KiosqueArchivesForum
V.F.
Envoyer cet article à un ami

Jean Van Hamme : "XIII était destiné à être adapté en feuilleton télé"

Le créateur et scénariste de la bande dessinée culte XIII revient pour Générique(s) sur son adaptation télé, diffusée par Canal Plus lundi 6 octobre.

 Jean Van Hamme - photo Rita Scalgia/Dargaud
L’adaptation d’une BD n’est-elle pas un exercice périlleux ?

L’essentiel, c’est de préserver l’esprit de la BD. Pour le reste, les rebondissements,et certains personnages, l’adaptateur suit sa propre route. Au final, je suis assez content de cette adaptation.

Quelle a été la genèse de cette adaptation ?
XIII était, dans mon esprit, destiné à être adapté en feuilleton, avec son fil rouge et ses intrigues différentes à chaque épisode, à la manière du Fugitif. Son histoire est trop complexe pour le cinéma. Depuis quinze ans, les producteurs se sont succédés, mais jamais nous n’avons réussi à nous entendre. Cipango (la boite de production, ndlr) s’est accroché au projet et, surtout, a réussi à mettre en place un budget digne d’une grosse production d’action, ce dont XIII avait besoin. Leur bonne idée, c’est d’avoir demandé à des anglo-saxons de faire partie de l’aventure, et d’amener leur financement et leur savoir-faire avec eux. Du coup, XIII, version télé, a une touche très américaine.

Pourquoi ne pas avoir vous même écrit le scénario de cette adaptation ?
J’ai essayé, de même que j’avais essayé de le faire il y a quelques années avec Largo Winch. Malheureusement, je n’arrivais pas à me détacher suffisamment du canevas de base de mon histoire. J’étais bloqué. Je ne crois pas avoir assez de distance avec mon œuvre BD pour en faire une série. Je n’étais pas assez innovateur, j’ai donc laissé les commandes à un scénariste avec un regard neuf, en l’occurrence Philippe Lyon (auteur de Yamakazi et d’un épisode de Préjudices, ndlr), tout en gardant un droit de regard sur son travail.

Quel poids avez-vous eu sur le scénario ?

Le droit de regard d’un auteur sur son œuvre adaptée repose sur une sorte de rapport de force non écrit. Tout dépend du souci qu’à la production de respecter son travail. Les Américains sont à ce niveau catégoriques : une fois qu’ils ont acheté une œuvre, elle leur appartient, ils en font ce que bon leur semble. Heureusement, du côté européen, les producteurs demandent en général son avis à l’auteur. Dans le cas de XIII, j’ai toujours donné mon opinion sur les différentes moutures du scénario qui m’ont été soumises. Ça n’a pas été une collaboration permanente, mais une bonne entente, des contacts réguliers entre personnes de bonne volonté.

Sam (Caterina Murino) et XIII (Stephen Dorff)

Cette adaptation prend beaucoup de libertés avec votre œuvre. Est-ce une nécessité ?
Non, ce n’est pas une nécessité, mais il le fallait sans doute. En effet, cette adaptation s’inspire des quatre premiers tomes de la BD, qui sont maintenant vieux de plus de vingt ans ! La manière de raconter une histoire, le monde en général a évolué. Quand je relis mes BD, je me dis que j’aurais pu faire mieux, faire des changements. Le personnage de Sam, par exemple (une photographe qui vient en aide à XIII, incarnée par Caterina Murino, ndlr), créé pour le film, aurait mérité sa place dans la BD. Enfin, encore une fois, pour faire une bonne série, il faut prendre ses distances avec la BD. Je n’aurais pas pu écrire moi-même quelque chose qui ressemble à 24 comme cette adaptation de XIII

Aviez-vous à l’esprit le modèle des séries télé quand vous avez écrit XIII ?
Pas du tout. Quand j’ai commencé la bande dessinée, il y a quarante ans, on publiait déjà des épisodes dans les hebdomadaires, avec des cliffhangers, comme les séries. Je n’ai pas eu besoin des séries pour utiliser ces effets.

En 2001 et 2002, Largo Winch, une de vos œuvres, a été adaptée en série. Quelle leçon en avez-vous tiré ?
C’est Dupuis, l’éditeur, qui avait à l’époque eu cette idée. Malheureusement, il en avait laissé les rênes à la Paramount, le côté américain de ce qui était une production internationale. Or, comme je vous le disais, les Américains ne sont pas du genre à se soucier de votre avis. J’avais un « droit de regard », mais jamais ils n’ont répondu à mes appels. Aux Etats-Unis, la règle d’or pour les scénaristes, dans les grosses productions, c’est « take the money and run».  La série avait beau avoir un casting plutôt réussi, elle a été affreusement bâclée.

Ce genre de situation ne s’est pas reproduite sur XIII
Non, car il y a beau y avoir un partenariat avec NBC, qui diffusera les deux téléfilms, la production est avant tout française. Il a donc été possible de conserver plus ou moins le contrôle des opérations.

A qui s’adresse cette adaptation de XIII ?

Au départ, à tout le monde. Environ 1,5 million de Français ont un jour lu un épisode de XIII, ce qui ne pèse pas bien lourd face au 6 ou 7 millions de gens qui verront le téléfilm à la télévision, et qui penseront que c’est une production à l’américaine comme beaucoup d’autres. Le but, c’est que ces gens-là apprécient, pour que la série se poursuive, car il est question de réaliser d’autres épisodes, si possible 13, bien entendu…

C’est aussi un bon coup de pub pour la BD et une bonne affaire pour vous…
Je ne suis pas certain que ce soit une pub pour la BD. Peut-être peu de gens feront-ils le lien, peut-être ne seront-ils jamais au courant que c’est une adaptation. Les adaptations cinéma de Michel Vaillant ou Blueberry, qui n’ont pas marché, n’ont pas eu d’impact sur les ventes d’albums. Bien entendu, c’est une opération lucrative pour moi, je ne m’en cache pas, mais ce genre d’opération n’apparaît que quand une œuvre marche déjà bien. Il y a 24 ans, à la naissance de XIII, personne n’est venu me proposer une adaptation…

photo Jean Van Hamme : Rita Scaglia/Dargaud

                                                                      

Annuaire

Mot de passe oublié ?

RECEVEZ CHEZ VOUS

 

 

Le numéro 20 de Générique(s) sort en kiosques le 9 janvier. Pour les impatients, la version digitale du magazine est disponible en exclusivité sur notre site internet. Au programme de ce premier numéro de l'année 2009 : True Blood, expliquée par son créateur Alan Ball pour les lecteurs de Générique(s), un zoom définitif sur The Shield, avec en prime, un entretien exceptionnel avec Shawn Ryan.  Un dossier spécial qui répond aux 100 questions existentielles du sériphile pour l'année à venir. 

Côté critiques : Dexter, Boston Justice, Duel en ville et Gossip Girl se partagent l'affiche. Retrouvez aussi pêle-mêle, dans la partie point de vue, l'oeuvre du photographe Art Streiber expliquée par lui-même, un hommage ému à Horst Tappert, le légendaire interprète de Derrick, disparu en décembre, etc., et cerise sur le gâteau pour bien finir (et commencer) l'année : Monsieur Alain Chabat prend la plume pour nous décrypter sa passion pour True Blood. 

Toute la rédaction de Générique(s) vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année et vous remercie pour votre fidèle soutien.