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[Title] => Pertes et profits
[ShortText] => Et si "Lost" n’était qu’une illusion, un traquenard télévisuel jetant à tout vent ses mystères, ses paysages de cartes postales et ses héros photogéniques, bâtissant de plus en plus fébrilement un récit sans cesse étiré ?
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C’est la rançon de la gloire, le paradoxe de trop de séries télévisées dans le système sans pitié des networks américaines. Certaines séries, bâties à l’origine pour durer un instant, quelques épisodes, au mieux quelques saisons, se voient parfois élues par l’audimat et se retrouvent en position de pouvoir survivre, voir évoluer plus ou moins sereinement sur plusieurs années. Il leur faut donc se trouver fil scénaristique suffisamment long à dénouer pour tenir la distance. Quand elles ont pour cœur un mystère fondateur et pour raison d’être la résolution de celui-ci, comme c’est le cas pour Lost, rester à l’antenne devient un périlleux travail d’équilibre, qui bien souvent mène à une dégradation progressive de la qualité initiale du programme. Les X-Files s’étaient par exemple égarés dans leurs propres délires de conspiration. Haletante, surprenante, déroutante sur sa première saison, multipliant les surprises et les cliffhangers ébouriffants, la série de J.J. Abrams s’est mise à découvert dès sa seconde saison, plus lente, plus laborieuse, moins spectaculaire. Sorti de l’étourdissement initial, libre de prendre du recul sur un phénomène écrasant toute critique sur son passage, c’est un désagréable sentiment de frustration et de vide artistique qui s’impose, inéluctablement.
Entre inspiration et surenchère...
C’est dans ces moments de perplexité que les scories de la belle machine Lost deviendront sans doute à leur yeux des énormités, que derrière les faux messages, les effets de manche, les bases proprettes de la série se fissureront. Car en s’étendant pour faire plaisir à ses financiers, Lost prouve bien qu’elle est aussi – peut-on vraiment le lui reprocher ? – une grosse production, flattant les bas instincts des consommateurs plus qu’elle ne cherche à révolutionner le monde de la fiction. Les premiers critiques de la série n’avaient-ils pas, avant de se laisser séduire, tournés en dérision ses postulats de base, exotiques et vide d’originalité ? Jetez un groupe de femmes et d’hommes plus beaux les uns que les autres – "une véritable équipe de volley-ball", se serait amusé alors un proche d’Abrams – sur une île déserte ; mettez-y un monstre, des types bizarres, et mélangez tout cela avec du drame, des passions et de la violence : le cocktail de base de Lost pouvait aussi bien mener droit à un film de série Z. Quelques cautions, notamment Locke, Charlie et Hurley, aux physiques plus communs, et un indéniable talent pour l’entourloupe scénaristique avaient fait taire les mauvaises langues. Qu’en sera-t-il quand les piles de la machine à embrouille tomberont en panne ?
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[Description] => Et si "Lost" n’était qu’une illusion, un traquenard télévisuel jetant à tout vent ses mystères, ses paysages de cartes postales et ses héros photogéniques, bâtissant de plus en plus fébrilement un récit sans cesse étiré ?
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Entre inspiration et surenchère...
C’est dans ces moments de perplexité que les scories de la belle machine Lost deviendront sans doute à leur yeux des énormités, que derrière les faux messages, les effets de manche, les bases proprettes de la série se fissureront. Car en s’étendant pour faire plaisir à ses financiers, Lost prouve bien qu’elle est aussi – peut-on vraiment le lui reprocher ? – une grosse production, flattant les bas instincts des consommateurs plus qu’elle ne cherche à révolutionner le monde de la fiction. Les premiers critiques de la série n’avaient-ils pas, avant de se laisser séduire, tournés en dérision ses postulats de base, exotiques et vide d’originalité ? Jetez un groupe de femmes et d’hommes plus beaux les uns que les autres – "une véritable équipe de volley-ball", se serait amusé alors un proche d’Abrams – sur une île déserte ; mettez-y un monstre, des types bizarres, et mélangez tout cela avec du drame, des passions et de la violence : le cocktail de base de Lost pouvait aussi bien mener droit à un film de série Z. Quelques cautions, notamment Locke, Charlie et Hurley, aux physiques plus communs, et un indéniable talent pour l’entourloupe scénaristique avaient fait taire les mauvaises langues. Qu’en sera-t-il quand les piles de la machine à embrouille tomberont en panne ?
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...jusqu'à l'indigestion ?
Peut-être même l’écœurement précédera-t-il l’ennui. Car de plus en plus, notamment durant sa seconde saison, Lost est devenu une sorte de tentative de compactage universel philosophique, littéraire, sociologique et religieux assez indigeste. Elle a laissé grandir en son sein une relecture fantastico-spirituelle de la naissance de l’humanité, mélange de réflexion de plus ou moins bas étages, Locke, Rousseau, les Grecs, les Latins se castagnant dans un décors de Club Med apocalyptique, entre deux empreints à Kubrick (la machine infernale contrôlant l’île comme HAL 9000 le vaisseau de 2001) ou à Defoe (un certain Robinson Crusoe). Une recette sans doute passionnante pour les exégètes, mais opaque, ennuyeuse, pompeuse pour les simples observateurs. Restera-t-il, dans deux ou trois saisons, un message à extirper de cet entassement ? Perdu entre le rationnel, l’irrationnel, les sentiments torturés des personnages, ce qu’ils semblent contrôler de leurs destins et le Deus ex machina qui les broient un à un, vers qui le spectateur devra-t-il se tourner pour donner un sens à ses années de perdition sur l’île de Lost ? Vers la science, qui semble tirer les fils du crash et des expériences étranges qui semblent avoir hanté l’île ? Vers le paranormal, qui parasite chaque déduction rationnelle ? A moins que ce ne soit vers le divin, ou, comme la seconde saison semble aussi le formuler, vers l’humain ?
Autrement dit, à trop vouloir remplir les cases vides que sa réussite a jeté sur sa route, Lost s’enfonce, et risque de s’enfoncer encore plus lors des saisons à venir, dans un schéma de sensationnalisme gratuit et prétentieux. Pour satisfaire les appétits trop aiguisés par ses débuts, la série pourrait finir par devenir un monstre polymorphe, celui-là même qui avait séduit le public à sa naissance, complexe, étrange, surprenant, mais incapable de contrôler sa croissance, développant des protubérances nocives, déchirant le beau costume de belles gueules et d’intrigues inextricables brodés par ses parents, qui seront sans doute à ce moment là bien loin (J.J. Abrams lui-même n’est déjà plus dans le coup). Il sera alors sans doute bien trop tard pour regrouper les pièces trop nombreuses du monstrueux puzzle. A trop vouloir nous perdre, Lost se sera perdue elle-même.
Où veulent-ils en venir ? Trimbalé de découverte en découverte, convaincu qu’il voit le bout du tunnel, familier de chaque recoin d’une île qu’il visite et revisite sans cesse, le spectateur de Lost, d’abord insatiable, risque bien de devenir un perpétuel insatisfait et de terminer en éternel déçu. Les créateurs de la série l’avouent eux-mêmes : ils connaissent leur fin, la chute de la série, sa résolution, mais pas le cheminement de leur intrigue. Si c’est le talent et l’inspiration qui ont posés les premières pierres de cet édifice, c’est l’audimat qui dicte sa construction. De là l’édification d’une tour monstrueuse faite d’excroissances et de rafistolages de plus en plus visibles. A peine croit-on saisir la vérité, un nouveau personnage, une nouvelle énigme, une porte dérobée vient permettre une énième esquive. De l’ambition narrative du départ ne reste qu’une étourdissante ramification d’intrigues. On se demandait à quoi ressemblait le "monstre" ? Au moment où on ne l’attendait plus, le voila qui s’offre à nous, sans la moindre explication. On voulait ouvrir la trappe ? On l’a ouverte… sur une autre énigme : l’ordinateur égrenant le décompte des chiffres, qui à son tour en cachera un autre. Vraisemblablement lancées en pâture aux spectateurs affamés, ces pistes, devront finir par se rejoindre, pour donner un sens au récit. Entre temps, sans doute sur plusieurs saisons, elles finiront sans doute par décourager les amateurs de suspens, fatigués de trop attendre.
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