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Josée Dayan

"C’est important qu’à la télévision il y ait des concepts et qu’on sorte du train-train quotidien."

Votre filmographie est très fournie. Vous avez réalisé à la fois des films et des téléfilms. Quelle est la différence entre les deux ?
Il n’y a pas de différence fondamentale. Ce qui change, c’est la manière dont le scénario est développé. Les scénari pour la télévision sont plus linéaires. Et pour cause, l’écoute est bien meilleure dans une salle obscure que dans un salon. Devant la télévision, il y a le téléphone qui sonne, la lumière qui éblouit la moitié de l’écran, le chien qui aboie, le voisin qui sonne à la porte… On va au cinéma dans le seul but d’apprécier un film.

Et dans le travail de réalisation ?
Je travaille de la même façon pour les deux supports. Il y a avant tout un désir de qualité. Quand je travaille pour la télévision, je m’entoure de professionnels, de comédiens de cinéma et les sujets abordés sont ambitieux. J’ai toujours fait les choses comme je pensais devoir les faire. Une fois qu’on a proposé un sujet à une chaîne de télévision et que celle-ci l’accepte, on doit foncer et monter le projet selon ses ambitions.

Les responsables des chaînes n’imposent-ils  pas trop leur point de vue ?
Dans mon travail, je n’ai pas eu à subir des interventions trop dérangeantes des chaînes de télévision. À chaque fois, une relation basée sur le dialogue s’instaure et c’est toujours très intéressant.

Votre renommée à la télévision vous donne-t-elle plus de liberté artistique dans la réalisation cinématographique ?
En France, y a toujours eu une frontière entre cinéma et télévision. Mais à partir du Comte de Monte Cristo et la venue de Gérard Depardieu sur le petit écran, je crois que les choses ont évolué. Le passage s’est un peu entrouvert. Malgré tout, certains sujets se prêtent mieux à la télévision. Les histoires longues et pleines de rebondissement comme Les Rois maudits se racontent en plusieurs épisodes, en rendez-vous "feuilletonesques". Il faut qu’il y ait du souffle, que l’histoire puisse tenir en haleine des millions de téléspectateurs sur plusieurs semaines. Quand j’ai travaillé pour le cinéma, j’ai fait un film beaucoup plus intimiste. Je n’aurais pas pu faire Cet amour-là pour la télévision, ne serait-ce que par la construction complexe du livre, que j’ai choisi de conserver pour l’adaptation.

Tenir en haleine le téléspectateur, c’est aussi l’objectif des réalisateurs de séries, on pense notamment aux aventures de Jack Bauer. Quelles sont celles que vous regardez ?
Je ne suis pas accro à 24 Heures Chrono. Je n’en ai regardé que trois ou quatre épisodes et ce n’est pas assez pour me faire une vraie idée. En revanche, j’aime beaucoup Desperate Housewives, Six Feet Under, Lost et Les Experts : New York. Si je devais citer ma série préférée, ce serait Hercule Poirot. C’est magnifique et j’aime beaucoup le personnage.

Quelle est la différence entre un téléfilm en plusieurs épisodes et une série ?
Dans les téléfilms, l’histoire se construit sur la durée. Si le téléspectateur zappe, vous le perdez. Dans les séries, on retrouve les personnages. Ils se créent une histoire, ils prennent de l’ampleur au fur et à mesure des épisodes. A partir du moment où on maîtrise les codes de la série, on peut se resituer facilement. C’est comme quand on rencontre un ami qu’on a perdu de vue depuis des années et que les rapports repartent de plain-pied. À chaque fois, c’est une nouvelle histoire qui commence.

D’où viennent ces codes ?
Les séries ont repris les vieux filons du cinéma de genre : les westerns, les polars, les films noirs. Ces codes plaisaient au public. C’est la même chose aujourd’hui pour les séries. On est heureux de retrouver des personnages, le caractère des uns des autres, leurs rapports les uns aux autres. Les codes se retrouvent également dans le déroulement de l’intrigue. Imaginez qu’entre deux épisodes des Experts, les modes de déduction des équipes de la police scientifique changent du tout au tout, vous seriez déroutés.

Comment définiriez-vous les deux modèles français et américain pour les séries et les mini-séries ?
La différence se fait sur le rythme, l’écriture et les personnages. Dans les séries américaines, les personnages ont beaucoup plus de background et je pense qu’aujourd’hui, les séries françaises s’en inspirent. Il y a une espèce de rencontre, de mimétisme. D’ailleurs, une série comme Engrenages aurait pu être une série américaine.

Une « aventure »  américaine vous tenterait-elle ?
Mes séries sont pratiquement les seules françaises qui se sont exportées dans le monde entier, y compris au États-Unis. Les Américains ont un savoir faire incroyable. J’ai eu plusieurs propositions pour tourner là-bas. Mais je ne veux pas le faire juste pour avoir un chèque en dollars. Je ne le ferai que si je peux apporter quelque chose de différent.

Ces séries vous influencent-elles dans votre façon de filmer ?
On est avant tout influencé par le monde qui nous entoure même si on peut l’être aussi par des films ou par des écritures. La façon de filmer dépend forcément de tout ce qu’on reçoit. Nous sommes des éponges. Ma version des Rois maudits, par exemple, est totalement différente de la précédente parce que c’était 35 ans plus tard. Dans les années 70, on sortait de « peace and love ». Même si cette période de l’histoire de France était violente et sanglante, son adaptation était « adoucie ». Aujourd’hui, si on écoute les informations, on est dans le sang.

Pour Les Rois maudits, vous avez jouez sur les effets spéciaux. Un défi ?
J’ai opté volontairement pour le style fantastique, imaginaire. Un peu à l’image du Seigneur des anneaux. Quand je regarde des documents sur le moyen-âge, son architecture et ses couleurs, c’est le côté fantastique qui se dégage de cette période de l’histoire. Je préférais que les décors soient conçus par Philippe Druillet (ndlr : dessinateur de science-fiction) plutôt que de tourner dans un château médiéval à moitié refait au XIXe siècle. Faire un film, c’est un regard, une direction. Je ne voulais pas refaire ce qui avait déjà été fait. C’est important qu’à la télévision il y ait des concepts et qu’on sorte du train-train quotidien.

En 1995, vous réalisez la saga Rivière espérance, gros succès des séries de l’été. Quels ont été, selon vous, les ingrédients de cette réussite ?
L’histoire et les personnages étaient très forts. Le succès s’explique aussi par le lyrisme, la façon de filmer, le casting et surtout, l’énergie qui s’en est dégagée. On a commencé avec une audience habituelle pour des lundis soirs sur la deuxième chaîne : 22 % de parts de marché. Au neuvième épisode, on a fini à 34 %. Le bouche à oreille a extrêmement bien fonctionné. Les gens sont littéralement rentrés dans l’histoire et je me souviens qu’au terme de la diffusion, il y avait une vraie nostalgie chez les téléspectateurs. Ils se sont demandés ce qu’ils allaient faire le lundi soir !

Et pour Le Comte de Monte Cristo ?
Le succès s’est notamment joué sur l’arrivée de Gérard Depardieu à la télévision alors qu’il était au milieu de sa gloire. Il n’est pas venu parce qu’il n’avait pas d’autre projet. C’était un vrai désir de sa part. Le succès est aussi lié au sujet de Dumas, à la fois déchirant et ludique. Dans cette idée de vengeance, il y avait quelque chose de très jouissif.

La télévision est-elle le support le mieux adapté pour ce genre d’adaptation ?
Pourquoi se priver d’adapter des œuvres magnifiques à la télévision sous prétexte qu’elles sont littéraires ? Si Dumas, Balzac ou Hugo vivaient à notre époque, ils seraient d’excellents scénaristes. Leurs œuvres ont une renommée internationale, elles touchent vraiment l’âme humaine. Ce sont des grands classiques et j’aime les remettre au goût du jour. Quand j’ai fait Balzac, beaucoup de téléspectateurs qui n’avaient jamais lu ses romans s’y sont mis, c’est positif.

Comment vous  impliquez-vous dans le choix du casting ?
C’est le premier acte d’un metteur en scène. Il est hors de question pour moi de ne pas être à la base du casting. Faire un film, c’est avant tout un désir de rencontre. J’ai des rapports très forts avec mes acteurs. Je ne fais jamais d’essai. Je rencontre ceux auxquels je pense, je leur parle du projet et on voit si on fait un bout de chemin ensemble.

Quels sont vos projets en cours ?
Je prépare pour France 2 l’adaptation d’un thriller de Fred Vargas, Sous les vents de Neptune. Le téléfilm en deux épisodes sera adapté par Emmanuel Carrère. Il devrait être diffusé sur les écrans début 2007.

 

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