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Grève des scénaristes : le point

L’arrêt de travail des auteurs télé et ciné américains tant redouté par l’industrie devrait débuter dans les jours qui viennent. Etat des lieux provisoire pour ce qui est des séries.

On en parle depuis des mois, ça y est, c’est certain : les scénaristes américains, qu’ils travaillent pour la télévision ou pour le cinéma, vont se mettre en grève. Tout s’est joué dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. A cette date-là arrivait à échéance un contrat entre scénaristes et producteurs de fiction qui courait depuis 2001 et fixait les modalités de rétribution des auteurs. Or en six ans, l’industrie toute entière a changé. La diffusion télé et en salles des séries et films ne représente plus la seule source de recettes pour les producteurs. Désormais la vente des DVD et ce que l’on appelle les « nouveaux médias » (VOD et, plus largement, la diffusion sur le net) dégagent d’importants revenus. Les auteurs réunis au sein de la surpuissante Writers Guild of America (un syndicat unique rassemblant plus de 12 00 membres), à l’aube de négocier un nouveau contrat pour les années qui viennent, souhaitent toucher une part de ce gâteau-là.

Dans les semaines précédant le 31 octobre, de nombreux pourparlers ont été engagés avec l’Association of Motion Picture et Television Producers (le syndicat des producteurs donc, en gros, les networks et les studios), mais d’un côté comme de l’autre, les divergences de fond sont énormes. Dès lors ce qui devait arriver, arrive. Il y a plusieurs semaines, la WGA a consulté ses membres pour obtenir l’autorisation de pouvoir entamer une grève à partir du 1er novembre. Ils se sont prononcés favorablement à plus de 90 %. En conséquence, les premiers piquets devraient être installés cette semaine à l’entrée des sièges des chaînes et des studios.

Huit sur seize pour Lost

L’heure est grave pour ce qui est de la télévision. En effet, dès officialisation de la grève, les chaînes seront dans l’impossibilité de faire écrire tout nouveau scénario et même de retoucher tout scénario déjà écrit. Prenons Lost dont la quatrième saison est prévue pour démarrer sur l’antenne d’ABC en février. Selon le Los Angeles Times, seulement huit épisodes sur les 16 commandés sont prêts. Les autres n’ont pas encore été tournés et sur le plateau, il faudra faire avec les scripts même provisoires qui ont été livrés. Pas question de faire intervenir Damon Lindelof et son équipe pour d’éventuelles retouches, comme cela se fait habituellement par exemple pour corriger une réplique qui sonne mal dans la bouche du comédien. Voire pour changer des scènes entières. Sera filmé ce qui est écrit, point barre. Tout ajout, toute correction devra être effectuée par un non-scénariste de profession. Le produit terminé risque du coup de manquer sérieusement de finition.

Même des séries à l’antenne depuis septembre pourraient voir leur avenir perturbé. La seconde saison de Heroes devait à l’origine compter 23 segments. NBC ne dispose que de 11 épisodes tournés en stock. Et Tim Kring et ses troupes ne pourront eux non plus pas intervenir sur les scripts qui restent à tourner. Quant au spin-off, Heroes : Origins, initialement prévu pour avril, son développement a été suspendu jusqu’à nouvel ordre.

Les seules séries à qui « profitent » cette grève sont finalement les nouveautés de la rentrée dont les scores d’audience sont plutôt décevants. Fox par exemple n’est que très moyennement satisfaite de son polar néo-orléanais K-Ville et de sa comédie Back to You avec Kelsey Grammer. Mais s’abstiendra en toute logique de les déprogrammer, bien heureuse de pouvoir compter sur elles pour meubler l’antenne. Or on se souvient que l’an passé par exemple, les shows précipitamment envoyés aux oubliettes avaient été légion (Vanished, Kidnapped, The Nine, Day Break, etc…) Jusqu’ici, une seule nouvelle série de l’automne a été annulée : Viva Laughlin, la comédie musicale avec Hugh Jackman que CBS a sabordé au bout de deux épisodes seulement.

Et la saison 2008-2009 ?

Même si la grève n’est pas une surprise, et que les chaînes avaient pris quelques précautions en commandant davantage de scripts qu’à l’accoutumée au printemps dernier, les chaînes ne disposent pas de tant de solutions de secours que ça. La principale se nomme rediffusion. Elle est déjà mis en œuvre pour pallier la défection effective dès à présent des « late shows » (type The Daily Show), ces émissions satiriques très scriptées écrites au jour le jour en réaction à l’actualité. Et puis il n’y a pas que la saison en cours qui pourrait être affectée par la grève. La suivante aussi. Les commandes de pilotes pour la rentrée de septembre 2008 sont ainsi au cœur des préoccupations des chaînes. Faut-il ou non se risquer à lancer de nouveaux projets sachant que l’éventualité de se retrouver avec un pilote tout nu, sans possibilité de produire la suite, est à prévoir ? D’autant qu’en juin, deux autres contrats liant l’AMPTP à la corporation des réalisateurs (la DGA) et à celle des acteurs (la SAG) arrivent à expiration.

La rentrée 2008 pourrait donc ressembler à un désert côté nouvelles séries. Les chaînes risquent de miser sur le concret et donc se concentrer sur les séries déjà installées. Et surtout bétonner leurs grilles avec de la télé-réalité (les auteurs en effet n’y sont pas considérés comme des scénaristes et ne sont pas affiliés à la WGA), des jeux et de l’info. Tout cela bien sûr est à suivre attentivement. Et notamment sur le site de Générique(s).

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