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[Title] => FX et Showtime, nouvel eldorado des sériephiles
[ShortText] => A coups de grands hits comme "Sex and the City" ou "Les Soprano", HBO s’est imposée comme LE paradis des séries dites de qualité. Mais les temps sont plus durs aujourd’hui pour la chaîne payante américaine. Et l’espace de liberté créative sans égal en matière de fictions que représente le câble outre-Atlantique aiguise les appétits. Dans des styles très différents, Showtime ("Weeds", "The L Word") et FX ("Nip/Tuck", "The Shield") sont en train de se tailler chacune de leur côté une jolie réputation, à force d’audaces et d’idées de génie. Au point de prétendre inquiéter leur grande sœur...
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[AuthorName] => Guillaume Regourd
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Quand au printemps 2007 Les Soprano tireront définitivement leur révérence après six saisons acclamées par la critique, les professionnels de la télé et le public, une page se tournera pour HBO. Après Oz, Six Feet Under ou encore Sex and The City, c’est tout simplement la plus prestigieuse de ses fictions qui quittera sa grille de programmes. Et la succession s’annonce difficile. Deadwood, La Caravane de l’étrange ou Rome ont échoué à se poser en nouvelles locomotives. Ne restent finalement qu’un drama d’exception, Sur écoute, une comédie très hype sur les coulisses d’Hollywood, Entourage, et une sitcom Curb your Enthusiasm portée par un maître du genre, Larry David, mais leur succès demeure surtout d’estime. En attendant que de nouveaux projets arrivent à l’antenne, HBO est en pleine transition.
Or la chaîne new-yorkaise a ouvert à la série adulte une voie qui ne semble pas près de se refermer : une fiction ambitieuse, cinématographique, inventive, s’autorisant toutes les libertés, dans la forme, le ton, les thèmes abordés, la narration et le langage. C’est par ses séries originales qui n’auraient sans doute jamais eu droit de citer sur les frileux grands networks qu’HBO a assis sa marque. Or ce modèle inspire de plus en plus d’autres chaînes du câble qui arrivent à peine, elles, à maturité. Dans l’ombre de l’ogre HBO, propriété de Time Warner, avec ses 24 millions d’abonnés et sa nébuleuse de chaînes complémentaires (les déclinaisons Family, Comedy, Latino… ou encore Cinemax), se sont notamment épanouies deux structures certes plus petites mais, elles aussi, appuyées sur de grands groupes : FX, émanation de la Fox, et Showtime, entrée dans le giron de CBS. Leurs productions sont en train de changer la donne.
FX : des bons, un peu, des brutes et des truands, beaucoup
Pour venir chasser sur les terres d’HBO, FX n’a pas fait dans la dentelle. Les directs à l’estomac Nip/Tuck, The Shield et Rescue Me, c’est elle. Au départ créée à destination d’un public masculin avec à l’antenne hockey, baseball et courses de voitures, cette jeune chaîne lancée en 1994, en a gardé un goût prononcé pour les programmes à haute teneur en testostérone. Sur FX, on ne craint pas de représenter la violence et on parle très crûment de sexe. Quitte à déraper parfois comme dans la troisième saison de la très machiste Rescue Me, remarquable série sur le quotidien de pompiers new-yorkais hantés par le 11 Septembre. Dans un épisode, Tommy, le héros viole son ex-femme qui finit par y prendre du plaisir. Une scène limite très mal reçue par l’opinion et les associations féministes, et qui a obligé les producteurs à s’excuser, en bricolant au passage d’expiatoires péripéties pour leur pompier.
Mais FX a les reins solides et ce scandale ne l’a pas empêché de passer commande d’une quatrième saison. Fox apprécie visiblement d’avoir trouvé en sa petite câblée un défouloir et ne ménage pas ses efforts pour lui apporter son soutien. Avant le lancement sur FX de la deuxième saison de It’s always sunnny in Philadelphia, le network rediffusait sur son antenne trois épisodes de la première saison en guise de gracieux teaser. It’s always sunny… est une autre série ambitieuse, mais une comédie cette fois. Elle conte les tribulations d’un groupe de potes un peu bas du front propriétaires d’un bar. Au départ, il s’agit d’un pari, celui de confier à trois jeunes inconnus les rênes d’une sitcom qu’ils écriraient et interpréteraient. Tenu. Dialogues et situations piétinent avec bonheur le politiquement correct. A la manière de Starved, une autre sitcom très mordante diffusée en 2005, mettant en scène des personnages atteints de troubles de l’alimentation (obésité, anorexie…).
Pas très digeste mais relevé, Starved faisait malheureusement les frais, au terme de sa première saison, de son manque d’audience. Car sur FX, les séries ne sont pas à l’abri des exigences de l’audimat. Incluse dans le bouquet de chaînes de base du câble – auquel souscrivent les deux tiers des foyers américains –, elle vit des recettes publicitaires et ses audiences sont de fait régulièrement auscultées. C’est là une grosse différence avec HBO, chaîne dite « premium » qui fonctionne exclusivement sur la base d’un abonnement spécifique et sans pub à l’antenne. FX a ainsi essuyé quelques revers notables dont Thief, un polar avec Andre Braugher, et Over There, la première fiction sur le conflit irakien en cours, tout de même signée Steven "NYPD Blue" Bochco.
Si le statut de mini-network de FX lui interdit de négliger ses résultats à court terme, ses dirigeants savent aussi que c’est lorsqu’ils ont pris un maximum de risques, quitte à se fâcher avec certains annonceurs choqués, que la formule a pris. The Shield rassemble en moyenne plus de 3 millions de téléspectateurs et est parti pour durer sept saisons. Quant à Nip/Tuck, avec près de 4 millions de fidèles, il s’agit tout simplement de l’un des programmes les plus populaires du câble. La chaîne envisage maintenant de se lancer un nouveau défi en s’essayant à un grand classique de la série américaine : la fiction judiciaire. Quelques noms ont filtré mais on en sait encore très peu. On peut néanmoins s’attendre à un dépoussiérage du genre. Sur l’offre de base du câble, FX jouit désormais d’une avance confortable côté fiction. Le danger n’est pas près de venir de Spike TV, chaîne explicitement à destination des hommes, partie pour produire surtout des nanars. A surveiller sérieusement néanmoins, Sci-Fi, qu’on a découvert en France récemment avec l’ouverture d’une antenne locale. Loin de se réduire à ses deux franchises Stargate (SG-1 et Atlantis), cette "nerdissime" chaîne ose les projets rafraîchissants comme Eureka, l’histoire d’une ville où oeuvrent en secret les plus grands scientifiques du monde, et surtout produit et diffuse Battlestar Galactica, le meilleur space-opera depuis des lustres.
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Or la chaîne new-yorkaise a ouvert à la série adulte une voie qui ne semble pas près de se refermer : une fiction ambitieuse, cinématographique, inventive, s’autorisant toutes les libertés, dans la forme, le ton, les thèmes abordés, la narration et le langage. C’est par ses séries originales qui n’auraient sans doute jamais eu droit de citer sur les frileux grands networks qu’HBO a assis sa marque. Or ce modèle inspire de plus en plus d’autres chaînes du câble qui arrivent à peine, elles, à maturité. Dans l’ombre de l’ogre HBO, propriété de Time Warner, avec ses 24 millions d’abonnés et sa nébuleuse de chaînes complémentaires (les déclinaisons Family, Comedy, Latino… ou encore Cinemax), se sont notamment épanouies deux structures certes plus petites mais, elles aussi, appuyées sur de grands groupes : FX, émanation de la Fox, et Showtime, entrée dans le giron de CBS. Leurs productions sont en train de changer la donne.
FX : des bons, un peu, des brutes et des truands, beaucoup
Pour venir chasser sur les terres d’HBO, FX n’a pas fait dans la dentelle. Les directs à l’estomac Nip/Tuck, The Shield et Rescue Me, c’est elle. Au départ créée à destination d’un public masculin avec à l’antenne hockey, baseball et courses de voitures, cette jeune chaîne lancée en 1994, en a gardé un goût prononcé pour les programmes à haute teneur en testostérone. Sur FX, on ne craint pas de représenter la violence et on parle très crûment de sexe. Quitte à déraper parfois comme dans la troisième saison de la très machiste Rescue Me, remarquable série sur le quotidien de pompiers new-yorkais hantés par le 11 Septembre. Dans un épisode, Tommy, le héros viole son ex-femme qui finit par y prendre du plaisir. Une scène limite très mal reçue par l’opinion et les associations féministes, et qui a obligé les producteurs à s’excuser, en bricolant au passage d’expiatoires péripéties pour leur pompier.
Mais FX a les reins solides et ce scandale ne l’a pas empêché de passer commande d’une quatrième saison. Fox apprécie visiblement d’avoir trouvé en sa petite câblée un défouloir et ne ménage pas ses efforts pour lui apporter son soutien. Avant le lancement sur FX de la deuxième saison de It’s always sunnny in Philadelphia, le network rediffusait sur son antenne trois épisodes de la première saison en guise de gracieux teaser. It’s always sunny… est une autre série ambitieuse, mais une comédie cette fois. Elle conte les tribulations d’un groupe de potes un peu bas du front propriétaires d’un bar. Au départ, il s’agit d’un pari, celui de confier à trois jeunes inconnus les rênes d’une sitcom qu’ils écriraient et interpréteraient. Tenu. Dialogues et situations piétinent avec bonheur le politiquement correct. A la manière de Starved, une autre sitcom très mordante diffusée en 2005, mettant en scène des personnages atteints de troubles de l’alimentation (obésité, anorexie…).
Pas très digeste mais relevé, Starved faisait malheureusement les frais, au terme de sa première saison, de son manque d’audience. Car sur FX, les séries ne sont pas à l’abri des exigences de l’audimat. Incluse dans le bouquet de chaînes de base du câble – auquel souscrivent les deux tiers des foyers américains –, elle vit des recettes publicitaires et ses audiences sont de fait régulièrement auscultées. C’est là une grosse différence avec HBO, chaîne dite « premium » qui fonctionne exclusivement sur la base d’un abonnement spécifique et sans pub à l’antenne. FX a ainsi essuyé quelques revers notables dont Thief, un polar avec Andre Braugher, et Over There, la première fiction sur le conflit irakien en cours, tout de même signée Steven "NYPD Blue" Bochco.
Si le statut de mini-network de FX lui interdit de négliger ses résultats à court terme, ses dirigeants savent aussi que c’est lorsqu’ils ont pris un maximum de risques, quitte à se fâcher avec certains annonceurs choqués, que la formule a pris. The Shield rassemble en moyenne plus de 3 millions de téléspectateurs et est parti pour durer sept saisons. Quant à Nip/Tuck, avec près de 4 millions de fidèles, il s’agit tout simplement de l’un des programmes les plus populaires du câble. La chaîne envisage maintenant de se lancer un nouveau défi en s’essayant à un grand classique de la série américaine : la fiction judiciaire. Quelques noms ont filtré mais on en sait encore très peu. On peut néanmoins s’attendre à un dépoussiérage du genre. Sur l’offre de base du câble, FX jouit désormais d’une avance confortable côté fiction. Le danger n’est pas près de venir de Spike TV, chaîne explicitement à destination des hommes, partie pour produire surtout des nanars. A surveiller sérieusement néanmoins, Sci-Fi, qu’on a découvert en France récemment avec l’ouverture d’une antenne locale. Loin de se réduire à ses deux franchises Stargate (SG-1 et Atlantis), cette "nerdissime" chaîne ose les projets rafraîchissants comme Eureka, l’histoire d’une ville où oeuvrent en secret les plus grands scientifiques du monde, et surtout produit et diffuse Battlestar Galactica, le meilleur space-opera depuis des lustres.
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Showtime : des belles et de plus en plus de bêtes
À l’opposé de l’image virile de FX, l’intello chic Showtime ressemble beaucoup plus à HBO, ne serait-ce que par son fonctionnement sur abonnement. Créée en 1978, soit trois ans après que la chaîne new-yorkaise n’émette au niveau national, Showtime a toujours représenté une menace pour son aînée. Car ciblant le même public : les urbains de 18 à 49 ans, parmi lesquels les très courus alpha viewers, au pouvoir d’achat et à l’influence supposés décisifs. Même si Showtime n’est pas très prolixe en chiffres, on estime que le nombre de ses abonnés s’approche des 13 millions. Et au fil des ans, elle s’est bâtie un empire de chaînes lui permettant de soutenir la comparaison avec HBO. Restait, jusqu’à il y a peu, un terrain sur lequel l’avance de cette dernière semblait irrattrapable : celui des séries. En prenant son temps, Showtime a discrètement œuvré pour refaire son retard. Et cela commence à payer.
Sans moyens démesurés, Showtime a d’abord préféré se concentrer sur des niches d’audience. Avec des fictions plutôt communautaires : les Afro-Américains avec le soap sensible Soul Food et les homosexuels avec l’adaptation de la très culte et british Queer as folk. Un joli succès qui l’incita à exploiter un peu plus son côté gay friendly avec The L Word, première série construite autour d’un groupe de lesbiennes et succès international. Alors qu’au même moment sur HBO, Sex and The City pliait boutique, Showtime avait toutes les cartes en main pour devenir la chaîne des séries sexy et élargir un peu son public. Depuis il y a eu Weeds, comédie provoc’ et crue. Et la chaîne n’entend pas en rester là puisqu’elle a actuellement trois projets dans cette veine sur le feu : Californication et Insatiable, deux séries au nom évocateur, ainsi que Manchild, adaptation d’un show britannique à mettre au crédit de…Darren Star, le créateur de Sex and The City.
Showtime se plaît à investir des genres dans lesquels on l’attendait pas, comme la comédie fantastique pour ados avec Dead Like Me ou la science-fiction avec Odyssey 5. Et même l’une des dernières véritables chasses gardées d’HBO, la mini-série historique en costumes, avec The Tudors, une fresque relatant une partie du règne d’Henry VIII avec Jonathan Rhys Meyers (Match Point). La chaîne rechigne de moins en moins à se frotter à des sujets sensibles comme récemment le terrorisme dans Sleeper Cell. Ou peut-être trop pointus, avec le risque de manquer son coup. En 2004, Huff qui avait pour héros un psychiatre interprété par Hank Azaria a eu beaucoup de mal à trouver son public. La série a tout de même pu aller jusqu’au terme de deux saisons. De même si, dernièrement, la première saison de Brotherhood a peiné, ce polar reviendra bien l’an prochain. Car ces deux séries ont dès le départ séduit les critiques et Showtime ne cache pas qu’elle a besoin de ce type de soutien ainsi que de récompenses dans les cérémonies type Emmies pour asseoir la crédibilité de sa marque et combler un peu son retard sur HBO, à l’avance colossale dans ce domaine.
De l’audace, Showtime en a à revendre. Parfois à l’excès comme lorsqu’elle demanda à Takashi Miike de participer à sa série Masters of Horror. L’épisode d’une heure qu’a réalisé le cinéaste japonais auteur d’Audition pour cette anthologie d’épouvante n’a finalement pas eu les honneurs de l’antenne. La chaîne l’a jugé trop malsain. Ce que ses responsables auraient pu prévoir vu le pedigree de l’animal… Meilleure pioche avec la toute nouvelle et hors norme Dexter. Avec cette adaptation d’un roman très pervers de Jeff Lindsay, Showtime fait très fort en imposant un croisement des Experts et American Psycho. Le héros, scientifique au service de la police criminelle, y est tout simplement lui-même un serial killer. Cette série n’a pas fini de faire couler de l’encre et de mettre un peu plus Showtime en lumière. Ne serait-ce que pour saluer la prestation dans le rôle-titre de l’immense Michel C. Hall, dans une autre vie interprète de David Fisher, l’un des deux frères de Six Feet Under.
En faisant entrer dans sa famille de comédiens une des figures emblématiques d’HBO et en empruntant à FX sa stratégie du coup de poing sans obligation immédiate de rentabilité, Showtime fait fort. Dexter a été renouvelée pour une deuxième saison après la diffusion de son cinquième épisode seulement et sera bientôt visible sur Canal +. Après Weeds et The L Word, la chaîne cryptée française, plus que jamais à l’aise dans son rôle de robinet hexagonal de séries adultes, lorgne décidément de plus en plus du côté de Showtime. De la part d’une chaîne créée sur le modèle d’HBO, difficile de ne pas y déceler un changement à l’horizon des sériephiles.
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