L'épisode s'ouvre sur le naufrage improbable de Pullo et Vorenus, deux survivants uniques sur une île déserte jonchée de morts. Une grande partie des galères de Marc Antoine, bourrées de renforts pour aller prêter main forte à César en Grèce, a été décimée par une tempête dantesque. Les premières séquences mettant en scène nos deux héros prennent donc un petit air de Lost antique. Mais la survie s'annonce problématique et c'est une solution particulièrement morbide qui sera imaginée : prendre le large sur un radeau constitué... de cadavres. Avec ce Radeau de la Méduse fait de chair, le concept survivaliste est poussé à son paroxysme ou peut-être raillé, suivant l'interprétation qu'on en fait. Plus improbable encore, la rencontre opportune entre nos deux miraculés et Pompée, embarqué avec ses proches sous une fausse identité dans un remake de la Fuite à Varennes après sa déroute face à César. Chef militaire et chef de famille à la dérive, abandonné par ses esclaves, Pompée le Grand est fini. Séquence émouvante de l'épisode : l'aveu à mots couverts de son identité à Vorenus en refaisant l'affrontement avec César sur le sable à l'aide d'une branche. Parlant de lui à la troisième personne, comme l'ombre du grand héros qu'il n'est plus, Pompée conclut : "Voilà comment Pompée le Grand a été vaincu et que la République s'est éteinte." Le morceau de bravoure n'en sera pas un : ironiquement, ce sera quasiment tout ce que nous saurons de la bataille décisive qui l'a opposé à César.
Pourtant, tout semblait sourire au camp républicain : les troupes de César sont amoindries, encerclées et privées de renforts par les éléments déchaînés. Pompée et son état-major en sont juste à se demander s'il vaut mieux tout de suite écraser César ou le laisser s'épuiser à petit feu. Mais voilà, adepte du quitte ou double, Jules César, déjà récompensé pour son audace lors de sa marche sur Rome, n'hésite pas à engager la Bataille de Pharsale malgré l'infériorité numérique. Après tout, l'alternative lui paraît simple : "vaincre ou mourir", alors que les Républicains, eux, "ont d'autres options". Le traitement de la bataille est donc une nouvelle fois typique des choix de la série : décentrer le point de vue sur l'avant et l'après. Les combats eux-mêmes ne font l'objet que d'un bref montage elliptique, tout en ralentis et en flous, dont on n'identifie pas les vainqueurs. Par contre, grand soin est apporté à montrer la préparation intime des deux chefs de guerre, qui n'est pas sans rappeler le cérémonial religieux et vestimentaire du torero avant la corrida. Après la bataille, on replonge directement dans l'intimité des deux chefs. César se couche, les yeux clos, préfigurant symboliquement sa fin malheureuse. En gagnant, il vient aussi de sceller son destin tragique. Pompée, blessé et démoralisé, n'est plus qu'un vieil homme fatigué. Le camp républicain explose aussitôt : Pompée fuit vers l'Egypte, abandonné par ses partisans, avec parmi eux Cicéron et Brutus, qui décident d'aller se rendre à César. En fin politicien, sans doute ravi de rallier deux personnalités de poids, celui-ci les accueillent en amis et va jusqu'à feindre de se réjouir que Pompée ne soit pas mort.
A Rome, on suit le rapprochement croissant entre Servilia et Octavia, qu'Atia précipite sans s'en rendre compte en envoyant sa fille quémander la protection de sa rivale. Octavia trouve un refuge moral auprès de la mère de Brutus, en qui elle voit finalement l'antithèse d'Atia, qui la ridiculise et ne la comprend pas. Généreuse, affectueuse, digne et discrète, Servilia finit par séduire, probablement malgré elle, la jeune fille au cours d'une séance symbolique de tissage. Octavia devient dès lors l'arme de la vengeance à venir de Servilia, et leur baiser marque le début de la descente aux enfers de l'ancienne maîtresse de César, du fait même de la victoire de ce dernier.
Dans cet épisode, Pullo et Vorenus, nos deux héros plébéiens, finissent par acquérir ironiquement une aura surnaturelle auprès de César. Apitoyé par l'homme et par respect pour le chef militaire, Vorenus a laissé Pompée emmener sa famille en Egypte, ce qui lui vaudra un savon de la part de César. Mais Vorenus et Pullo sont coutumiers du fait tout au long de la série, et s'en tirent encore une fois car César les estiment protégés par de "puissants dieux". Il est vrai que leur destin de fiction accumule miracles et coups de chance... Les deux personnages deviennent donc de véritables porte-bonheur pour un grand personnage aux prises avec les aléas de l'histoire. Pour sceller définitivement son échec à son arrivée en Egypte, Pompée est assassiné par les hommes de Ptolémée, cherchant à s'attirer les faveurs de César. Ce dernier suivra peu après les traces du général républicain, mais pour connaître un tout autre destin dans le futur royaume de Cléopâtre.