Par Emilie Semiramoth

Erin Daniels n’en est toujours pas revenue d’avoir dû quitter The L Word au bout de trois saisons. Rencontrée à Paris en octobre lors de la convention Queer as Folk / The L Word, elle s’en est expliquée dans une conversation à bâtons rompus. Et en français, s'il vous plaît !

Vous avez marqué le public en incarnant dans The L Word Dana Fairbanks, décédée brutalement lors de la troisième saison d'un cancer du sein. Est-ce que votre personnage vous manque encore aujourd'hui ?

Oh oui, bien sûr. Dana me manque encore parce qu'elle était très drôle. Mais c'était aussi un personnage complexe à interpréter. Dana est une fille à la fois très compliquée, très vraie, très honnête et très humaine. C'est difficile de trouver des rôles comme ça. J'aimais beaucoup l’aspect comédie du personnage.

Est-ce que vous comprenez le choix des scénaristes, et d'Ilene Chaiken en particulier, de tuer le personnage de Dana ? Avez-vous eu des explications ?

Non, je ne sais pas vraiment comment cette décision est survenue. J'ai demandé à Ilene mais elle m'a simplement dit que c'était l'histoire de Dana, que c'était comme ça, mais que c'était vraiment quelque chose d'important. Je lui ai dit : "Enfin, il doit bien y avoir une raison !" Mais non... Moi, je crois qu'elle a pensé qu'il n'y avait plus grand-chose à faire avec Dana après qu'elle soit sortie du placard. C'est mon opinion. Mais je pense également que c'était très important pour elle de parler du cancer du sein et notamment auprès de la communauté lesbienne. Mais je ne sais pas pourquoi elle l'a tuée. Elle m'a dit qu'elle voulait tuer Dana parce que c'est comme ça parfois aussi dans la vie réelle, parce qu'il y a des femmes qui n'y survivent pas. J'ai une autre idée : je me dis que parce que c'est de la télévision, et que la télévision est très puissante, il fallait créer un événement, il fallait retenir l'attention. Je ne comprends pas malgré tout. Mais j'ai fini par l'accepter, c'est mon travail et il fallait que je joue le rôle. Alors je me suis vraiment investie dedans et ça m'a permis aussi de faire la paix avec cette décision. C'est devenu un challenge. J'ai embrassé son destin, le destin de Dana.

Votre interprétation justement dans la troisième saison a suscité un don anonyme d'un million de dollars à la Fondation du Dr Susan Love. Que vous inspire ce geste ?

C'est incroyable ! Je dois d’ailleurs dîner avec cette personne bientôt. Je ne sais toujours pas qui c'est, je ne l'ai jamais rencontrée. Je suis très enthousiaste à l'idée de savoir enfin qui est derrière ce don. Mais c'est vraiment incroyable, j'ai pleuré quand j'ai appris la nouvelle.

Qu'avez-vous envie de faire après un rôle aussi fort et qui vous a révélé au public ?

Je fais maintenant des choses qui me plaisent. Mais ça a été plus difficile que je ne l'aurais pensé. Après The L Word, je pensais que ça serait plus facile d'obtenir des rôles mais en fait pas tant que ça. J'ai travaillé beaucoup depuis en faisant des guests comme dans Swingtown (photo ci-contre) et je continue de travailler régulièrement. Mais je me suis également dit que j'avais envie de faire d'autres choses. J'ai réalisé un court métrage, je produis deux séries et je travaille sur deux films. Il y en a un de Tom Ford qui s'appelle A Single Man avec Julianne Moore et Colin Firth, c'est prévu pour décembre et je fais un film indépendant en janvier. Je veux des rôles intéressants et travailler avec des personnes inspirées, intelligentes, créatives... Je travaille dans ce sens et c'est ce que je fais maintenant.

Quelles sont les séries que vous produisez ?

Je ne peux pas trop en dire parce qu'elles ne sont pas encore vendues... L'une d'elles est un drama, c'est très cool et ce serait pour le câble mais ce n'est pas sûr encore. Et l'autre est une comédie dans laquelle je pourrais jouer. C'est vraiment drôle, c'est sur des femmes du Texas.

Vous avez démarré votre carrière sur scène. Est-ce que ça vous tenterait d'y retourner ?

Maintenant, je ne sais pas... Je me plais bien dans l'univers du cinéma et de la télévision. J'aime bien être sur scène, mais ça ne m'est pas arrivé depuis longtemps ! (rires) J'ai un peu peur, en fait. C'est complètement différent comme sensation, de se retrouver face au public. Mais j'ai essayé quand même récemment, j'ai auditionné pour une comédie musicale, c'était marrant.