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[Title] => Le matricule du succès
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Il a sans doute le câble. Un bon lecteur DVD. Il va souvent au cinéma, il aime les livres, les BD. Il a vu mille épisodes, autant de films. Il a fait son enquête. Il a tout vu, tout lu. Comme son héros, il a préparé son coup, lentement, calculé chaque probabilité, multiplié les fausses défaillances. Finalement, il a mis à exécution son plan. Il a tracé sa carte, sa route. On n’y voit pas de couloirs, pas de canalisations comme sur les tatouages de son héros, Michael Scofield, pas de sorties de secours mais des visages crispés, violents, des gueules, des cadrages, des fonds bétonnés, des barreaux. On y voit, réutilisé, remixé, ce que le petit monde des séries télé a fait de mieux depuis vingt ans. Milles petites révolutions compactées, recyclées, relues avec soins puis dissimulées sous une fresque séduisante, prenante, entraînante.
Comme son héros Michael Scofield, surdoué, inspiré, méticuleux, projets et ambitions tatoués de la tête aux pieds, Paul Scheuring, le créateur de Prison Break, a monté son coup étape après étape, soignant son scénario, son casting, anticipant les obstacles. Sa série, déstinée à devenir « culte » dans l’Hexagone avant même d’atteindre le terme de sa seconde saison, est une quasi parfaite mise en application des lois du succès. Pourtant, rythme trépidant, casting impeccable, relation au spectateur, rien n’y est neuf ; mais il y a là ce que les séries ont à offrir de mieux au grand public, non pas pillé mais simplement ingénieusement compilé. Prison Break, ce n’est pas de l’art, c’est de l’artisanat de haute volée.
Une mécanique bien huilée
Au commencement, il fallait un décor. Surpeuplés, les hôpitaux. Fatigués, les commissariats. Rabâchés, les tribunaux. Restait la taule, lieu de violence, de claustration, de tension, de passion aussi. L’illustration d’une micro société bâtie artificiellement, mais surtout, le cinéma l’avait compris, le plus ludique des univers, la matérialisation de la contestation, la plus contre-nature des existences. Quiconque y met les pieds n’a qu’une idée en tête : en sortir. Au-delà du symbole, la prison avait déjà sa série, son chef d’œuvre, Oz. Il fallait oser y remettre les pieds, justement. Prison Break l’a fait. Du monde ultra violent de sa cousine, elle a gardé un arrière plan, une communauté d’écorchés vifs, des règlements de compte, et ces épées de Damoclès par dizaines pendues aux plafonds des cellules, menaçant le joli plan d’évasion de Scofield.
Jusque dans son titre, Prison Break affiche ses intentions simplissimes. Il faut sortir, s’évader, tracer la route loin de la taule. C’est le pourquoi de la fuite qui fait sa force et son originalité. Scofield n’est pas un taulard, c’est une taupe. Un infiltré. Il est entré pour mieux sortir, et il ne veut pas ressortir seul. C’est contre la mort que son plan d’évasion est monté, en l’occurrence celle de son frère, Lincoln Burrows. Une course contre la montre et contre la mort, voila en quelques mots ce qu’est Prison Break. Autrement dit, c’est un jeu, un jeu dangereux, une course contre la mort d’autant plus jouissive que ses enjeux fictionnels sont extrêmes. Par son caractère impératif, mais aussi son goût pour l’intrigue (politique, personnelle) fortement anxiogène, Prison Break est indéniablement une descendante du phénomène 24. Le chronomètre y est ici invisible, mais au bout du couloir, l’issue est frappée du même sceau : celui de la fin. Celle d’un être aimé, celle du monde. Moins fort, moins vite, Prison Break dépasse cependant son maître en émotion. Son héros a un cœur, une âme, lutte pour son frère, et nous est de ce fait cher, intime, quand Jack Bauer, qui ne fait finalement « que » sauver l’humanité, incarne un nouveau surhomme monstrueux et démoli, ni mort ni vivant, père aimant mais détruit par sa mission. De la contiguïté imposée par son décor, Prison Break a ainsi su tirer la proximité avec le spectateur.
Sans jamais toucher au paranormal, Prison Break a aussi su rebondir sur la vague Lost. Île ou prison, c’est le même principe de vase clôt, et l’enfermement qui en découle entraîne une nécessaire organisation en microsociété avec « l’autre », son frère du moment, qui pourrait bien être son pire ennemi – une possibilité d’autant plus forte qu’on se trouve enfermé avec de potentiels tueurs, violeurs ou trafiquants en tout genre. C’est aussi la confrontation aux « autres », ici visibles, dans la prison (les matons, et particulièrement le capitaine Bellick, parfait salopard) et hors les murs (le terrifiant agent Kellerman, très matrixien, et la froide vice-présidente Reynolds). Mais là où Lost propose un casting certes remarquable mais tout droit tiré d’un concours de beauté, Prison Break offre une galerie de « gueules » de grande tenue. Certes Michael Scofield, et son frère sont un peu ternes (les acteurs comme leurs personnages). Mais la plupart des seconds rôles, et en premier lieu Theodore "T-Bag" Bagwell (Robert Knepper), en détraqué tueur d’enfants, et John Abruzzi (Peter Stormare), mafieux « repenti », loin d’incarner la perfection télévisuelle, sont de pures merveilles. N’en déplaise à ceux qui n’aiment que le beau Scofield, les héros de Prison Break sont des meurtriers, des voleurs, au mieux des petites frappes. Ce qui est cependant encore une fois, si on y regarde de plus près, loin d’être une nouveauté. Jack Bauer est un héros violent pour qui la déontologie est secondaire, la moitié de l’équipe de Lost est poursuivie par des fantômes, quant aux locataires de Oz… L’ère du super-héros blanc comme neige est définitivement passée de mode.
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Comme son héros Michael Scofield, surdoué, inspiré, méticuleux, projets et ambitions tatoués de la tête aux pieds, Paul Scheuring, le créateur de Prison Break, a monté son coup étape après étape, soignant son scénario, son casting, anticipant les obstacles. Sa série, déstinée à devenir « culte » dans l’Hexagone avant même d’atteindre le terme de sa seconde saison, est une quasi parfaite mise en application des lois du succès. Pourtant, rythme trépidant, casting impeccable, relation au spectateur, rien n’y est neuf ; mais il y a là ce que les séries ont à offrir de mieux au grand public, non pas pillé mais simplement ingénieusement compilé. Prison Break, ce n’est pas de l’art, c’est de l’artisanat de haute volée.
Une mécanique bien huilée
Au commencement, il fallait un décor. Surpeuplés, les hôpitaux. Fatigués, les commissariats. Rabâchés, les tribunaux. Restait la taule, lieu de violence, de claustration, de tension, de passion aussi. L’illustration d’une micro société bâtie artificiellement, mais surtout, le cinéma l’avait compris, le plus ludique des univers, la matérialisation de la contestation, la plus contre-nature des existences. Quiconque y met les pieds n’a qu’une idée en tête : en sortir. Au-delà du symbole, la prison avait déjà sa série, son chef d’œuvre, Oz. Il fallait oser y remettre les pieds, justement. Prison Break l’a fait. Du monde ultra violent de sa cousine, elle a gardé un arrière plan, une communauté d’écorchés vifs, des règlements de compte, et ces épées de Damoclès par dizaines pendues aux plafonds des cellules, menaçant le joli plan d’évasion de Scofield.
Jusque dans son titre, Prison Break affiche ses intentions simplissimes. Il faut sortir, s’évader, tracer la route loin de la taule. C’est le pourquoi de la fuite qui fait sa force et son originalité. Scofield n’est pas un taulard, c’est une taupe. Un infiltré. Il est entré pour mieux sortir, et il ne veut pas ressortir seul. C’est contre la mort que son plan d’évasion est monté, en l’occurrence celle de son frère, Lincoln Burrows. Une course contre la montre et contre la mort, voila en quelques mots ce qu’est Prison Break. Autrement dit, c’est un jeu, un jeu dangereux, une course contre la mort d’autant plus jouissive que ses enjeux fictionnels sont extrêmes. Par son caractère impératif, mais aussi son goût pour l’intrigue (politique, personnelle) fortement anxiogène, Prison Break est indéniablement une descendante du phénomène 24. Le chronomètre y est ici invisible, mais au bout du couloir, l’issue est frappée du même sceau : celui de la fin. Celle d’un être aimé, celle du monde. Moins fort, moins vite, Prison Break dépasse cependant son maître en émotion. Son héros a un cœur, une âme, lutte pour son frère, et nous est de ce fait cher, intime, quand Jack Bauer, qui ne fait finalement « que » sauver l’humanité, incarne un nouveau surhomme monstrueux et démoli, ni mort ni vivant, père aimant mais détruit par sa mission. De la contiguïté imposée par son décor, Prison Break a ainsi su tirer la proximité avec le spectateur.
Sans jamais toucher au paranormal, Prison Break a aussi su rebondir sur la vague Lost. Île ou prison, c’est le même principe de vase clôt, et l’enfermement qui en découle entraîne une nécessaire organisation en microsociété avec « l’autre », son frère du moment, qui pourrait bien être son pire ennemi – une possibilité d’autant plus forte qu’on se trouve enfermé avec de potentiels tueurs, violeurs ou trafiquants en tout genre. C’est aussi la confrontation aux « autres », ici visibles, dans la prison (les matons, et particulièrement le capitaine Bellick, parfait salopard) et hors les murs (le terrifiant agent Kellerman, très matrixien, et la froide vice-présidente Reynolds). Mais là où Lost propose un casting certes remarquable mais tout droit tiré d’un concours de beauté, Prison Break offre une galerie de « gueules » de grande tenue. Certes Michael Scofield, et son frère sont un peu ternes (les acteurs comme leurs personnages). Mais la plupart des seconds rôles, et en premier lieu Theodore "T-Bag" Bagwell (Robert Knepper), en détraqué tueur d’enfants, et John Abruzzi (Peter Stormare), mafieux « repenti », loin d’incarner la perfection télévisuelle, sont de pures merveilles. N’en déplaise à ceux qui n’aiment que le beau Scofield, les héros de Prison Break sont des meurtriers, des voleurs, au mieux des petites frappes. Ce qui est cependant encore une fois, si on y regarde de plus près, loin d’être une nouveauté. Jack Bauer est un héros violent pour qui la déontologie est secondaire, la moitié de l’équipe de Lost est poursuivie par des fantômes, quant aux locataires de Oz… L’ère du super-héros blanc comme neige est définitivement passée de mode.
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Limites d’un concept
Il est une autre force qui unie Prison Break à Lost (les deux séries sont à l’évidence le résultat d’un recyclage inspiré, chacune dans leur genre), c’est l’union de la violence et de la sensualité, plus surprenante il est vrai entre les barreaux d’un pénitencier que sur une île « paradisiaque ». La plastique avantageuse de ses héros ne suffirait pas, c’est aussi parce qu’il se prend d’affection pour sa jolie médecin que Scofield plaît aux femmes. Car Prison Break réussit le tour de force de rendre la taule sexy, du moins en partie. Du coup, la série fédère sur le même canapé spectatrices et spectateurs, unis par un suspens violent mais tendre, sombre mais charmeur, anxiogène mais trop ludique pour être repoussant, un puzzle de références, des séries citées plus haut aux films d’évasion, indéniable point de départ de la série. En effet, Prison Break, c’est L’Évadé d’Alcatraz remis aux coûts du jour, avec son héros à des lieux de l’imaginaire carcéral, intelligent et bel homme. C’est aussi un puzzle tout court, comme peut l’être Lost, qui chaque fois qu’on croit le saisir nous échappe. D’où un dernier et capital point fort, propre à la plupart des séries d’action, marque de fabrique d’un genre, agacement suprême pour certains, figure de style jouissive pour les autres : le cliffhanger. Comme Lost, comme 24 heures, le premier usant de la surprise, l’autre de la contrainte temporelle, Prison Break multiplie les changements de direction, les retournements de situations. Le plan de Scofield, machine parfaite, sera ainsi moult fois remis en cause, voire totalement annihiler à la fin de la première saison. Ses partenaires de fuites, imprévisibles, la complexe conspiration qui semble tirer les fils de l’histoire, la définition même d’un individu en fuite (saison 2) font de Prison Break une série malléable à souhait. Le talent de ses scénaristes, qui s’acharnent à prendre les attentes du téléspectateur à contre-pied, fait le reste.
C’est sans doute aussi une des plus grandes faiblesses de la série. Partie à mille à l’heure, comme si sa première saison ne durerait qu’une dizaine d’épisodes, Prison Break a dû se trouver des raisons de durer. Certes, l’exercice est brillement maîtrisé, mais on voudrait traverser le scénario qu’on s’emmêlerait les pieds dans les dizaines de fils blancs qui le parsèment. L’évasion de Scofield, certes bien planifié, profite d’une certaine stupidité des « méchants » habituels. Il faut peu de temps pour se rendre compte que la série ne s’illustre pas par son réalisme. Mais finalement, tout cela est bon pour le jeu. Parce qu’on y revient toujours. Prison Break, rythmée, ludique, sexy, violente mais pas trop, indéniablement née de l’esprit d’un amateur de séries, est un spectacle grand public qui revisite avec bonheur – et aux goûts du jour – les films d’évasion de la grande époque. Un succès presque sans surprises, sans aucun doute mérité, mais pas une révolution.
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