Par Léo Soesanto

Le jeune réalisateur indé Joe Swanberg applique la même philosophie aux séries qu'aux films. La preuve, son feuilleton Young American Bodies, il le diffuse exclusivement sur internet. Entretien.

Si tout va bien, vous ne verrez jamais Young American Bodies à la télévision. Cette curiosité que son créateur, le cinéaste indé américain Joe Swanberg, réserve pour le net depuis 2008 est d’ailleurs impensable pour une transposition télé. Il y a beaucoup de jeunes gens nus (dont le cinéaste-acteur) ; la facture est bricolée ; on y marmonne plus dans sa barbe que l’on ne lance de punchlines sur fond de The Kills. Young American Bodies serait comme un soap tourné par John Cassavetes à l’ère digitale, d’une honnêteté désarmante, peut-être un peu trop pour les générations biberonnées à Dallas, Friends ou Gossip Girl. Des intrigues s’ébauchent et meurent ; les conversations vacillent et dérivent par tranche de 5 minutes (la durée moyenne d’un épisode). Rencontre avec un résistant à la hype, mais ayant tout compris d’Internet

Quelle est la genèse de Young American Bodies ?

Après mon premier film Kissing on the Mouth, j’avais encore quelques idées à explorer quant aux relations sexuelles entre vingtenaires («twentysomething »). Le site Nerve.com m’avait demandé de leur livrer une websérie originale et le timing était bon. On voulait partir du concept d’un soap opera mais aller vers quelque chose de plus réaliste… et plus court. Spécialement parce que l’attention des spectateurs se réduit de plus en plus. Une narration par petits bouts était alors l’idéal.

Comment est-elle tournée ?

Je tiens compte du fait que les gens vont la regarder sur une petite fenêtre d’écran d’ordinateur. On tourne surtout en gros plans, avec une palette de couleurs vives. Je mixe le son en utilisant des haut-parleurs standards d’ordinateur portable, sachant que les spectateurs vont écouter la série de cette manière. C’est très dur de juger combien de temps de tournage je consacre à un épisode parce que nous tournons un peu à la sauvage et je découvre souvent la structure de l’épisode au montage. On a une trame pour la saison mais j’échange souvent les scènes d’un épisode à l’autre pour obtenir la meilleure narration.

Pensez-vous déjà – comme certains de vos collègues – à une adaptation télévisée?

Ca ne m’intéresse absolument pas. La série est conçue pour le net et fonctionne pour ce format. Ca ne me dérange pas que la télévision les diffuse tels quels mais je ne veux pas en faire un show avec des épisodes d’une demi-heure.