1x3 - Le venin de Cerbère
L'épisode 3 s'ouvre sur les réactions suscitées à Rome par la nouvelle du franchissement par César et ses hommes du Rubicon, rivière délimitant symboliquement les abords de la capitale. Le futur dictateur joue ainsi l'un des coups les plus audacieux de la partie de bluff qui l'oppose depuis le début de la série à son ancien ami Pompée et au Sénat. Ses adversaires, et même ses alliés, sont perplexes, tant le choix de marcher sur la ville avec une simple légion tient autant de la provocation politique que du suicide militaire. Mais contre toute attente, l'audace paie : méfiants, Pompée et la plupart des Patriciens préfèrent fuir brièvement la ville en attendant l'arrivée de renforts. Message sous-jacent de la série : au-delà de ses récits réécrits et idéalisés, le cours de l'histoire tient souvent à peu de choses, à un coup de chance. C'est donc sans combattre que César investira une Rome déserte, où ne subsistent que ceux qui lui sont restés fidèles, ou ont choisi de miser sur lui par intérêt. D'où notamment un défilé savoureux chez Atia, avant l'arrivée imminente de César, où celle-ci voit accourrir, mielleux, les clients qui l'avaient délaissée. Auparavant, dans une scène au comique très noir, la maisonnée de cette même Atia, assiégée par les partisans de Pompée, parlemente et se chamaille pour organiser son suicide collectif suivant un ordre très strict. Ces questions de bienséance et d'honneur ont de quoi surprendre tant leur irruption au sein d'une promesse de mort violente paraît naturelle aux protagonistes. Ainsi doivent mourir les bons Romains, surtout s'ils sont nobles. Cet épisode annonce donc le basculement du rapport de force de Pompée vers César, qui oblige les personnages à choisir un camp, ce au cœur même des factions. Pragmatique et légaliste, Brutus ralliera Pompée. Amoureuse, sa mère restera fidèle à César. Chez les Julii, Atia, Octave et sa sœur, bien que fidèles à leur parent, s'interrogent sur le sacrilège commis par César.Comme toujours dans la série, où se mêle finement l'historique et l'anecdotique, le retour de César à Rome est doublé d'un second enjeu, fictif celui-là : les retrouvailles de Vorenus et de son épouse Niobé. Depuis le retour inattendu de Vorenus du front gaulois, leur couple n'en est pas vraiment un, et chacun des époux s'interroge profondément sur la teneur de ses sentiments. Cette intrigue intime parralèle donne lieu à quelques scènes de comédie dans l'épisode (culminant dans la découverte par Vorenus de l'existence du clitoris de son épouse), le centurion cherchant conseil en matière de femmes auprès du peu subtil Pullo. Elle permet aussi au téléspectateur de voir à quel point les Romains sont pieux et combien leur ferveur inonde tous les aspects de leur vie privée. On pense à la scène où Vorenus conjure Vénus de faire naître l'amour chez son épouse. Les interrogations assez anachroniques du personnage sur la santé de son couple débouchent à la fin de l'épisode sur un mea culpa masculin très moderne, lorsque Vorenus et Niobé sont à nouveau réunis. Le mari s'excuse et pardonne ("Le passé, c'est le passé. Recommençons."), certes sans savoir encore que c'est un enfant adultérin que sa femme a mis au monde en son absence. Autre trait d'humour anachronique, les considérations métaphysiques et scientifiques des deux héros sous la voûte céleste, lors desquelles Pullo a déjà l'intuition de la conquète spatiale, qui aura lieu 2 000 ans plus tard. Une sorte de raccourci du paradoxe romain, monde mêlant modernité et croyances, qui semble à la fois proche et éloigné du nôtre.Par ailleurs, cet épisode campe un peu plus la personnalité vicieuse et le caractère bien trempé d'Atia, qui n'hésite pas à faire supprimer purement et simplement Glabius, l'amant indésirable de sa fille Octavia, et qui, même si celle-ci est intéressée, ne s'écarte pas de sa fidélité à César et Marc Antoine. Ce troisième épisode voit également l'apparition d'un personnage qui prendra de l'importance dans la suite de la série : Eirene, l'esclave d'origine germaine dont s'éprendra Pullo, au point de l'affranchir pour l'épouser. Son entrée en scène est intéressante, puisque ce personnage fictif est littéralement attaché au destin historique de Rome, à savoir la charrette où est dissimulé le trésor volé de la cité. En effet, celui de César ou de Pompée qui mettra la main sur le nerf de la guerre aura toutes les chances de devenir le maître de Rome. Comme à son habitude, par une coïncidence scénaristique (la rencontre avec les faux bouviers), la série place ses deux héros au cœur de l'action et les rend à nouveau indispensables aux manigances politiques des dirigeants romains.
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