Nicolas Mercier
Qu’est ce qui vous a amené à écrire pour la télévision ?
La possibilité tout d’abord de gagner ma vie en écrivant, je sortais de la Femis et je ne me voyais pas écrire un long métrage. A l’époque à la Femis, la télévision n’était jamais évoquée, on faisait cette école pour être scénariste de long métrage, rien d’autre. Pourtant j’ai toujours aimé la télévision, après mes études et un an aux États-Unis, j’ai découvert les séries américaines, et j’ai été bluffé par leur qualité. De retour en France, j’ai commencé à m’intéresser aux séries, c’est une forme d’écriture légère que j’apprécie, j’accorde beaucoup d’importance aux dialogues, je peux rester une journée bloqué sur quelques phrases si je ne suis pas entièrement satisfait !Comment êtes-vous arrivé sur le projet et qu’est-ce qui vous a convaincu d’écrire le scénario de Clara Sheller ?
C’est une longue histoire, au début je devais être juste consultant sur le projet. La scénariste Stéphanie Tchou-Cotta avait eu l’idée de départ, et avait proposé à France 2 un premier épisode. La chaîne n’était pas convaincue par cette première mouture, la productrice a donc décidé de me confier le projet et j’ai pu proposer une autre version tout en gardant l’idée initiale du personnage de Clara. J’ai eu beaucoup de chance, on m’offrait enfin la possibilité de travailler en profondeur sur un sujet qui me tient vraiment à cœur : l’amour.
Comment s’est déroulée l’écriture de la première saison de Clara Sheller, avez-vous eu une totale liberté ou vous a-t-on imposé des choses ?
J’ai mis un an et demi à écrire la première saison, dans d’excellentes conditions et une liberté de ton totale. Au départ, je ne pensais pas que le projet allait aboutir, mais j’apprenais tellement en écrivant que cela ne me dérangeait pas. Au fur et à mesure que j’écrivais, l’histoire prenait vie et tout le monde adorait. J’ai été énormément soutenu par la productrice qui a cru en moi dés le début et m’a fait confiance alors que je n’avais pas forcément travaillé sur ce genre de projet avant.Quelles ont été vos sources d’inspiration, vos influences ?
Mon entourage est un vivier inépuisable d’idées et de situations drolatiques ! J’ai besoin d’écrire sur des choses vécues qui me ressemblent. Je suis un grand sentimental et j’aime parler des relations amoureuses. L’enchantement entre deux personnes ne dépend pas forcément de l’identité sexuelle de chacun, c’est aussi l’œuvre d’une magie qui transcende cette identité. Je raconte l’histoire d’hommes et de femmes qui ne rentrent pas dans les cases où on veut les mettre. J’aime que mes personnages évoquent une certaine idée de la liberté.Comment Mélanie Doutey et Frédéric Diefenthal, habitués à des rôles au cinéma, sont-ils arrivés sur le projet ? Qu’est-ce qui les a convaincus de tenir les rôles principaux d’une série ?
La productrice les a contactés et leur a envoyé le scénario, ils ont tout de suite adoré et accepté de participer à cette aventure. Le scénario a vraiment fait l’unanimité dés le début. Et puis, je ne crois pas que les acteurs fassent une réelle différence entre un rôle à la télévision et un rôle au cinéma, ce qui compte avant tout pour eux c’est la qualité du scénario, je pense.Aviez-vous pensé à eux en écrivant les rôles de Clara Sheller et de Jean-Philippe ?
Non pas du tout, je ne m’occupe absolument pas du casting mais je trouve que la productrice a vraiment eu du flair en leur proposant le rôle. Je n’aurais pas pu rêver meilleur casting !Vous collaborez aussi à des séries comme Sous le soleil, en quoi Clara Sheller se démarque-t-elle des autres séries françaises, selon vous ?
Clara est vraiment ce que l’ont peut appeler une œuvre d’auteur, l’expression d’une vision des relations humaines qui m’est propre. Dans Sous le soleil, il y a toujours la même morale assez manichéenne. C’est ma récréation, un vrai moment de détente. J’aime cette série car même si elle peut être taxée de superficielle, elle parle aussi et toujours de la vie quotidienne des gens et de l’amour. Je n’aurais pas pu écrire Clara Sheller sans mon expérience dans Sous le soleil.La série a tout de suite rencontré un succès critique et public, cet accueil vous a t’il surpris ? Comment l’interprétez-vous ?
La télévision est tellement médiocre en France que dés qu’on propose aux gens quelque chose de vrai, et sincère, ils sont soulagés. Je pensais d’ailleurs qu’avec le succès rencontré par Clara Sheller, il y aurait une vague de projets plus audacieux, malheureusement ça n’a pas été le cas. Je suis assez pessimiste sur l’avenir de la télévision française, nous sommes encore tellement loin du professionnalisme américain.Pourquoi la suite de Clara Sheller tarde-t-elle tant à venir ?
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Parce qu’au début j’avais refusé de la faire. Il en a été question bien sûr mais j’ai trouvé que la chaîne n’avait pas réagi assez vite. Au départ, j’étais assez enthousiaste à l’idée d’écrire la suite mais il y a eu un changement de présidence à France 2 et je ne suis pas parvenu à trouver un accord satisfaisant avec la chaîne. Je me suis donc reconverti en directeur d’auteurs et j’ai confié la trame de la saison 2 à trois auteurs. J’étais en plein dilemme, d’un côté j’aimais tellement mes personnages que je n’arrivais pas à les abandonner, de l’autre j’avais perdu le désir d’écrire. Mais aujourd’hui la situation a changé, j’ai envie d’écrire la suite, même si cela me fait peur, je trouve qu’il serait dommage que la petite fenêtre de liberté ouverte par la série se referme et puis il y a une telle attente des fans, je ne peux pas les décevoir !Dans votre carrière, avez-vous connu un avant et un après Clara Sheller ?
La pression a commencé à se faire sentir pendant l’écriture de Clara, le monde de la télévision est un microcosme, très vite mon scénario a été reconnu pour sa qualité et les propositions ont afflué. J’ai compris que mon écriture avait une valeur et que j’avais aussi le droit d’imposer mes conditions. Je suis une vraie diva parfois et je revendique la diva attitude d’ailleurs ! Je ne supporte pas trop les impératifs de date par exemple, je ne suis pas un robot, j’ai des états d’âme. L’inspiration et la création sont fragiles, j’ai besoin de temps avant de trouver le ton juste. Dans mon métier, il faut réussir à concilier les aléas de la création et la logique financière et ce n’est pas toujours facile. Aujourd’hui après des années d’expérience, je m’autorise enfin à m’affranchir de certaines règles. [rires]Qu’est ce qui fait la force de la télévision américaine selon vous ?
C’est très simple : c’est une télévision de scénaristes, ils gardent un contrôle sur leur série, on respecte leur univers. Il faut savoir aussi qu’aux États-Unis les séries sont pour la plupart diffusées sur des chaînes câblées donc privées, ce sont des chaînes qui ont une vraie valeur politique contestataire et qui propose une vision de l’américaine différente de celle du pouvoir en place. En France, le scénariste n’a aucun pouvoir sauf celui de se taire et de pondre son texte en temps et en heure, or la seule personne qui connaît vraiment les personnages, c’est le créateur. Ni les acteurs ni le réalisateur ne peuvent avoir une vision aussi précise que lui. Il y a un système qui est mis en place pour faire croire que ce sont les scénaristes qui ont besoin de la télévision et non l’inverse. Sans idées, la télévision ne peut pas exister, voilà ce qui fait défaut à la télévision française : des idées neuves !
A votre avis pourquoi le cinéma français est-il connu et respecté dans le monde entier quand les séries françaises manquent cruellement d’originalité la plupart du temps ?
Je pense que la télévision est sous évaluée, on prend le téléspectateur de haut en essayant de l’éduquer et de lui insuffler une morale, c’est absolument ridicule. Les chaînes publiques vivent dans la peur de proposer des choses trop élitistes, j’ai l’impression que les personnes qui font la télé n’ont aucune idée de ce que les téléspectateurs veulent. Clara Sheller en est l’illustration puisqu’avant la diffusion on m’avait promis un petit 15 % de part de marché au lieu des 25 % obtenus.Quels sont vos projets ?
Je viens de terminer l’écriture d’un long métrage qui sera réalisé par Laurent Tirard, un genre d’Apocalypse Now des relations amoureuses. Ca commence comme une comédie sociale et se finit par la quête d’identité d’un couple homo et d’un couple hétéro.Je viens aussi d’achever le scénario de deux téléfilms, Les cerfs volants, adapté du roman de Romain Gary et un deuxième dont le nom est encore en suspens, l’histoire d’un Parisien de 35 ans qui va faire son coming out en province chez ses parents.


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Le numéro 17 de Générique(s) est en kiosques. En couverture, Lost et son personnage clef, livraison et éclairage scénaristique avec Damon Lindelof et Carlton Cuse, les deux showrunners de la série. En bonus : les interviews de Naveen Andrews (Sayid) et Jorge Garcia (Hugo). Pour l’été, la rédaction vous propose un zoom de près de 20 pages sur les X-Files de Chris Carter, et vous offre en prime un entretien avec le maître. Côté dossier : une radiographie conséquente du soap-opera. Egalement au programme de ce double numéro estival : les confessions de Tim Kring, créateur de Heroes qui revient sur l’échec de la saison 2 de sa série comic. Au rayon cahier critiques, Big Love (saison 2), Californication (saison 1), Engrenages (saison 2), mais aussi Meadowlands, Dirt, The L Word, The Office, My name is Earl, et les principales autres sorties de l’été. Enfin, côté Points de Vue : le générique de The L Word, un gros plan en forme de confrontation musicale au sommet entre David Bowie et Mick Jagger, les portraits de Gaïus Baltar (Battlestar Galactica) et Joséphine Karlsson (Engrenages), une séquence de [MI-5], un tour d’horizon de l’Italie et un Ma Série et moi par Emma de Caunes. La rédaction de Générique(s) vous donne rendez-vous pour une nouvelle saison à la mi-septembre.

Comment s’est déroulée l’écriture de la première saison de Clara Sheller, avez-vous eu une totale liberté ou vous a-t-on imposé des choses ?
A votre avis pourquoi le cinéma français est-il connu et respecté dans le monde entier quand les séries françaises manquent cruellement d’originalité la plupart du temps ? 