Frédéric Diefenthal
Frédéric Diefenthal, visage récurrent des séries télé françaises, tourne actuellement "Flics", mini-série pour TF1 d’après le film d’Olivier Marchal, "36 quai des orfèvres". Conversation à mi-tournage, et à quelques jours du festival "Scénaristes en séries", dont il est le parrain et qui se tiendra à Aix-les-Bains du 18 au 21 octobre.
Pourquoi avoir accepter d’être le parrain de "Scénaristes en séries" ?
Malgré la variété des univers de ces trois séries, y a-t-il un point commun aux personnages que vous y interprétez ?
Non, surtout pas ! Clara Sheller et Flics, ce sont des mondes tellement différents, je pense même que ce sont des mondes qui ne se croisent jamais dans la vraie vie. Le point commun se situe par rapport aux choix et aux envies, à la question de ce qu’on peut montrer ou pas à la télévision. Ces séries sont des preuves qu’on n’est pas obligé de se brider, de faire des concessions. David Nolande avait un parti pris d’atmosphère, proposait des choses qu’on voit rarement en France. Clara Sheller osait aussi beaucoup, racontait des choses sur les rapports amoureux entre deux hommes, allait assez loin dans la représentation de leur relation sentimentale et physique, ce qui n’est pas inédit, mais en tout cas pas si fréquent que ça à la télévision française. Des concessions, c’est dans Flics qu’il y en aura le moins. Il n’y a pas de compromis. Le point commun, aussi, dans ces séries, c’est l’énergie qu’on met à les faire. Dans Flics, cette énergie est décuplée. Il n’y aura pas de rebondissements à suivre au prochain épisode, puisque des rebondissements, il y en a à chaque page du scénario. On ne rallonge rien, ça dure 3h45 : c’est une mini-série compacte, ou un film en version longue.
Oui, c’est vrai qu’il y a une réelle envie, mais tout ça est encore très laborieux, trop long à se mettre en place. Je ne crache pas dans la soupe, je suis au cœur de l’action, mais je trouve qu’il y a trop d’interférences, trop de gens qui ralentissent les choses. Trop de monde décide là où on ne devrait entendre qu’une seule voix. Les décideurs s’accrochent à leurs sièges, vivent avec la peur au ventre en permanence, la peur de se tromper. Il ne faut pourtant pas avoir peur, il faut tenter des choses, c’est la base du métier d’acteur par exemple. On n’est pas des chirurgiens, on a le droit de tenter des choses et de se tromper. Le plus étonnant, c’est qu’on achète et diffuse des séries et des films américains très courageux, faits en liberté, mais du côté de la fabrication, je suis étonné par le frein qui est mis, par le manque de confiance. J’ai l’impression qu’on scie la branche sur laquelle on est assis. Les décideurs ont peur que ça leur échappe. Et le pire, c’est que souvent les projets leur plaisent, mais ils ont peur que le public ne suive pas. Il faut arrêter avec cette peur de l’audimat, arrêter de faire des micro-trottoirs pour demander ses goûts au public. Le public ne demande qu’à être surpris. Quand un cuisinier élabore sa recette, il n’a va pas en salle demander au client ce qu’il en pense, quels ingrédients rajouter. Le problème, c’est l’uniformisation des programmes et de la fiction, car ça risque de devenir dangereux. Tout ce qui s’est fait en fiction en France jusqu’à la fin des années 70 était souvent formidable. Aujourd’hui, avec l’argent, les dés sont pipés. Heureusement, certaines choses arrivent à passer entre les gouttes. Alors oui, les choses bougent un peu, mais je n’ai pas l’impression que ce soit flagrant.
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