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Bruno Gaccio

Suite de l'entretien paru dans le numéro de novembre de Générique(s) avec Bruno Gaccio sur un des volets de la 3ème édition de la Nouvelle Trilogie et son implication grandissante dans le monde de la fiction télévisée.
Comment est né le projet En attendant demain ?
Un des gars de la Parisienne d’Images a repéré le travail de l’association sur internet, en faisait des recherches pour Les films faits à la maison. Il a tout de suite accroché, a montré leur travail à Gilles Galud, qui m’a contacté dans la journée. Dix minutes plus tard, on les appelait, en leur proposant trois billets de train pour Paris pour discuter… et voilà.
 
Qu’est ce qui vous a séduit dans l’histoire ?
C’est un véritable vaudeville des cités, une histoire pas possible de courses poursuites dans les cages d’escalier et de sac de sport rempli de tunes, un truc de pieds nickelés en fait… plus près de la vérité qu’on le croit. Les jeunes des banlieues sont sur le fil, des petits malfrats qui peuvent tomber du mauvais côté ou revenir dans le droit chemin. C’est de ça que parle cette série.
 
Cette troisième trilogie s’inscrit-elle dans la continuité des précédentes ?
Il n’y a pas de continuité dans la trilogie, puisque nous repartons de zéro à chaque nouvelle saison. C’est le concept même de la « nouvelle » trilogie… On me demande toujours ce que j’attends des scénarios qu’on m’envoi, mais je n’attends rien de précis, juste des personnalités, des gens qui ont des choses à dire et ont un talent pour raconter leurs histoires. Passé cela, que ces idées soient drôles, pas drôles, étranges ou surprenantes, peu importe. Ce qui compte, ce sont les gens, pas le projet. On travaille avec des gens, pas des feuilles de papier.
 
Avez-vous un impact sur les scénarios et la réalisation des séries ?
Je ne dirige personne, je ne dicte aucune écriture. Ce que je fais, à mon échelle, c’est accompagner les scénaristes, surtout quand ils sont amateurs, comme c’est le cas pour les gars de En attendant demain. Avec leurs idées, je leur demande où ils veulent aller, la finalité de leur histoire. Après, pour mettre en place la trilogie, nous nous réunissons tous ensemble, les producteurs, les scénaristes, la chaîne, jusqu’au costumiers, et on discute. On essaye de faire comme les tables rondes de 24, où les types se réunissent et relisent les scénarios, s’arrêtent sur les moindres détails, la couleur d’un fringue, le choix d’une arme, pour densifier la série autant que possible.
 
Pourquoi avoir choisi la comédie comme fil conducteur de cette troisième trilogie ?
Il y a beaucoup de comiques à la télé, mais peu de comédies dignes de ce nom. La seconde trilogie tournait autour de la mort et de la vieillesse, sans doute parce que Gille Galud et moi-même approchions de la cinquantaine et que ces thèmes commençaient à nous toucher (rires). Cet angle là a très bien marché, Pierre 41 a même été primé à La Rochelle, mais pour cette troisième trilogie, tous les projets qui ont attirés notre attention se sont avérés être des comédies. On fait avec ce qu’on nous donne, donc ce sera une saison comique.
 
C’est aussi plus simple à monter qu’une série d’action…
Ça ne veut rien dire… je n’aurais absolument rien contre de l’action, au contraire. J’ai toujours voulu mettre sur pied une série avec des courses poursuites. Comme ça coûte trop cher, mon héros serait à pieds pendant les trois épisodes, en train de courir…
 
C’est un peu 24 ça…
En fait, ce qu’il faut, c’est aller plus vite. Nous voulions par exemple réaliser une série où, partant du principe que les téléspectateurs connaissent les codes du genre, on sauterait les scènes d’intro, les longues discussions, pour aller au fait. Par exemple, deux riches hommes d’affaires français arrivent en Europe de l’est, entrent dans une soirée. Il y a là une grande blonde. On sait qu’un des deux va se la faire. Dans une série classique, les deux types lui tournent autour, tentent de la séduire… ça prend des plombes pour qu’elle se retrouve dans une chambre. Dans mon idée des séries, on entre dans la soirée, on la voit, ils couchent, le type se fait arrêter. Et c’est là que l’histoire commence. Pour ceux qui ont besoin de la version longue, on met en place une diffusion des scènes manquantes sur internet.
 
La trilogie, ce sont des mini séries, Canal fait aussi de bon téléfilm, mais il semble qu’il soit difficile de lancer des séries de 12 ou de 24 épisodes en France…
Je ne désespère pas d’en faire. J’ai des gens qui travaillent avec moi qui sont capables d’écrire des séries longues. Je peux y mettre le budget, il y a des producteurs comme Gilles Galud qui ont une grosse envie de faire avancer les choses… mais c’est un risque énorme ! La chaîne serait obligée de libérer une case toutes les semaines. C’est un véritable changement de politique. A Canal, pour le moment, c’est honneur au foot et au cinéma. Comment faire pour caser des séries aussi gourmandes ? J’espère qu’on va pousser les murs et se faire une place. J’aime bien entendre Bertrand Méheut (le PDG de Canal, NDLR) déclarer que le foot ça ne fait plus tout à Canal…
 
Votre longue expérience aux Guignols de l’Info est-elle comparable à l’écriture d’une série ?
Durant toutes ces années, j’ai dirigé des équipes d’écriture, j’ai fait le lien entre les différentes époques, donc, en un sens, oui. Les Guignols, c’est une série avec ses personnages récurrents – Chirac a été pendant quinze ans un personnage central de l’histoire, par exemple, pendant que PPD évoluait en permanence.
 
Êtes-vous amateur de séries ?
Je ne suis pas vraiment un fan. D’ailleurs je ne regarde pas beaucoup la télé. Je suis fan de 24, c’est tout. Ce n’est pas du tout paradoxal avec ce que je fais : l’idée, c’est d’essayer d’être sans références, et de créer nos propres références. C’est une ambition folle, mais j’aime les gens qui ont de l’ambition, l’ambition de faire changer les choses… même si pour l’instant on ne fait pas changer grand-chose. Au moins nos scénarios, les registres qu’on aborde sont inédits.
 
Ceux qui vous proposent les scénarios n’ont-ils pas leurs propres références ?
Bien entendu. La créatrice de Hard, le second volet de la trilogie, est une fan absolue de Weeds. Quand je lisais son scénario, qui est très bon, je n’arrivais pas à la voir elle, j’avais l’impression qu’elle répétait des gammes, que tout était « comme dans Weeds. » J’ai donc visionné les deux premières saisons de la série, et je suis revenu vers elle, et je lui est expliqué ma vision des choses : on peut faire « comme » Weeds sans calquer, s’en inspirer mais tout mettre à notre sauce à nous.  
 
Il ne faut donc pas ressembler aux séries américaines pour marcher ?
Ce n’est pas ma vision des choses. Regardez En attendant demain, qu’est-ce que ça a d’américain ? C’est purement français, avec un humour « de banlieue »… ce qu’a fait Jamel avec son Comédie Club, on peut le faire pour les séries ! Mieux, c’est un vaudeville, c’est Labiche, c’est Feydeau, ce sont des portes qui claquent, des quiproquos, etc. C’est leur culture profonde, ce qu’ils ont appris à l’école, mélangé à la culture de leurs parents, qui sont des immigrés. Eux sont Français et musulmans, donc avec un mélange culturel unique. Je le répète, je travaille avec des gens, pas des projets. Des projets « comme Weeds », « comme Six Feet Under » ou « comme les Soprano », j’en reçois tous les jours ! A ceux-là, je leur répond toujours : « A quoi ça sert, on a déjà acheté l’original ! »  
 

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