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Clélia Cohen

Ancienne critique des "Cahiers du Cinéma" passée aux "Inrockuptibles", Clélia Cohen a co-écrit "La Cour des grands", anciennement "L'École de la vie", avec son père, le créateur de "L'Instit" Didier Cohen. Rencontrée à l’occasion de l’édition 2007 du festival Scénaristes en séries d’Aix-les-Bains, elle revenait pour "Générique(s)" sur son parcours et son approche de l’écriture scénaristique.
Quel est votre regard sur La Cour des grands ?
Il me semble que c’est une série assez novatrice sur le plan narratif, ainsi que sur le traitement des personnages, tout en restant grand public, ce qui était le défi à relever. Et j’ai l’impression qu’il y a un bon équilibre entre les moments de comédie, de légèreté, et des moments plus durs, plus noirs… Et, grâce à l’énergie des acteurs et à une caméra très mobile, ça vit, ça vibre, c’est incarné, ce qui me plaît.
 
Et votre regard sur le travail d’auteur ?
Je n’arrive pas encore à me considérer totalement comme auteur, et j’ai observé ces Rencontres d’Aix-les-Bains avec un œil qui est encore celui de journaliste : j’ai remarqué, dans les débats de ces Rencontres, qu’il y a chez les professionnels (producteurs, scénaristes, réalisateurs) tout un discours sur l’audace recherchée plutôt en décalage avec ce qu’on peut voir à l’écran. Il y a comme une décélération lorsqu’on arrive au résultat. Je n’ai pas encore su analyser ça. On peut voir des tentatives, mais il y a toujours un moment où ça ne prend pas totalement. En tout cas pas comme j’aimerais que ça prenne. Quant aux imitations, aux adaptations françaises, ce n’est pas une solution à suivre. Mais je ne peux pas encore trop m’exprimer sur le reste de la fiction française, que je connais mal. Ce que j’ai pu noter aussi pour avoir fait pas mal de reportages à Hollywood sur les tournages de séries, c’est qu’en France le scénariste passe après le réalisateur, alors qu’aux USA celui-ci est au service des auteurs.
 
Vous venez du journalisme critique. Parlons de votre parcours. 
J’ai étudié le cinéma à la fac de Paris-III. Des études uniquement théoriques. J’ai terminé par une maîtrise et un DEA sur le western. Après, j’ai navigué un peu dans la production avant de faire un stage aux Cahiers du cinéma. Plus précisément aux éditions Les Cahiers du cinéma. Je trouvais qu’ils faisaient des livres superbes et j’avais envie de voir comment ça fonctionnait. Mais je ne pensais pas du tout écrire un jour dans la revue. Comme ça s’est très bien passé, on m’a donné une accréditation pour le Festival de Cannes, celui de 1997, du cinquantenaire. Avant de partir, Serge Toubiana, à l’époque rédacteur en chef, m’a dit que ce serait mieux d’en ramener quelque chose. J’ai eu l’idée d’un article sur Clint Eastwood qu’il a accepté, puis publié. Après, j’ai fait un texte en mémoire de James Stewart qui venait de mourir. Aujourd’hui, ma passion c’est Spielberg, auquel j'ai consacré un livre. Mais pendant longtemps Eastwood était mon dada, avec les classiques hollywoodiens. Et les séries américaines.  
 
De quand date votre intérêt pour les séries justement ?
J’en regardais de plus en plus quand j’étais aux Cahiers. Un mois après l’hommage à Stewart, j’ai fait un texte sur NYPD Blue. Je commençais à trouver dans les séries américaines quelque chose qui se faisait rare dans le cinéma américain. Un âge d’or semblait tout à coup se dessiner, ce que les séries de la "génération" suivante ont amplement confirmé : Sex and the CityÀ la Maison blanche, Les Soprano, 24, etc.
 
Parler des séries aux Cahiers, c’était facile ?
Il y a eu des batailles. Une partie de la rédaction n’était pas d’accord pour laisser autant de place aux séries dans la publication. En 2002, Stéphane Bouquet a écrit un texte contre le SAD, le « Syndrome d’adolescence durable » représenté par les amateurs de séries de la revue, comme moi-même, Olivier Joyard, ou Erwan Higuinen qui est également passionné de jeux vidéo. Il faut dire qu’on n’a pas non plus hésité à écrire sur les émissions de télé-réalité, comme Popstars, et à considérer Loft Story comme un objet d’étude stimulant, ce qui a été à l’origine d’une grosse polémique ! Puis, en juillet 2003, est sorti le numéro spécial séries. Le traitement des séries, des clips vidéo ou des jeux vidéo ne correspondait pas à l’idée que se faisait Le Monde, actionnaire majoritaire, des Cahiers du cinéma. Tout cela a occasionné une reprise en main de l’actionnaire à partir de cette époque, et, dans les mois qui ont suivi la parution du Spécial Séries, nous nous sommes tous faits virer ! Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire dans la critique que les séries sont des objets théoriques dignes d’intérêt, ce qui n’était malheureusement pas le cas il y a encore cinq ans !
 
Comment vous êtes-vous retrouvée à travailler sur La Cour des grands ?
Mon père avait déjà écrit la bible et le pilote quand il m’a proposé de le rejoindre sur la série. La critique et le scénario, ce n’est pas du tout la même écriture, donc je n’étais pas sûre d’arriver à quelque chose, je pensais ne pas avoir suffisamment d’imagination pour écrire un scénario. Mais mon père m’a rétorqué : "L’imagination, ça se travaille". Effectivement, chez lui l’imagination se travaille vraiment. À chaque fois que j’avance une idée scénaristique, il s’interroge très profondément, essaye de voir si ça colle bien avec le reste de l’histoire, si c’est cohérent.

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Michelle-Irène Brudny , posté le 13/02/2008 23:05:50
Je trouve cet entretien très intéressant. Il donne l'essentiel de l'itinéraire déjà très riche de Clélia Cohen, avec ses talents divers, mais aussi des remarques souvent incisives sur des questions plus générales comme l'écriture du scénario ou ce que pouvaient être les Cahiers du cinéma.
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