Array
(
[ID] => 10
[ArticleID] => 36
[Title] => Certains l’aiment court
[ShortText] => Peu innovante, en manque constant d’inspiration, calquant ses formats et ses sujets sur ses ancêtres passés de mode ou lorgnant maladroitement de l’autre côté de l’Atlantique, la fiction humoristique française s’est enfin trouvée un terrain fertile et prometteur, avec les "shortcoms", au format court et à la mise en scène minimaliste...
[Date] => 2007-11-14
[ThumbFile] => documents/Image/Presse/Shortcoms 3.jpg
[CategoryID] => 1
[CategoryName] => Genres
[CategoryThumbFile] =>
[Url] => http://www.generiques-mag.com/perspectives/1-genres/10-certains-laiment-court.htm
[CategoryUrl] => http://www.generiques-mag.com/perspectives/1-genres/
[SendFriendsUrl] => http://www.generiques-mag.com/send_friends.php?articleid=36&Type=perspectives
[WorkflowIsPublished] => 1
[WorkflowIsArchived] => 0
[AuthorID] => 22
[AuthorName] => Pierre Langlais
[AuthorEmail] =>
[AuthorUrl] => http://www.generiques-mag.com/authors/22-pierre-langlais.htm
[Text] =>
Au royaume de la zappette, des concepts-pubs, du pré-digéré et de l’audimat fuyant, les comédies télé du cru, voire une majorité de leurs grandes sœurs venues du cinéma, ressemblent de plus en plus à de mauvaises blagues, tirant en long et en large leurs péripéties, rivalisant de médiocrité pour maintenir en position assise un téléspectateur plus que jamais tenté d’aller voir ailleurs. Les bons mots, les bonnes plaisanteries y sont jetées ça et là comme des hameçons dans un flot d’inepties, pour retenir dans leur élan les démissionnaires du prime time, qui ont d’autres chats – ou d’autres bonnes séries américaines – à fouetter. Accessoirement, avec de bons gags, on fait une bonne bande annonce, pour appâter le chaland.
Sans doute lassés de glisser (de déraper ?) sur cette bien triste autoroute pavée de trop rares surprises, certains ont eut une bonne idée : ne garder que les blagues, les instants lumineux, gommer le surplus, en se disant – à juste titre – que les plaisanteries les plus courtes sont vraiment les meilleures. Ceux qui ont abouti à cette conclusion de ce côté-ci de la Manche et de l’Atlantique n’ont rien inventé. On appelle ça les shortcoms (pour short comedie), et comme son nom l’indique, ce sont les Anglo-Saxons qui en ont eu l’idée les premiers. Peu importe le flacon. Pour ce qui est de cette ivresse là, les Français ont su y faire, et y font de mieux en mieux.
Vent de fraîcheur sur la fiction télé française
Comme un signe, c’est à l’aube de l’an 2000 que le court s’est fait deux noms plutôt qu’un : Chouchou et Loulou. Lancé sur France 2 en octobre 1999, Un gars, une fille sera le déclencheur de la mode des shortcoms en France. Pendant quatre saisons, le programme incarné par Jean Dujardin (qui en sortira acteur le mieux payé de France) et Alexandra Lamy réunira près de 6 millions de téléspectateurs chaque soir. Le concept, en fait adapté d’une série canadienne, est simplissime. En cinq minutes, de courtes saynètes illustrent, généralement avec plein de justesse, le quotidien d’un couple de trentenaires, qui vont se détester, se "mettre sur la tronche" à longueur de journée, sans bien-sûr jamais cesser de s’aimer à la folie. La ménagère adore, les jeunes couples aussi. On s’y reconnaît aisément. Identification égal carton d’audimat, la recette est vieille comme le tube cathodique.
Il y avait pourtant eu des avant-Un gars, une fille, rapidement catalogués sketchs et "cultes", sortis de l’univers barré de la grande époque de Canal + : ils s’appelaient Les Nuls, mais surtout Les Deschiens et Les Carnets de M. Manatane. Quoique techniquement à la frontière du shortcom et du pur sketch, la présence de ces historiques de la télé semblait annonçer un futur brillant pour les formats courts.
C’est néanmoins dans le sillage de Chouchou et Loulou que le shortcom va se démocratiser. Premier à suivre la cadence, l’excellente Caméra Café piquera presque la vedette à son concurrent du service public. Lancée par M6 en 2001, cette parodie de la vie d’une PME minable de province vue depuis la machine à café deviendra un véritable phénomène, et le sujet de nombreuses discussions animées devant… la machine à café des entreprises. Pourtant, Yvan le Bolloc’h et Bruno Solo, ses créateurs, trimballaient le projet depuis plusieurs années. Il aura fallu le déclic Un gars/une fille pour lancer leur machine. Dès lors, de demi-succès (Le Train et La France d’en face sur Canal +, Bande Dehouf sur France 2) en plantages (qui se souvient de Do mi sil adoré sur France 3 ?), les shortcoms se sont frayé un chemin vers l’audimat, en même temps que leur conception s’amélioraient. Ainsi, Kaamelott, successeur de Caméra Café sur M6, à qui on promettait une gamelle, est devenu à son tour "culte" et Samantha Oups, sur France 2, a rapidement atteint les scores d’Un gars, une fille.
[Keywords] => rsquo,shortcoms,ndash,que,plus,ses,court,ont,france,cafe,certains,son,fille,gars,shortcom,aiment,ces,aussi,cette,comme,format,bien,scene,autres,audimat
[Description] => Peu innovante, en manque constant d’inspiration, calquant ses formats et ses sujets sur ses ancêtres passés de mode ou lorgnant maladroitement de l’autre côté de l’Atlantique, la fiction humoristique française s’est enfin trouvée un terrain fertile et prometteur, avec les "shortcoms", au format court et à la mise en scène minimaliste...
[Words] => 1932
[Cost] => 3
[ArticleIsAccessible] => 1
[PostCommentUrl] => http://www.generiques-mag.com/comment_post.php?articleid=36&Type=perspectives
[ViewCommentUrl] => http://www.generiques-mag.com/comments.php?articleid=36&Type=perspectives
[Relevance] => 0
[MaxRelevance] => 0.0001
[Pages] => Array
(
[0] =>
Au royaume de la zappette, des concepts-pubs, du pré-digéré et de l’audimat fuyant, les comédies télé du cru, voire une majorité de leurs grandes sœurs venues du cinéma, ressemblent de plus en plus à de mauvaises blagues, tirant en long et en large leurs péripéties, rivalisant de médiocrité pour maintenir en position assise un téléspectateur plus que jamais tenté d’aller voir ailleurs. Les bons mots, les bonnes plaisanteries y sont jetées ça et là comme des hameçons dans un flot d’inepties, pour retenir dans leur élan les démissionnaires du prime time, qui ont d’autres chats – ou d’autres bonnes séries américaines – à fouetter. Accessoirement, avec de bons gags, on fait une bonne bande annonce, pour appâter le chaland.
Sans doute lassés de glisser (de déraper ?) sur cette bien triste autoroute pavée de trop rares surprises, certains ont eut une bonne idée : ne garder que les blagues, les instants lumineux, gommer le surplus, en se disant – à juste titre – que les plaisanteries les plus courtes sont vraiment les meilleures. Ceux qui ont abouti à cette conclusion de ce côté-ci de la Manche et de l’Atlantique n’ont rien inventé. On appelle ça les shortcoms (pour short comedie), et comme son nom l’indique, ce sont les Anglo-Saxons qui en ont eu l’idée les premiers. Peu importe le flacon. Pour ce qui est de cette ivresse là, les Français ont su y faire, et y font de mieux en mieux.
Vent de fraîcheur sur la fiction télé française
Comme un signe, c’est à l’aube de l’an 2000 que le court s’est fait deux noms plutôt qu’un : Chouchou et Loulou. Lancé sur France 2 en octobre 1999, Un gars, une fille sera le déclencheur de la mode des shortcoms en France. Pendant quatre saisons, le programme incarné par Jean Dujardin (qui en sortira acteur le mieux payé de France) et Alexandra Lamy réunira près de 6 millions de téléspectateurs chaque soir. Le concept, en fait adapté d’une série canadienne, est simplissime. En cinq minutes, de courtes saynètes illustrent, généralement avec plein de justesse, le quotidien d’un couple de trentenaires, qui vont se détester, se "mettre sur la tronche" à longueur de journée, sans bien-sûr jamais cesser de s’aimer à la folie. La ménagère adore, les jeunes couples aussi. On s’y reconnaît aisément. Identification égal carton d’audimat, la recette est vieille comme le tube cathodique.
Il y avait pourtant eu des avant-Un gars, une fille, rapidement catalogués sketchs et "cultes", sortis de l’univers barré de la grande époque de Canal + : ils s’appelaient Les Nuls, mais surtout Les Deschiens et Les Carnets de M. Manatane. Quoique techniquement à la frontière du shortcom et du pur sketch, la présence de ces historiques de la télé semblait annonçer un futur brillant pour les formats courts.
C’est néanmoins dans le sillage de Chouchou et Loulou que le shortcom va se démocratiser. Premier à suivre la cadence, l’excellente Caméra Café piquera presque la vedette à son concurrent du service public. Lancée par M6 en 2001, cette parodie de la vie d’une PME minable de province vue depuis la machine à café deviendra un véritable phénomène, et le sujet de nombreuses discussions animées devant… la machine à café des entreprises. Pourtant, Yvan le Bolloc’h et Bruno Solo, ses créateurs, trimballaient le projet depuis plusieurs années. Il aura fallu le déclic Un gars/une fille pour lancer leur machine. Dès lors, de demi-succès (Le Train et La France d’en face sur Canal +, Bande Dehouf sur France 2) en plantages (qui se souvient de Do mi sil adoré sur France 3 ?), les shortcoms se sont frayé un chemin vers l’audimat, en même temps que leur conception s’amélioraient. Ainsi, Kaamelott, successeur de Caméra Café sur M6, à qui on promettait une gamelle, est devenu à son tour "culte" et Samantha Oups, sur France 2, a rapidement atteint les scores d’Un gars, une fille.
[1] =>
Recette simple et efficace
La recette des shortcoms est toujours la même, ou presque. Elle repose sur la mise en scène en plan fixe d’une courte saynète, de son ouverture à sa chute, en cinq minutes, avec un nombre limité de personnages récurrents. Ces cinq minutes sont sous-divisées en autant de courtes séquences contenant leur dose de bons mots et de gags. Comme les coups de cymbales accompagnant le clown, de brefs génériques – toujours les mêmes – font virgules entre les saynètes. Rien n’empêche la poursuite d’une intrigue, d’une histoire en filigrane à travers les épisodes, mais le but premier reste le caractère unique d’un court épisode, généralement réduit à une situation donnée. Usant de l’ellipse avec talent, les shortcoms se permettent ainsi de ne garder des péripéties que l’essentiel. Caméra Café savait par ailleurs mieux qu’aucune de ses concurrentes utiliser ces virgules pour faire avancer ses histoires, et ainsi accentuer leur aspect comique (il n’était pas rare d’y voir un personnage en mauvaise posture revenir d’une pause couvert d’ecchymoses…) Plus flexibles et ouvertes aux plaisanteries de mauvais goût – un mauvais sketch s’oublie rapidement – les shortcoms offrent aussi un terrain idéal pour les guests en tout genre, et les célébrités hexagonales s’y précipitent. Pour une exposition maximale, il ne leur faut en effet qu’une courte présence sur le plateau.
Productivité, rentabilité, efficacité ; c’est aussi ça le succès des shortcoms. Tournées avec des budgets réduits, dans des décors fixes, en plan statique, elles ne demandent pas aux chaînes de se saigner à blanc, à la différence des sagas d’été et autres feuilletons du soir, qui font bien souvent pfffuit à l’audimat. Inscriptible à la perfection dans la dynamique de zapping qui régit la consommation télévisuelle actuelle, elles sont en même temps la meilleure arme contre l’infidélité du téléspectateur, qui, s’il n’est pas pris dans le rythme effréné de ces formats courts, n’a de toute façon guère le temps de s’en lasser. Diffusées aux heures de très forte écoute (généralement avant le journal de 20h), elles s’inscrivent aussi idéalement dans les terribles "tunnels" de publicité déversés par les chaînes à ces heures là. Shortcom, météo, journal, point route, l’enchaînement est presque devenu un classique. Parfaits bouche-trous, rediffusables à volonté (on loupe facilement un épisode, on revoit volontiers un ancien qu’on a eu le temps d’oublier), les shortcoms sont un format parfaitement adapté aux besoins des chaînes françaises.
Perspectives d'un genre
Enfin, si les shortcoms connaissent un succès aussi vif, c’est bien entendu parce qu’elles ont apporté et continuent d’apporter des idées, des textes et des acteurs de qualités dans la morosité du paf. Si la force d’Un gars, une fille tenait dans une observation amusante de la vie de couple et dans une interprétation juste, quoique gentiment décalée, Caméra Café puis Kaamelott ont véritablement su créer leurs univers. Le premier, dans un décor unique et presque jamais modifié de couloir avec ascenseur et toilette à peine digne d’une comédie de boulevard, s’est distingué par sa galerie de personnages plus antipathiques les uns que les autres, stupides, grossiers, mais irrésistiblement drôles et donc attachants. Le second, porté par le brillant Alexandre Astier (et la moitié de sa famille !), bien loin de singer l’esprit du Sacré Graal des Monty Python, a imposé son ton totalement décalé, gentiment bougon et franchement hilarant, transformant la table ronde en une assemblée de bras cassés analphabètes, incultes et portant un regard sur le monde (le leur et le nôtre) totalement en inadéquation avec leur quête et leur image historique. Dernière illustration de cette capacité des shortcoms à rebondir sur des thèmes qu’on croyait vides – ou vidé – de matière : Brother & Brother, une shortcom atypique diffusé depuis peu sur Canal +. Encore plus minimaliste dans son dispositif – les personnages, quatre en tout, apparaissent sur un fond noir – moins gauloise, plus critique, elle taille un costar au monde de l’entreprise, sans éclats de rire, en mettant en scène froidement et hyper sérieusement les règles d’un monde totalement absurde (mémos, notes, chiffres et consorts). Un shortcom plus exigeant, plus polémique, sans doute déstiné à un avenir moins populaire que Kaamelott ou Un gars, une fille, mais qui prouve que ce format est devenu au fil des années un refuge de créativité atypique, encore relativement vierge, pour les scénaristes et les réalisateurs français de télévision.
)
)
1