Cet épisode sonne la gloire de César qui s’imprime dans le marbre de l’hémicycle au Sénat. La république s’éteint et l’Empire naît. Tous les sénateurs siègent devant le nouvel empereur, que ce soit les fidèles, les courtisans ou les traîtres. D’ailleurs, dans un moment de lucidité, Brutus confie à Cicéron : « Nous n’avons pas d’honneur ». Jusqu’à ce jour, tous les coups joués par César ont été gagnants, si bien que ses ennemis n’ont guère d’autre choix que de rallier l’investiture du dictateur ou mourir. Lors de la scène d’ouverture sous l’hémicycle, pour son premier discours, Julius rappelle à l’assemblée que Rome ne pardonnera pas une seconde fois une quelconque trahison. En discourant ainsi au nom de la cité et non pas en son nom propre, César use d’habileté. C’est là une manière de faire peser le poids de la culpabilité sur ses ennemis les plus farouches. Si jamais ces derniers décident de conspirer à nouveau, c’est Rome qu’ils mettent en danger et non plus César uniquement. Pour ne pas sceller le commencement de son règne officiel dans la haine, Jules prend soin de flatter l’ego des sénateurs en demandant leur soutient nécessaire dans la construction d’une Rome juste et prospère pour tous. En fin stratège politique, l’empereur caresse d’une main tandis que de l’autre il punit. Il ne faut pas s’y tromper, il s’agit bien de la mise en place d’une dictature car tous les pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) se retrouvent dans les mains d’un seul homme. Même si César a besoin de l’appui des institutions pour le maintient évident de l’ordre dans la cité, il n’en reste pas moins que les décisions futures n’appartiennent qu’à lui désormais, et gare à ceux qui s’y opposeraient.
Dans les rues de Rome, lors du défilé honorant son intronisation, Julius sacrifie devant la plèbe le chef gaulois, gardé prisonnier jusqu’alors. Par cet acte, l’empereur symbolise sa victoire militaire (c’est aussi la mise en application du pouvoir judiciaire) après avoir confirmé son leadership au Sénat. La boucle est bouclée pourrait-on dire pour cette première partie de Rome. En effet, cet épisode 10 marque là une véritable césure dans le déroulement de l’intrigue puisque tous les épisodes précédents soulevaient la question : Comment Julius réussira-t-il son « coup d’état »? Maintenant, la question sera : Comment César réussira-t-il à rester empereur ?
Par ailleurs, en voyant le souverain, le visage peint de sang, lors du défilé, le spectateur prend, encore une fois, acte de l’importance des rites religieux à cette époque. Jules semble craindre davantage les dieux que les sénateurs. Avec son épilepsie, c’est une faiblesse sur laquelle ses ennemis peuvent jouer.
Mais ses opposants se rachètent une conduite auprès du dictateur. Seule Servilia se tient à l’écart. Elle ne pardonne ni à César, sa trahison de cœur, ni à Atia, d’avoir orchestrée son lynchage public. Sa haine grandissante ne trouve son égal chez aucun des conspirants. Elle est la seule à avoir encore assez de cran pour tenter une offensive politique contre l’empereur. Et c’est ainsi qu’elle voit en Quintus Pompée, lorsqu’il débarque chez elle plein de vin et de rancoeur, un allié de poids et le moyen de renverser César. Une nouvelle intrigue peut alors naître.
En parallèle, Vorenus rallie les voix de son quartier de l’Aventin pour obtenir un siège de magistrat dans le nouveau gouvernement. Julius voit en lui, un pont pouvant le relier plus sûrement à la plèbe. En effet, Vorenus est un homme du peuple et un militaire droit et loyal. César a toutes les raisons de l’utiliser comme porte drapeau de son programme politique : « Prospérité pour tous ». Alors que Lucius prend du galon, Titus perd de sa superbe. Redevenu simple citoyen, ce dernier ne sait plus que faire. Dans un accès de rage, il tue l’homme de cœur d’Eirene qui ne l’a jamais aimé mais plutôt servi. Perdu, il ère et semble agacer un peu plus chaque jour, son seul soutien, Lucius.
Cet épisode récompense les efforts accomplis par César dans les précédents pour accéder au trône mais dévoile la naissance d’une conjuration à son encontre, sous l’initiative de Servilia. L’épisode 11 devrait renseigner le spectateur sur la nature réelle de la conspiration et les traîtres potentiels qui avancent plus que jamais, visage masqué.