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Jimmy Jean-Louis

A l’occasion du 16e Festival Jules Verne Aventures, Jimmy Jean-Louis, l’interprète du mystérieux Haïtien dans la série Heroes, était à Paris. Souriant, bavard et très expressif, l’acteur est bien loin de son personnage.

Propos recueillis par Alexandre Dubois et Manuel Raynaud

 

 

On peut dire que vous avez tout fait dans votre vie : danseur, mannequin, acteur de films et maintenant de série. Finalement, que préférez-vous ?

Je ne sais pas si j’ai une préférence. J’ai apprécié d’être danseur parce que j’ai travaillé dans un théâtre musical à Barcelone et que ça a été mon premier job bien payé. Le mannequinât m’a permis de voyager dans le monde entier pratiquement, d’apprendre plusieurs langues, de nouvelles cultures... Quant au cinéma, c’est venu assez naturellement. Quand je suis arrivé à Los Angeles, j’ai beaucoup galéré. Les portes se fermaient et j’avais du mal à attraper un agent ou un manager. J’ai donc joué de nombreux petits rôles dans des films d’étudiants indépendants principalement, sans réel budget, pendant deux à trois ans. Petit à petit, j’ai obtenu d’autres petits rôles, mais dans des films assez importants. Et aujourd’hui, je suis dans Heroes qui marche pas mal. Je vis à Los Angeles et j’aime vraiment beaucoup.

Vous parlez plusieurs langues. Etait-ce un désir de votre part ?

Mon premier désir a été d’apprendre l’espagnol. Les choses n’allaient pas bien pour moi à Paris, je galérais plus qu’autre chose. Je me suis donc décidé à partir en Espagne. C’est là que j’ai appris l’espagnol et que j’ai pris goût aux langues. Ensuite, je suis parti en Italie et j’ai appris l’italien. Comme je voyageais beaucoup, j’ai aussi été obligé de parler anglais. Tout s’est fait naturellement. Je parle français parce que j’ai passé mon adolescence en France, et le créole parce que je suis Haïtien et que j’ai passé mes douze premières années en Haïti. Il y a donc une logique au fait que je parle toutes ces langues.


« Avoir le rôle de l'Haïtien sans passer d'audition

m'a beaucoup touché »


Au départ, vous aviez auditionné pour le rôle de D.L. dans Heroes. Comment s’est mis en place votre participation au projet et notamment la création de votre personnage de l’Haïtien ?

Les producteurs m’ont appelé plusieurs fois pour le rôle de D.L. mais à chaque fois, ce fut un échec. Un jour, alors que je faisais la promo du film Zéro Complexe en Angleterre, mon manager m’a appelé pour me dire que les producteurs de Heroes voulaient me voir à nouveau. Heureusement que j’étais en Angleterre car je n’avais pas envie d’y retourner et de rater le coup encore une fois. Mais ils m’ont donné un rôle sans même me voir. J’étais vraiment surpris car il faut savoir qu’aux Etats-Unis, lors d’une audition pour ce genre de show, même si tu dois dire un seul mot, tu as tous les producteurs et le créateur qui veulent te voir. Qu’ils acceptent de me donner le rôle de l’Haïtien sans me voir m’a beaucoup touché. A la base, le personnage de l’Haïten était Néo-zélandais. C’est à cause de moi qu’il est devenu Haïtien, même si ce n’est pas moi qui ait proposé de changer la nationalité du personnage.

Votre personnage a-t-il un nom ?

Bien sûr qu’il a un nom mais les téléspectateurs ne le connaissent pas encore, ce qui suscite des questions. Je connais son nom et j’aimerais le dire à tout le monde depuis deux ans mais je ne le peux pas. Je ne sais pas si une telle révélation aurait un impact sur l’intrigue. Mais Heroes est un show où tout peut changer donc peut-être que le nom de mon personnage va être modifié et peut-être qu’il aura une signification particulière.

Vous n’êtes pas au courant de ce qui va se passer ?

Malheureusement, on ne nous dit pas à l’avance ce qui va se passer dans le show. Tout ce que je sais, c’est ce que je vais faire dans le prochain épisode. D’ailleurs, on commence le tournage de la 3e saison le 1er mai. Je reçois le script quelques jours à l’avance, une semaine maximum. Les producteurs essaient de ne pas trop en dévoiler pour éviter d’éventuelles fuites sur l’intrigue. Je n’ai aucune indication sur l’ensemble de la saison, ni sur l’endroit où ils vont mener mon personnage.

C’est vrai que votre personnage est mystérieux. Pouvez-vous nous parler de son histoire ?

Son père a été tué devant lui quand il était jeune si l’on en croit le comics de la série. On sait qu’il est connecté à la famille Petrelli, surtout avec la mère, Angela (Cristine Rose, ndlr), mais on ne sait pas comment, ni pourquoi. On ne sait pas s’il est connecté avec l’ancienne génération des heroes. Il est au milieu, entre les nouveaux heroes et les anciens. La différence, c’est qu’il a toujours su qu’il avait ses pouvoirs, contrairement aux nouveaux qui apprennent ça dans la 1e saison. Ce serait intéressant de savoir comment les scénaristes vont s’en sortir pour l’expliquer.


«
Il y aura beaucoup plus d'épisodes que d'habitude » 


C’est difficile de jouer un personnage qui parle si peu ?

Oui bien sûr, surtout que je suis bavard (rire). Mais en tant qu’acteur tu acceptes et tu joues ce qu’on te donne. C’est difficile car tout doit passer dans le regard, dans le comportement… il faut faire passer un message sans rien dire. Un bon exercice qui m’a permis d’utiliser mon passé de danseur et l’expression corporelle : la façon de marcher, les jeux de tête, les regards. Ce n’est pas grand-chose mais c’est ce qui a défini l’Haïtien. La première fois qu’il a parlé, ça a surpris tout le monde car les gens pensaient qu’il était muet. Les téléspectateurs se sont alors posé beaucoup de questions sur ce personnage. De plus, quand il parle, ce n’est que pour dire des choses essentielles et dévoiler des secrets. Même Mr Bennett (Jack Coleman, ndlr) ne savait pas que l’Haïtien parlait. C’est pour ça que mon personnage disparaît parfois. On ne peut pas trop le garder sinon l’intrigue en souffrirait.

Pouvez-vous nous parler de cette 3e saison qui s’annonce ?

Dans cette saison, il y aura énormément d’action. Une bande de vilains débarque. On ne sait toujours pas si l’Haïtien est bon ou mauvais. Adam (David Anders, ndlr) devrait revenir. Sylar (Zachary Quinto, ndlr) sera là évidemment. A la fin de la 2e saison, on avait tourné deux épisodes dans lesquels un nouveau vilain devait apparaître et beaucoup de choses y étaient révélées. Mais à cause de la grève des scénaristes, on a été forcé d’arrêter la saison prématurément. Je sais qui a tiré sur Nathan Petrelli (Adrian Pasdar, ndlr) mais je ne peux pas dévoiler son nom. Tout ce que je peux dire c’est que c’est quelqu’un qui a un pouvoir. Quant à Elle (Kristen Bell, ci-dessus, ndlr), on ne sait pas de quel côté elle va pencher, on sait juste que son père est un pourri.

Combien d'épisodes comportera la saison 3 ? Confirmez-vous la rumeur selon laquelle il y en aurait entre 30 et 35 ?

Il me semble oui. C'est sûr qu'il y en aura beaucoup plus que d'habitude pour rattraper les intrigues de la saison 2. Tant mieux pour tout le monde (rire).

Les pouvoirs de l’Haïtien vont-ils se développer ?

J’en ai l’impression car au cours de deux premières saisons, il est devenu de plus en plus fort. Mais je ne sais pas jusqu’où.

Savez-vous comment va évoluer la relation entre l’Haïtien et Claire Bennett ?

La confiance est toujours présente jusqu'à la fin de la saison 2 et elle est bien établie. Leur relation va sûrement évoluer car l'Haïtien est directement lié à toute la famille Petrelli. On sait qu'il a des liens avec la mère, Angela, qui est la grand-mère de Claire (Hayden Panettiere, ndlr), donc il est au centre des rapports entre tous ces gens-là. On ne sait pas quel genre de rapport il entretient avec eux par contre. Va-t-il être contre eux ou avec eux ? C’est encore flou…

Voyez-vous les autres acteurs quand vous tournez ?

Bizarrement non, on ne voit que ceux avec qui on travaille, à moins de se croiser. Je suis très souvent avec Hayden (Panettiere, ndlr) et Jack (Coleman, ndlr). Mais je n’ai pas beaucoup de scènes avec les autres. Je croise Greg (Grünberg, l’officier Matt Parkman, ndlr) de temps en temps, il est très sympa aussi. Mais on se voit plus durant les promos. Je vois souvent Jack en dehors. On s’appelle et on va boire un café. Et je joue chaque semaine au football avec Santiago Cabrera (le peintre Isaac Mendez, ndlr), car on est dans la même équipe.


«
La grève a tout chamboulé »


Tim Kring s’était excusé pour les difficultés du début de la saison 2. Pensez-vous qu’il a eu raison et partagez-vous son avis ?

Les téléspectateurs se sont habitués aux heroes de la saison 1. Au début de la saison 2, Tim Kring a fait apparaître trop de nouveaux personnages d’un coup et sans relation directe avec les anciens. Il y a eu une incompréhension du public qui s’attendait à suivre ceux qu’ils avaient laissé l’année précédente. Je partage la frustration du public. Moi-même je n’ai pas trop compris les trois premiers épisodes (rire). Au moins Tim a écouté et s’est excusé. C’est pour ça que les derniers épisodes étaient meilleurs et que la 3e saison devrait l’être aussi car on va retrouver le thème des heroes se battant contre des vilains. C’est ce que les gens veulent, la lutte de leurs heroes contre le mal.

Ne pensez-vous pas que la grève des scénaristes a en quelque sorte sauvé la série ?

Je me le demande parfois. C’est une bonne série et malgré la perte d’audience sur la saison 2, ça cartonnait. La grève a tout chamboulé, surtout qu’à partir du 8e épisode jusqu’à la fin, ça a bien fonctionné. Mais de l’autre côté, est ce que l’interruption prématurée de la saison n’a pas permis aux scénaristes de bien penser à ce qu’ils allaient faire et aussi au grand public de prendre un peu de temps pour se remettre et se replonger dans une 3e saison ? C’est la question que je me pose aussi...

Ne pensez-vous pas que votre personnage sert d’échappatoire en cas d’erreur scénaristique ?

Si c’est le cas, c’est que les scénaristes sont vraiment malins depuis le début (rire). Peut-être que ça l’est d’une certaine manière mais je ne pense pas qu’il ait été créé pour ça. C’est vrai que mon personnage est pas mal (rire). S’il y a un problème, on fait venir l’Haïtien… C’est pour ça qu’ils ne peuvent pas le faire apparaître trop souvent. S’ils l’avaient fait venir à New York avec tous les autres personnages pour les deux derniers épisodes de la saison 1, il n’y aurait pas eu de conflit (rire). C’est sûr qu’à certains moments, on ne peut pas accepter sa présence.

Les scènes en Haïti ont-elles vraiment été tournées là-bas ?

Pas du tout. C’est ça la grosse production américaine. C’est génial car tout se fait à Los Angeles. Les studios sont énormes alors ils peuvent reproduire tout ce qu’ils veulent. Haïti a été recréé dans un studio d’Universal. Je n’y croyais pas moi-même : le décor, les gens… j’avais vraiment l’impression d’être en Haïti et je sais de quoi je parle. Même les scènes supposées être en Inde, au Texas… tout est fait en studio. Les scènes en extérieur se font à Valencia, à Los Angeles. Toutes les plages en Inde ont été faites à Malibu, là où a été tournée la série Baywatch (rire). Les Américains sont forts pour ça.

Vous êtes fier qu’on parle d’Haïti dans un show comme Heroes ?

Oui, c’est l’une des choses qui me fait le plus plaisir. Cela force les gens à savoir qu’Haïti existe et à s’y intéresser, surtout en Amérique. C’est un grand plaisir pour moi de pouvoir associer Haïti au mot héros, sachant qu’Haïti est toujours empêtré dans les problèmes économiques, politiques ou même sanitaires. Cela lave un peu l’image d’Haïti.

Qu’est ce que cela vous fait d’être dans une série avec un casting aussi international ?

C’est une représentation parfaite de l’état actuel du monde. Avec Internet, tout le monde est lié et peut se parler. Le fait que les studios s’ouvrent et acceptent de prendre des personnages venant du monde entier, c’est un plus pour l’évolution de l’être humain. Il faut s’accepter et arrêter de se mentir, de se dire qu’il n’y a que nous et que le reste du monde est étranger. C’est faux, on vit tous ensemble. Et Heroes fait un bel effort. J’espère que ça continuera avec le cinéma. Dans Heroes, il y a des Indiens, des Japonais, des Latinos, un Haïtien… c’est du jamais vu à la télé.


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Rester dans Heroes quelques années encore
ne me dérangerait pas
»


Comment vivez-vous votre soudaine notoriété ? Le succès de Heroes vous a-t-il surpris ?

D'une certaine manière, oui. On savait qu'on avait un bon show, une belle histoire et un bon script. Mais on ne savait pas que ça cartonnerait autant. Surtout que le buzz n'a pas été qu'aux Etats-Unis mais partout dans le monde. Heureusement, la notoriété s’acquiert petit à petit et non du jour au lendemain. Chaque jour de tournage, on se parle et on se demande si ça marche. Puis au fur et à mesure, on voit que le succès est toujours présent. On s'y habitue et on se dit qu'il faut maintenir ce succès. Du coup, on se met la pression. Pour moi, cette nouvelle notoriété est très avantageuse car elle me permet de me faire connaître dans le monde et de me diriger vers le cinéma car c'est ce que je préfère.

Quels épisodes préfèrez-vous dans Heroes ?

L'épisode que je préfère est Company Men (1x17, ndlr), avec le grand flashback sur Mr Bennett. Il y a aussi cette scène très particulière où je dois tirer sur Mr Bennett en présence de sa fille (photo ci-dessous). C'était intense.

Avez-vous envie de rester longtemps dans le show ?

Je préfère le cinéma car on a plus la possibilité de s'exprimer. La télé, c'est très rigide, mais rester dans Heroes pendant quelques années encore ne me dérangerait pas car c'est une très bonne série. Si c'était un autre show, peut-être que je resterais encore un an et que je partirais. J'ai quand même l'avantage de pouvoir faire des films en parallèle.

Quels sont vos projets ?

J'ai fait un film il n'y a pas très longtemps en Indonésie, qui s'appelle The Ball Is Round. C'est un film sur le football avec Franck Leboeuf qui devrait sortir cet été en Asie. Peut-être en Europe aussi. Quelques autres films : Loaded avec Jesse Metcalf, The Adventures of Power avec Adrian Grenier. J'ai tourné une petite saga en Martinique pour la France : Le Mystère Joséphine avec entre autres Brigitte Fossey (rire). Le marché français m’intéresse beaucoup. J'espère travailler un peu plus ici. J'ai d'ailleurs déjà reçu quelques scripts de scénaristes et réalisateurs français.

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