Par François Meguro

Entretien avec le colossal interprète de Titus Pullo dans la série "Rome". Il revient sur la seconde saison et sur son personnage, dont la brutalité serait bien en phase avec l’époque de la série.

Titus Pullo a-t-il changé depuis son apparition lors de la première saison de Rome ?

Lentement mais sûrement, il est devenu un autre homme. Dans la première saison, il fonçait tête baissée, avait besoin du soutien de son supérieur et ami Vorenus. Dorénavant, c’est lui qui est devenu un soutien indispensable. Cette évolution est presque insensible, mais elle lui donne plus de force encore, plus d’assurance, plus de responsabilités aussi.

Il reste une force de la nature…

C’est un personnage instinctif, qui, s’il n’agit pas aveuglément, prend ses décisions rapidement. Il a conscience des dangers qui l’entourent, des enjeux politiques, mais sa force, c’est sa sincérité, sa franchise. Même lorsqu’il décime ses ennemis ou qu’il les assomme à coups de claques.

Comment peut-on rendre sympathique et touchant un personnage aussi sanglant ?

Il faut comprendre que Pullo a vécu en 50 avant notre ère. Alors, il n’y avait rien de choquant à tuer un esclave ou un ennemi. Il faut oublier la notion de "moralité" telle qu’on l’entend aujourd’hui. À Rome, en ce temps-là, c’est l’épée qui prime. Oui, Pullo tue, mais ça n’a rien de choquant pour lui et ses contemporains. C’est d’ailleurs un ami et un époux plein de douceur et de gentillesse.

Rome reste une série très violente…

Notre temps est lui aussi plein de violence. Le terrorisme est à mon sens plus dur encore que l’épée. À tout instant, vous pouvez être tué par un inconnu, sans prévenir. Notre époque est dominée par une violence plus psychologique, plus dure encore que celle de Pullo.

Comment vous êtes-vous mis dans la peau du légionnaire Pullo ?

En fait, Titus Pullo a existé. Il apparaît dans les carnets de campagne de Jules César comme un soldat exemplaire. Savoir que je serai le premier à incarner ce héros inconnu m’a rendu très fier. Pour le mettre en vie, j’ai appris les rudiments du maniement du glaive.

Vous êtes-vous documenté sur l’histoire de la Rome antique ?

J’ai lu quelques ouvrages, mais ma vraie source historique, c’était Rome, la ville, ses places, ses musées, ses odeurs et ses habitants, les vrais descendants des soldats romains. Le tournage de la série me manque tellement ! Je porte toujours la bague du XIIIe régiment, celui de Pullo (il montre sa bague en or). Rome a changé ma vie, m’a ouvert au monde et aux gens. J’y ai rencontré mes meilleurs amis et ma compagne, qui est enceinte. Notre bébé va d’ailleurs naître…à Rome. Ma carrière aussi à changée. J’ai un agent à Los Angeles, et on commence à me proposer des rôles importants à Hollywood.

Il n’y aura pas de saison 3 de Rome. Une déception pour vous ?

Pire que ça ! J’aurais signé pour trois ou quatre saisons de plus si j’avais pu. Malheureusement, l’argent a fait sa loi. Rome coûtait très cher, entre 17 et 18 millions d’euros par saison et, tournée loin de Los Angeles, la série était menacée. Des divisions au sein de HBO, la société de production, ont été également fatales à sa survie. Néanmoins, des bruits courent sur un scénario de film qui serait en préparation pour conclure l’histoire de Rome en beauté. Si cela se confirme, mon cheval est déjà près. Dans la minute, je suis à Rome !