Par Frédéric Foubert

Au dernier festival de télé de Monte-Carlo, l'actrice australienne Miranda Otto (Le Seigneur des anneaux, La Guerre des mondes) était en plein paradoxe promotionnel : assurer le service après-vente d'une série, Cashmere Mafia, dont on venait d'apprendre l'annulation après seulement sept épisodes. A voir dès cette semaine sur Téva, Cashmere Mafia est une mise au goût du jour de Sex and the city, assez peu inspirée, plutôt lourdingue. Seulement voilà, quand Miranda, teint de lait et rousseur incendiaire, parle, on l'écoute.

Miranda, Cashmere Mafia n'aura donc duré que sept petits épisodes...

Oui, ma grande peur en acceptant de jouer dans une série télé, c'était d'être coincée à vie dans le même rôle. Il faut croire que je suis tranquille de ce côté-là ! Mais bien sûr, je suis déçue, je pense que c'était une bonne série. Au moment où l'on parle (juin 2008 - ndlr), la série vient d'être diffusée chez moi, en Australie, et les spectateurs sont très enthousiastes, ils aiment Cashmere Mafia. Donc, je ne suis pas la seule à être déçue, le public l'est aussi.

Comment expliquez-vous cette annulation ?

On a souffert d'un très mauvais timing, on a subi les conséquences de la grève des scénaristes qui a éclaté à ce moment-là, on n'a vraiment pas eu de chance. On s'est donc arrêté au bout de sept épisodes, exactement au moment où la série commençait à prendre ses marques, à trouver le bon rythme, où l'alchimie commençait à prendre entre les différents comédiens. C'est dommage, et je considère que la chaîne a fait une erreur.

Aux Etats-Unis, les critiques n'ont pas été tendres...

Je ne lis pas les critiques.

Elles comparaient Cashmere Mafia à Sex and the city...

Oui, pourquoi pas, on aurait aussi pu la comparer aux Golden Girls. Ce n'est pas la première série sur un groupe de filles. Mais ça rassure les critiques de ranger les choses dans des catégories. Personnellement, j'ai toujours été une grande admiratrice de Sex and the city mais je trouve quand même les deux séries assez différentes, même si le public à qui ça s'adressait était sans doute le même. Quand la productrice Gail Katz m'a présenté l'idée, elle n'avait pas du tout Sex and the city en tête, elle voulait parler de la vie quotidienne de ses amies qu'elle connaît depuis la business school.

On a l'impression qu'il y a actuellement de plus en plus d'acteurs et de créateurs australiens qui vont tourner aux Etats-Unis, c'est l'invasion australienne. Qu'ont les acteurs australiens que les Américains n'ont pas ?

En fait, quelques pionniers ont ouvert la voie, et on s'est soudain tous mis à y penser. Avant, jouer aux Etats-Unis, c'était un rêve, aujourd'hui c'est pour nous une option tout à fait raisonnable. Les Américains ont longtemps été réticents, ils s'inquiètaient de nos accents. Maintenant qu'ils savent qu'on peut tous adopter l'accent américain à volonté, il n'y a plus de problèmes. Notre force, c'est de n'avoir pas froid aux yeux. Par exemple, mon mari réalisait récemment un court-métrage dans les rues de New York avec un comédien australien, qui courait pieds nus comme un fou en plein milieu de la route, manquant de se faire écraser à chaque instant. Dès qu'on lui proposait quelque chose, il disait : "OK, pas de problèmes, je le fais !". Cette part d'inconscience et d'enthousiasme des acteurs australiens est une raison de notre succès à l'étranger.