Didier Cohen
Créateur de "L'Instit", passé par le roman policier, membre du conseil d’administration de la SACD, Didier Cohen co-préside avec Nicole Jamet les rencontres de Scénaristes en Séries, organisées à Aix-les-Bains du 18 au 21 octobre.
Quel est votre parcours ?
J’ai fait assez peu d’études en fait. J’ai passé un bac philo. Ensuite, j’ai commencé ce qu’on appelait alors des études d’"anglo-américain" à la fac de Vincennes. Une fac assez bouillante politiquement, où l’on pouvait à l’époque rentrer sans bac d’ailleurs. J’avais besoin de travailler et je suis devenu instituteur en parallèle. Après ma licence, je suis devenu prof en collège jusqu’au milieu des années 80. J’ai commencé à écrire des scénarios aux alentours de 1990.Je suis arrivé à l’écriture audiovisuelle par le roman noir, le polar des années 80. On parlait de "néo-polar" à cette époque : c’était très violent et engagé politiquement, à l’extrême-gauche. Avec Gérard Carré, j’ai co-écrit un bouquin adapté au cinéma en 1984 par Gilles Béhat et Jean Herman, ce qui a donné le film Urgence, avec Richard Berry et Bernard-Pierre Donnadieu. J’ai ensuite enchaîné sur un autre livre. À peu près à la même époque, Pierre Grimblat avait créé l’anthologie Série noire, adaptée de la collection du même nom. Il avait besoin de scénaristes et m’a contacté.
Travailler pour la télévision ne vous posait pas de problème ?Non, car les "polardeux" de l’époque écrivaient beaucoup de manière visuelle. On était des enfants de la télé. J’ai 55 ans et je suis né presque en même temps que cette industrie, qui a autant marqué ma génération que des évènements politiques comme Mai 68.Avez-vous toujours été un amateur de séries et feuilletons ?Oui, depuis l’enfance. J’étais un fan d’Alfred Hitchcock présente, par exemple. Cette collection d’histoires en 26 minutes, je la trouvais incroyable. J’étais bien sûr plus polar que SF. Mais les personnages de flics classiques ne m’intéressaient pas. La vie de commissariat ne me branchait pas du tout. C’est aussi pour ça que je n’ai jamais travaillé pour Navarro. J’ai co-créé Quai n° 1 avec Grimblat car il y avait un personnage de femme, je savais que Sophie Duez allait l’incarner et elle allait officier dans une gare.Comment s’est développée l’idée de Scénaristes en Séries ?On voulait privilégier le côté "Rencontres". La compétition n’a jamais été envisagée et cela aurait donné quelque chose de plus classique, plus proche des festivals déjà existants. Dans ce genre de compétitions, les gens parlent moins de ce qu’ils pensent sincèrement. On voulait rester dans la convivialité, sans soirées privées, que les gens discutent de leurs projets, pas que ça devienne une sorte de tribunal. Et puis c’était l’occasion de se réunir entre auteurs, car tout part du scénario.
Un long métrage, un unitaire, appartient avant tout au réalisateur. Mais pour les séries, en tout cas les longues, c’est le scénario qui prime. L’idée était de nous réunir pour réfléchir sur l’écriture des séries en France. On voyait arriver des séries américaines de qualité, voire même britanniques, depuis plus de dix ans. NYPD Blue aurait déjà dû nous inciter à innover en France dès son arrivée au début des années 90. J’ai revu dernièrement le pilote de Hill Street Blues, série encore plus vieille, ça reste incroyable ! Il faut que les scénaristes français cessent d’être méprisés, de n’être utilisés que pour faire du copié-collé.
L’organisation de la manifestation Scénaristes en Séries prend combien de temps ?C’est compliqué, car Scénaristes en Séries est une association Loi 1901. Elle comprend dix membres bénévoles, dont moi et Nicole Jamet. Comme nous sommes tous des auteurs actifs par ailleurs, il est difficile de s’occuper de tout. Heureusement, pour nous aider, il y a la déléguée générale Marie Barraco et ses collègues de l’équipe d’organisation, qui elles sont payées. Mais c’est nous, à l’association, qui gérons les débats, les tables rondes, qui contactons les Français et les étrangers que nous voulons inviter, etc. Nous sommes même allés à Los Angeles pour rencontrer des scénaristes locaux et prendre contact avec des membres de la Writers Guild of America (WGA). Cette année, il y aura aussi des Anglais et des Allemands. Donc, dès la deuxième édition, la manifestation prend une sacrée ampleur.Vous êtes romancier et scénariste et vous avez comme particularité d’avoir écrit avec La Petite Absente, à la fois un roman et un téléfilm. Vous gardez un bon souvenir de cette expérience ?
Un merveilleux souvenir. Les deux écritures se faisaient parallèlement. Je savais que j’allais passer un an pour le tout, alors qu’au départ je ne voulais faire qu’un roman.Dans le n° 5 de Synopsis, fin 1999, vous déclariez que dans un roman, contrairement au scénario, "on raconte autre chose que l’histoire". Avez-vous toujours la même opinion ?Oui. Moi, j’ai commencé par le roman. Ce qui m’attirait et qui m’attire toujours dans le roman, c’est que l’on est dans le subjectif. Avec un scénario, ce qu’on écrit sera à l’écran. Les deux exercices sont totalement différents.


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Le numéro 17 de Générique(s) est en kiosques. En couverture, Lost et son personnage clef, livraison et éclairage scénaristique avec Damon Lindelof et Carlton Cuse, les deux showrunners de la série. En bonus : les interviews de Naveen Andrews (Sayid) et Jorge Garcia (Hugo). Pour l’été, la rédaction vous propose un zoom de près de 20 pages sur les X-Files de Chris Carter, et vous offre en prime un entretien avec le maître. Côté dossier : une radiographie conséquente du soap-opera. Egalement au programme de ce double numéro estival : les confessions de Tim Kring, créateur de Heroes qui revient sur l’échec de la saison 2 de sa série comic. Au rayon cahier critiques, Big Love (saison 2), Californication (saison 1), Engrenages (saison 2), mais aussi Meadowlands, Dirt, The L Word, The Office, My name is Earl, et les principales autres sorties de l’été. Enfin, côté Points de Vue : le générique de The L Word, un gros plan en forme de confrontation musicale au sommet entre David Bowie et Mick Jagger, les portraits de Gaïus Baltar (Battlestar Galactica) et Joséphine Karlsson (Engrenages), une séquence de [MI-5], un tour d’horizon de l’Italie et un Ma Série et moi par Emma de Caunes. La rédaction de Générique(s) vous donne rendez-vous pour une nouvelle saison à la mi-septembre.

Je suis arrivé à l’écriture audiovisuelle par le roman noir, le polar des années 80. On parlait de "néo-polar" à cette époque : c’était très violent et engagé politiquement, à l’extrême-gauche. Avec Gérard Carré, j’ai co-écrit un bouquin adapté au cinéma en 1984 par Gilles Béhat et Jean Herman, ce qui a donné le film Urgence, avec Richard Berry et Bernard-Pierre Donnadieu. J’ai ensuite enchaîné sur un autre livre. À peu près à la même époque, Pierre Grimblat avait créé l’anthologie Série noire, adaptée de la collection du même nom. Il avait besoin de scénaristes et m’a contacté. 
Vous êtes romancier et scénariste et vous avez comme particularité d’avoir écrit avec La Petite Absente, à la fois un roman et un téléfilm. Vous gardez un bon souvenir de cette expérience ? 