Par Pierre Langlais

Entretien avec le créateur et la voix de la nouvelle série d'animation d'HBO, diffusée vendredi sur Orange Cinénovo.

Quel est le propos du Monde selon Tim ?

La série ne cherche pas à théoriser sur de grandes questions existentielles ou politiques. Tim est un type absolument banal, un gars sympa, normal, mais le monde qui l’entoure, la poisse totale dont il semble être victime l’embarquent souvent dans des situations très peu enviables… Je dirais que le « propos » du Monde selon Tim, c’est de montrer à quel point le monde est injuste, car ce sont toujours les méchants qui gagnent à la fin...

Où allez-vous chercher les situations dont Tim est victime ?

D’abord, j’insiste sur une chose : je ne suis pas Tim ! Ce sont juste des histoires drôles qui me viennent à l’esprit, des situations, au départ, assez simples.

Comment avez-vous atterri sur HBO ?

Je réalisais des films publicitaires et j'ai décidé il y a quelques années d’écrire un petit film, qui racontait l’histoire d’un gars surpris par sa fiancée avec une prostituée chez lui. Comme je ne trouvais pas les moyens pour en faire un court-métrage, j’ai décidé d’en faire un dessin animé. C’était juste une expérience, je n’y connaissais vraiment rien, et ça se voyait. Les dessins étaient mal faits, le ton décalé. Dans un premier temps, nous avons cherché à vendre notre projet à Fox, qui diffuse déjà Les Simpson, King of the Hill, etc., mais c’est finalement HBO qui a adhéré à notre vision.

En quoi Le Monde selon Tim colle-t-il à l’esprit d'HBO ?

HBO, c’est avant tout un signe d’indépendance et de prise de risques. Faire de l’animation est une prise de risque en soi pour eux. Je pense aussi que Le Monde selon Tim ne ressemble à rien d’existant, aussi bien sur le fond que sur la forme. Ils ont aimé le côté réaliste de cette série, qui raconte le quotidien d’un new-yorkais sans grand intérêt, quand la plupart des séries animées sont caricaturales, excessives et s’intéressent à des familles.

Comment définiriez-vous l’humour du Monde selon Tim ?

Encore une fois, ultra réaliste. Tout le monde est censé pouvoir s’identifier à Tim. En fait, ce que j’aime faire, c’est lancer des sujets de conversation entre les personnages, en sachant que ces sujets finiront par entraîner un débat absurde ou une catastrophe. Chaque épisode est ainsi une journée tout à fait normale qui, de fil en aiguille, va mal finir.

Esthétiquement, cette série est pour le moins minimaliste…

Notre but, c’est qu’elle donne l’impression d’avoir été écrite et réalisée par une bande d’amateurs avec de bonnes idées, pas par des pros d’Hollywood. Je fais tout mon possible pour protéger les petites erreurs que nous avons faites quand nous avons débuté, pour garder le côté naïf de la série. Nous avons évidemment les dessinateurs et les moyens de faire une animation de qualité, mais ce n’est pas notre souhait. Nous préférons un trait hésitant, qui est la marque de fabrique du Monde selon Tim, même si nous sommes diffusés en HD

Les séries animées ont souvent un ton impertinent, politique. Vous considérez-vous partie prenante de ce mouvement ?

Parce que nous sommes sur HBO, nous nous permettons quelques scènes osées, mais je ne pense pas que ces scènes soient irréalisables avec des acteurs en chair et en os. Je ne veux pas profiter de la liberté de ton qu’offre l’animation.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Mon modèle, celui qui m’a donné envie de faire de la comédie, c’est Larry David. Curb Your Enthusiasm est ma principale inspiration. La simplicité de cette série, le jeu de David m’a permis de démystifier le processus d’écriture comique. Je suis aussi un grand fan de Ricky Gervais et de sa version de The Office. Ils ont tous les deux une mentalité très « Moi VS Le Reste du Monde » qui me plaît assez !