Assister à un tournage de Jean-Pierre Mocky est, paraît-il, une expérience unique. Parce qu’il s’essaye depuis deux ans sur 13e Rue à des anthologies à la manière d’Hitchcock sous le titre Mister Mocky présente, nous sommes allé vérifier par nous même.

- « Et… vous vivez chez vos parents ? »
- « Euh, non, je suis juste en vacances dans le coin. J’ai grandi ici. »
- « Ah… »

Je ne dois pas être très doué pour la conversation. Il faut dire que je ne m’attendais pas à me retrouver planté, en mode boom de fin de CM2, au milieu du salon d’un château façon Moulinsart, à jouer au figurant pour Jean-Pierre Mocky. Au départ, c’est écrit sur ma carte, je devais faire journaliste non-figurant, avec interviews et reportage classique. Et puis, je ne sais plus trop comment, on m’a poussé au milieu de la quinzaine de figurants, infiltré presque malgré moi, à danser le slow avec une inconnue. Une position en fin de compte pas si inconfortable pour observer de l’intérieur le show Mocky…

Le tournage de Martha, un des téléfilms de la nouvelle saison de Mister Mocky Présente*, devait commencer à 13 h précise. A 15 h, on se met au travail. Pas de quoi être mauvaise langue, la caméra a rendue l’âme avant même sa première scène. Tout doit se tourner en trois jours. Un peu moins d’une demi-heure d’une histoire de rivalité amoureuse entre Virginie Ledoyen (sur toutes les photos), François Vincentelli (en photo ci-dessus) et Mathieu Demy (en photo ci-dessous), avec possible meurtre à la clef. Jean-Pierre Mocky n’a pas l’air de se soucier de son style, mais en matière de château, il a bon goût. Celui d’Esclimont, dans lequel il tourne, est une petite merveille transformée en hôtel de luxe.

Dehors, ça surgèle sérieux. A l’intérieur, il n’y a pas foule. Trois acteurs, à peine une dizaine de techniciens et Mr. Mocky, franchement agacé par ses déboires techniques. On risque auprès des acteurs un « ça va être un joyeux bordel… ». « En fait pas du tout, il sait très bien ce qu’il fait », corrige Vincentelli, vu dans Hard et Clara Sheller. « Le script ne laisse pas beaucoup de place à l’improvisation », renchérit Ledoyen. On ne vient pas tourner pour Mocky pour faire fortune. On ne connaîtra pas le tarif, mais c’est son style à part, la « Mocky touch », un mélange inégalable d’excentricité, d’humour et de mauvais goût qui attire les plus grands chez lui.

Quinze heures, donc. Les figurants, sur leur 31, ont été installés dans la salle de réception du château. Le personnage de Vincentelli y est censé inviter celui de Ledoyen, pourtant visiblement accompagnée de celui de Demy, à un slow torride. Vous me suivez ? Problème, François Vincentelli se fait désirer. « Il est où le grand ? » s’inquiète Mocky (en photo ci-contre), qui pas une fois n’appellera ses acteurs par leurs vrais noms (pour Ledoyen, ce sera « ma belle »). « Le grand » finit par apparaître, engoncé dans un costar et gominé au possible. « Moteur ! », « action ! », « moteur ! », « action ! », « bordel », « aller ! », le moins qu’on puisse dire, c’est que Jean-Pierre Mocky sait se faire entendre. Personne n’est trop sûr de ce qu’il pense, mais les choses avancent.

On danse sur une reprise du fameux Sunny de Bobby Hebb (et non pas de Christophe Willem de la Nouvelle Star). On m’a collé au fond, parce que je porte des baskets, qui ne doivent pas passer à l’écran. Le hic, c’est que c’est au fond que justement se déroule le gros de l’action, quand Vincentelli enfonce gracieusement une chouquette dans la gorge de Ledoyen (un détail absent du scénario, visiblement subtile inspiration de Mr. Mocky). Evidemment, je danse comme un parcmètre, ça va se voir dans le film. Pire, je piétine les orteils de ma cavalière. De la scène qui se déroule devant moi, dans mon dos, devant moi, dans mon dos (on tourne quand on danse le slow, c’est embêtant), je retiens ceci : Vincentelli qui appelle Demy « vieille branche » (nous disions « Moulinsart » ?), Demy qui rencontre un ami grande folle qui semble ne pas coller dans le décor, et Ledoyen qui ne dit rien. La direction de Jean-Pierre Mocky, légèrement grommelante et franche du collier, elle, a bien l’air pressé et bordélique, mais il faut le reconnaître : ça n’a pas traîné ! Il lui aura fallu à tout casser 45 minutes pour boucler la scène. Les figurants sont contents. Restera à voir le résultat. Faites qu’on ne me reconnaisse pas…

- « Et… ce sont lesquels vos parents ? »
- « La dame blonde, là, et le monsieur qui danse avec elle… »
- « Ah… »