L'ouverture de l'épisode 11 marque le fossé qui sépare désormais les deux anciens compagnons, Pullo et Vorenus. Après avoir été écarté de la légion et avoir tué le fiancé d'Eirene dans l'épisode précédent, le premier a choisi de devenir barbouze dans les bas fonds de Rome. Amoureux éconduit, l'ancien légionnaire plonge dans une spirale de débauche mêlant sexe, drogue et alcool. Son cauchemar autodestructeur culmine dans une séquence d'assassinat où il est pourchassé par une vieille femme et ses doubles, à moins qu'il ne s'agisse de sa conscience. Pullo finira au cachot pour être ensuite jugé pour meurtre en place publique, exhibé comme une bête sauvage lors d'une parodie de procès. De son côté, Vorenus fait l'apprentissage de son nouveau statut de magistrat. Sa famille et lui, issus de la Plèbe, se trouvent confrontés à un monde qu'ils ne connaissent pas, dans lequel il faut recevoir les doléances de sa clientèle, faire donner des cours de flûte à sa progéniture ou louer toute une escouade d'esclaves. Comme le dit César au cours du banquet mondain donné par Atia, malgré leur ascension sociale fulgurante, ce seront toujours des gens du peuple qui s'efforcent d'évoluer dans la haute société.
Et très vite, l'intrigue montre également à Vorenus combien paradoxalement son nouveau pouvoir peut le contraindre à l'impuissance. Mascius, un ancien compagnon de légion, vient lui demander son appui concernant la reconversion des vétérans de l'armée de César. Ceux-ci réclament des terres en Italie pour s'installer, là où César leur proposera d'aller s'établir dans une contrée lointaine et hostile : la Pannonie. Le dirigeant romain refuse en effet d'exproprier ses ennemis pour satisfaire ses propres soldats, tant il espère, en bon stratège politique, les rallier un jour à sa bannière. Vorenus, trahissant quelque part son extraction sociale et en tout cas ses anciens camarades, se voit réduit à soudoyer individuellement Mascius pour acheter leur adhésion à tous. Une seconde fois dans l'épisode, Vorenus devra sacrifier ses anciennes loyautés à l'intérêt supérieur de la République en dissuadant le même Mascius et ses hommes de faire échapper Pullo, bientôt condamné à périr dans l'arène. Là encore, César, en refusant de venir en aide à Pullo, agit par calcul politique. Il estime plus prudent de ne pas intervenir pour libérer l'assassin de l'un de ses ennemis politiques, qui plus est très populaire. On le soupçonnerait (avec raison, comme le montre la fin de l'épisode) d'avoir commandité lui-même le meurtre. L'épisode voit d'ailleurs le triomphe définitif de César qui est nommé dictateur à vie et donne symboliquement son nom au septième mois de l'année.
Autre trajectoire importante : celle de Brutus, encore tiraillé entre les desseins de sa mère et sa relation complexe avec César. Les murs de Rome sont recouverts de graffitis le montrant en assassin de celui qu'il considère comme son père. La rue dessine avant la lettre le destin de César. Sous la pression populaire, celle des conjurés et de Servilia, qui veulent tous le convaincre de devenir le héros défenseur de la République, celui-ci ne s'en sent pourtant pas la carrure et garde des scrupules vis-à-vis de César, qui l'a pardonné et repris sous son aile après la bataille de Pharsale. Comme il l'avoue en outre lui-même : "Je ne suis qu'un homme, je ne saurais décider du sort de la République." Ce à quoi Cassius répond : "Tu as tort : la République et ton destin sont liés." Et c'est César en personne, en commettant l'une de ses rares erreurs politiques, qui fera basculer un Brutus pourtant réticent dans le complot. En cherchant à l'envoyer en Macédoine pour éloigner une hypothétique menace, César reconnaît qu'il n'a pas confiance en lui et humilie Brutus, qui estime pourtant n'avoir jamais trahi son aîné. Tel sera le déclencheur de son passage à l'acte avec les conjurés, après cette sentence finale : "Seuls les tyrans ont des raisons de se défier des conspirateurs."
La fin de l'épisode est ce qu'il est convenu d'appeler "un morceau de bravoure". La longue séquence du combat de gladiateurs imposée à Pullo, particulièrement gore (avec tous ces empalements, ces amputations et ces décapitations, on n'est pas loin du Grand Guignol), tranche nettement avec le ton de la série. Disons qu'elle évoque en tout cas plus Mad Max que la BBC... Le seul intérêt narratif de ce combat étant la réunion de nos deux héros autour de leur ancienne camaraderie de soldats (qui renaîtra vraiment lors de la saison 2), on peut peut-être s'interroger sur l'utilité d'une telle débauche d'hémoglobine et de mouvement de caméras, là où la série de Bruno Heller nous a habitués à davantage de subtilité.