins d’étrangers présents pour défendre leurs fictions que d’habitude, a su proposer des bonnes choses à son public. 

Couronnements britanniques 

Avec deux téléfilms, Stuart : A Life Backwards et The Mark of Cain, la Grande-Bretagne est ressortie en quelque sorte « victorieuse » des Rencontres. Trois récompenses chacun, dont le Prix SACD du Meilleur scénario pour Stuart et le Prix Claude Santelli du Meilleur téléfilm pour The Mark of Cain. Ce dernier, signé Marc Munden et diffusé sur Channel 4, traite des tortures commises par les soldats de Sa Majesté en Irak. L’autre film, réalisé par David Attwood d’après l’ouvrage biographique d’Alexander Masters, conte les déboires d’un jeune homme sans-abri et alcoolique. Deux sujets pas vraiment glamours et joyeux, mais très maîtrisés et en prise avec le réel, comme les apprécient le dernier président du jury cannois Sean Penn. D’autres œuvres étaient également réussies, même si elles n’ont rien obtenu. L’unitaire allemand Die Todesautomatik de Niki Stein, tiré d’une histoire vraie, avait comme intérêt d’informer le téléspectateur sur une pratique scandaleuse de la RDA dans les années 70 : l’utilisation de mitraillettes automatisées pour tirer sur les dissidents est-allemands qui cherchaient à passer à l’Ouest, et leur dénonciation par de simples citoyens. Avec Wait for the birth of the husband, film chinois de Zheng Hua, qui a reçu le Prix de la Meilleur comédienne, exposant une pratique de la minorité hakka, on pouvait se demander si le film n’était pas progouvernemental, visant à ridiculiser une tradition locale certes très particulière. Côté séries, a contrario de l’électrochoc Cape Wrath qui a mis mal à l’aise beaucoup de gens, les deux premiers épisodes de Pushing Daisies ont su séduire la salle, hilare devant des gags irrésistibles et un rythme qui ne faiblit pas, ainsi qu’obtenir les deux Prix du Meilleur feuilleton, celui du jury professionnel et celui du jury public.      

L’un et le multiple

Il n’empêche, la domination des téléfilms pose une interrogation importante concernant le traitement des fictions télé. En tant que journaliste spécialisé en séries, doit-on continuer à ignorer des unitaires qui, lorsqu’ils sont très bons, mériteraient un sortie sur grand écran – ce qui arrive parfois, quand il n’y a pas deux versions, comme pour certains titres de la collection des années 90 "Tous les garçons et les filles de leur âge" – alors qu’ils n’ont par définition rien de sériel ? Et si oui, pourquoi chroniquer des téléfilms en deux parties, appelés miniseries aux USA mais qui sont souvent écrits comme de longs téléfilms ? La fiction en deux, trois ou quatre parties n’est plus unitaire, mais pas non plus une vraie série niveau écriture. Le très bon film de télévision vaut plus que la moyenne ou mauvaise série, mais nous rapproche du cinéma, avec comme avantage non négligeable, d’être plus facilement reconnu comme une œuvre à part entière. En attendant de trouver une réponse adéquate et définitive, on peut espérer que ces très bonnes fictions étrangères passent sur nos chaînes, ou sortent en DVD zone 2.

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Minh Thai , posté le 20/08/2008 11:46:19
très bon compte rendu mais qui oublie tout de même l'essentiel qui est le coup de chapeau à Bernard Stora, l'invité du festival 2008. auteur complet, Stora écrit autant pour la télévision que pour le cinéma et surtout, ne fait aucune distinction artistique entre les deux. Ses téléfilms longs (2 parties comme "Le Grand Charles" ou "Elles et moi"), ses unitaires, ses fictions, sont la preuve qu'exigence, travail et talent font bon ménage avec l'industrie. pourquoi ne pas avoir un entretien, un portrait de lui dans Générique(s) ou mieux un beau dossier sur un auteur à part ?
M.T
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