L'un des plus grands "script doctors" et professeurs d’écriture scénaristique, l'Américain John Truby, revient à Paris pour sa "master class" sur l’anatomie du scénario, du 18 au 20 juin...

Quand vous êtes-vous intéressé à l’écriture scénaristique ?

À l’université. J’ai étudié la philosophie à la fac de Princeton. En cours de cinéma, j’ai pu voir de nombreux films, américains, mais aussi des classiques japonais et les œuvres de la Nouvelle Vague française. L’intérêt pour l’écriture scénaristique est donc passé par mon intérêt pour les longs métrages

Comment avez-vous développé votre principe des 22 points clés de la structure ?

Lorsque j’étais étudiant et de plus en plus intéressé par l’écriture scénaristique, je n’avais pas accès à des bouquins sur le sujet. J’ai donc décidé de me « former » en allant voir et revoir de grands films. J’en regardais tous les jours. J’ai développé progressivement ma propre théorie, cette méthode en sept puis 22 étapes ou points-clefs. Ce sont des étapes scénaristiques que l’on peut détecter dans l’histoire d’un film. Elles y sont déjà, comme si elles étaient obligatoires, d’où le caractère « organique » de celles-ci et de la méthode qui y est liée. Une bonne histoire doit passer par ces 22 étapes, quelque soit leur ordre. La méthode permet donc de développer une bonne histoire.

Qu’est-ce que vous pensez des autres méthodes, comme celles de Robert McKee ?

Je ne connais pas forcément très bien McKee. Mais je sais qu’il reprend la structure en trois actes de Syd Field. Pour moi cette théorie peut être désastreuse. Déjà, elle est faite pour les débutants et la méthode ne peut pas bien fonctionner au niveau professionnel. De surcroît, elle est plaquée sur l’histoire depuis l’extérieur. Elle n’existe pas dans l’histoire. Elle est donc mécanique et non organique. C’est la principale différence avec la méthode que j’enseigne dans mes cours

Vous avez travaillé en tant que script doctor pour Alliance Atlantis, qui est une compagnie canadienne. Y a-t-il une forme d’écriture scénaristique typiquement canadienne ?

Je ne pense pas non. Je ne pense pas que l’on puisse rattacher une forme d’écriture à une origine déterminée. La méthode que j’enseigne ne dépend pas d’une culture particulière ni même d’une langue particulière. Et pour cause, c’est que les 22 étapes points-clés de la structure se retrouvent dans des œuvres de toute origine. La méthode que j’enseigne est donc une technique universelle pour créer une grande et bonne histoire, qui peut fonctionner aussi bien pour une série télévisée que pour un film.

Pourtant, il y a bien une différence entre écrire pour une série télé et écrire pour un film de cinéma, non ?

Oui, bien sûr. Les différences sont énormes. Sur un film, il faut développer, dans le cas d’un film policier par exemple, une intrigue plus ou moins compliquée sur deux heures de fiction. À la télévision, la série est beaucoup plus basée sur les personnages, leur nombre, leurs particularités, leur complexité. Et, parce qu’on a plus d’heures à filmer, il faut tenir compte de plus de paramètres, faire attention à garder une cohérence scénaristique. Tout en travaillant avec un rythme plus intensif. Mais les 22 étapes sont partout

Qu’est-ce qui rend votre logiciel John Truby’s Blockbuster meilleur que les autres, notamment Final Draft ?

La plupart des gens connaissent surtout Final Draft. Mais c’est un logiciel d’écriture pratique pour adapter un bon bouquin. Il faut voir mon logiciel, Blockbuster, comme un soft de développement d’histoires. Il y a une fonction de coaching scénaristique, il permet aussi de cibler les éléments originaux d’une histoire, de la construire étape par étape et de créer de bons personnages. En bref, il facilite la création d’une bonne histoire

Blockbuster n’existe que pour Windows ?

En fait, on peut l’utiliser sur PC et sur Mac – J’utilise moi-même un Mac. Seulement, il faut avoir un Macintosh à base de processeur Intel et utiliser des applications comme Boot Camp ou Parallels Desktop, qui permettent d’émuler, de « virtualiser » Windows comme système d’exploitation sur l’ordinateur Mac.

Connaissez-vous un peu l’industrie télé française et les séries françaises ?

Non, je ne suis pas très familier avec l’industrie française. Mais j’ai cru comprendre qu’il y avait des interrogations et des attentes en France concernant la création télévisée. Comme je vous disais, ma méthode ne s’adresse pas qu’aux Américains et, concernant les séries, le troisième jour de ma master class, le 20 juin, sera consacré aux spécificités des séries télé, en prenant exemple sur de récents hits américains

Quelles sont vos séries télé favorites ?

C’est une bonne question (rires). Actuellement, je citerais Grey’s Anatomy, Urgences, Les Experts, Lost. Mais mon show favori est Mad Men (ndlr : diffusé en France sur TPS Star). Il ne faudrait pas non plus que j’oublie de citer The Wire (Sur écoute).