1x1 - Visite guidée
La Commune est une bonne surprise proposée par Canal Plus. Une série adulte, forte, développée par un auteur talentueux, Abdel Raouf Dafri, et remarquablement mise en images par Philippe Triboit. Mais disons le tout de go : son premier épisode est loin d’être le plus réussi. De cette tragédie sanglante prenant pour cadre la banlieue, ou plutôt une allégorie de banlieue gangrenée par la violence et les luttes de pouvoir, ce pilote ne laisse entrevoir que le potentiel. Sans vraiment l’exploiter. Dans le prégénérique, un narrateur interprété par Tomer Sisley s’adresse à la caméra devant un mur d’images figurant des blocs de béton tombant du ciel sur la prairie, et se concluant sur ce constat : Dieu devrait venir à La Commune faire l’inventaire de ses échecs. La référence à Oz est évidente. Et pesante. On ne s’autoproclame pas Augustus Hill comme ça. Les interventions de ce coryphée, heureusement, s’émanciperont peu à peu du modèle par la suite pour se fondre dans l’ensemble.

Entrée en matière scolaire
Mais le ton scolaire de cette exposition est donné. L’événement fondateur de la série et l’élément central de cet épisode, c’est le retour à La Commune de François Lazare, un enfant de la cité qui vient de purger vingt ans de réclusion pour le meurtre de deux policiers. Cela, on l’apprend par voie de presse. Ce qui a le mérite d’être efficace mais terriblement convenu. Voir cette scène de présentation par une reporter télé de l’imam Ibrahim, l’autorité musulmane « officielle » dont le leadership religieux nous dit-on pourrait bien être contestée par le charismatique Lazare, converti à l’islam et répondant désormais au nom de Isham Amadi (Francis Renaud).
Le temps presse à l’évidence pour poser les tenants et aboutissants de la série. Dafri et Triboit parent au plus pressé, énumérant les forces en présence : le maire Pietta (Alain Doutey), obsédé par sa réélection ; la dirigeante de la principale association de riverains Anita Rossi (Angela Molina), loin d’être aussi fragile que son apparence ne pourrait le laisser penser ; et surtout le caïd de la cité Housmane Daoud (Doudou Masta), meilleur ami d’enfance d’Amadi qui se voyait bien continuer à exercer seul son règne officieux sur La Commune. A peine a-t-on le temps d’apprendre l’affectation au commissariat local du fils d’un des policiers tués par Amadi, pourtant appelé à tenir un rôle capital dans la série.
Sur un air de Morricone
Heureusement la scène proprement dite de l’arrivée d’Amadi sur ses terres fait mouche. Une meute de journalistes et une foule de badauds l’attendent avec impatience. Daoud, lui, observe tout cela depuis une fenêtre de son appartement, façon Al Swearingen, le tenancier de bordel de Deadwood. On pourrait presque voir les ballots de foin voler au ras du bitume sur un air d’Ennio Morricone. Quand il sort enfin de la berline sur le parking qu’encerclent littéralement les tours de la cité, Amadi est pris de vertige, écrasé par cette nouvelle prison qu’il s’est choisi. Se dessinent des failles dans le personnage que ne soupçonnent pas encore ses futurs adversaires.
Failles confirmées par la jolie idée de son appartement refait à neuf dont il a exigé que toutes les portes soient retirées parce qu’il ne supporte plus l’enfermement. Un peu démonstratif une fois de plus mais le personnage en sort enrichi, habité par un Francis Renaud qui emmène une distribution dans son ensemble excellente. Ne manque finalement à ce pilote qu’un peu de personnalité. Mais dès le deuxième épisode, La Commune rectifiera le tir prenant enfin ses distances avec le manuel de la série pour adultes HBO.
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