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[Title] => Les héros : "Chef, oui chef !"
[ShortText] => Même les héros ont un patron. Figures d’autorité, craintes ou moquées, personnages souvent en arrière-plan, les directeurs et directrices en tout genre incarnent le pouvoir et les institutions, la stabilité face aux exploits des héros.
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[Text] => Dans la hiérarchie fictionnelle, celle qui détermine par leur épaisseur, leur interprète ou leur temps à l’écran l’importance des héros, les patrons sont rarement en position dominante. Parce qu’il doit nous être familier, parce qu’il est un être à part, le héros de série est rarement un "boss". Pourtant présents partout, les patrons n’occupent que rarement les premières loges des séries. Contre-exemples de premier ordre, Steven Harper de Boston Public, Adama de Battlestar Galactica ou encore Jack Malone de FBI : portés disparus ne sont jamais seuls. Ils se fondent totalement dans une équipe, partage leur place de personnages principaux avec ceux qui sont sous leurs ordres. Quelle que soit l’entité qu’ils dirigent, les patrons restent quasi-systématiquement en arrière plan. Ils sont là et bien là, clairement identifiables, donnant leurs ordres selon un décorum quasi immuable. Ils ont leurs particularités mais ils répondent souvent à une image codée, à un fantasme du chef, à ses forces et à ses faiblesses.
Le lieutenant, le chef de service,
le PD-G et le proviseur

À chaque genre son chef. Les chefs flics ou chefs espions sont sans doute les plus typiques et les plus nombreux de cette immense famille. Souvent confinés au commissariat (ou dans toute autre entité policière ou de renseignement, FBI, CIA, CTU, etc.), ils sont les plus haut gradés et, de ce fait, dirigent les opérations – en théorie du moins. De par leur immobilité, ils sont aussi souvent des canalisateurs, capable de taper sur les doigts des héros, des hommes de dialogue et de loi, de fins politiciens. Ainsi, le capitaine Dobey tente-t-il en permanence de remettre Starsky et Hutch dans le droit chemin. Le Dr. Goodman de Bones, qui pourrait être son jumeau, met en avant son sens de la droiture, tout comme le procureur Devalos de Medium. Les lieutenants Rodriguez et Swersky, de NYPD Blue et New York 911, n’échappent pas non plus à cette image ferme mais juste. Le taciturne lieutenant Castillo de Miami Vice sait, avec le minimum de blabla, se faire respecter, tout comme Bill Buchanan dans 24 ou Harry Pearce dans [MI-5]. Forces de l’ordre obligent, rares sont les boss flics ambigus tels l’arriviste lieutenante Maria Laguerta de Dexter, le terrifiant Arvin Sloane de Alias ou Dennis Ryland dans Les 4400, qui trahira ses collègues pour devenir le pire ennemi des revenants.
A l’hôpital aussi les patrons, souvent chefs de services, jouent les canalisateurs. Symbole de cette image, le Dr. Webber de Grey’s Anatomy et, surprise, le professeur Garnier de H, seul type raisonnable de tout l’établissement. Ces chefs en blanc sont aussi souvent chargés de veiller aux finances et à la vie de l’hôpital. Une raison de plus pour calmer les ardeurs de leurs médecins passionnés, le Dr. Cuddy devant subir les excentricités de son meilleur employé Gregory House et Romano devant s’opposer à Carter et au reste des Urgences. Petit chef aux penchants tyranniques, Romano se rapproche de Kelso, le patron du Sacré-Cœur de Scrubs qui, lui aussi, pense toujours, mine de rien, au bien de l’hôpital.
Souvent bien moins flatteuse est l’image des chefs d’entreprise, plus touchés que la moyenne par la satire et la comédie. Il n’existe sans doute pas plus détestables patrons que les frères Gracen de Profit, pourris jusqu’à la moelle par l’argent et vides de toute humanité. Que dire par ailleurs du répugnant Montgomery Burns, patron d’Homer Simpson, vieillard égoïste et sadique, milliardaire vautré sur son butin avec la ferme intention de mourir dessus, seul si possible. Personnage comique, Burns est suivi d’une brochette de compères de comédie, David Brent (et ses déclinaisons) dans The Office, le boss à tête de pioche de Dilbert ou Jean-Guy, le DRH de Caméra Café, tous plus incompétents et ridicules les uns que les autres, sûrs d’être les plus malins, les plus forts et les plus populaires quand toutes leurs équipes leur crachent dans le dos.
Les directeurs d’établissements scolaires viennent finalement se placer au milieu de tous ces patrons, parce qu’ils symbolisent un pouvoir souvent sujet à l’humour des élèves. Si Steven Harper de Boston Public, principal massif et intimidant, impose le respect, son adjoint, Scott Guber, plus dur, provoque régulièrement le rire dans ses excès. Jim Deloraine, le principal de Hartley cœurs à vif ou Green, celui de Dawson, sont de parfaites incarnations de l’image du directeur d’école. En revanche, Skinner, des Simpson, Belding, de Sauvés par le gong ou encore Angela Li de Daria sont perpétuellement tournés en dérision et, pour autant qu’ils font de leur mieux, ne sont pas toujours très doués…
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Le lieutenant, le chef de service,
le PD-G et le proviseur

À chaque genre son chef. Les chefs flics ou chefs espions sont sans doute les plus typiques et les plus nombreux de cette immense famille. Souvent confinés au commissariat (ou dans toute autre entité policière ou de renseignement, FBI, CIA, CTU, etc.), ils sont les plus haut gradés et, de ce fait, dirigent les opérations – en théorie du moins. De par leur immobilité, ils sont aussi souvent des canalisateurs, capable de taper sur les doigts des héros, des hommes de dialogue et de loi, de fins politiciens. Ainsi, le capitaine Dobey tente-t-il en permanence de remettre Starsky et Hutch dans le droit chemin. Le Dr. Goodman de Bones, qui pourrait être son jumeau, met en avant son sens de la droiture, tout comme le procureur Devalos de Medium. Les lieutenants Rodriguez et Swersky, de NYPD Blue et New York 911, n’échappent pas non plus à cette image ferme mais juste. Le taciturne lieutenant Castillo de Miami Vice sait, avec le minimum de blabla, se faire respecter, tout comme Bill Buchanan dans 24 ou Harry Pearce dans [MI-5]. Forces de l’ordre obligent, rares sont les boss flics ambigus tels l’arriviste lieutenante Maria Laguerta de Dexter, le terrifiant Arvin Sloane de Alias ou Dennis Ryland dans Les 4400, qui trahira ses collègues pour devenir le pire ennemi des revenants.
A l’hôpital aussi les patrons, souvent chefs de services, jouent les canalisateurs. Symbole de cette image, le Dr. Webber de Grey’s Anatomy et, surprise, le professeur Garnier de H, seul type raisonnable de tout l’établissement. Ces chefs en blanc sont aussi souvent chargés de veiller aux finances et à la vie de l’hôpital. Une raison de plus pour calmer les ardeurs de leurs médecins passionnés, le Dr. Cuddy devant subir les excentricités de son meilleur employé Gregory House et Romano devant s’opposer à Carter et au reste des Urgences. Petit chef aux penchants tyranniques, Romano se rapproche de Kelso, le patron du Sacré-Cœur de Scrubs qui, lui aussi, pense toujours, mine de rien, au bien de l’hôpital.
Souvent bien moins flatteuse est l’image des chefs d’entreprise, plus touchés que la moyenne par la satire et la comédie. Il n’existe sans doute pas plus détestables patrons que les frères Gracen de Profit, pourris jusqu’à la moelle par l’argent et vides de toute humanité. Que dire par ailleurs du répugnant Montgomery Burns, patron d’Homer Simpson, vieillard égoïste et sadique, milliardaire vautré sur son butin avec la ferme intention de mourir dessus, seul si possible. Personnage comique, Burns est suivi d’une brochette de compères de comédie, David Brent (et ses déclinaisons) dans The Office, le boss à tête de pioche de Dilbert ou Jean-Guy, le DRH de Caméra Café, tous plus incompétents et ridicules les uns que les autres, sûrs d’être les plus malins, les plus forts et les plus populaires quand toutes leurs équipes leur crachent dans le dos.
Les directeurs d’établissements scolaires viennent finalement se placer au milieu de tous ces patrons, parce qu’ils symbolisent un pouvoir souvent sujet à l’humour des élèves. Si Steven Harper de Boston Public, principal massif et intimidant, impose le respect, son adjoint, Scott Guber, plus dur, provoque régulièrement le rire dans ses excès. Jim Deloraine, le principal de Hartley cœurs à vif ou Green, celui de Dawson, sont de parfaites incarnations de l’image du directeur d’école. En revanche, Skinner, des Simpson, Belding, de Sauvés par le gong ou encore Angela Li de Daria sont perpétuellement tournés en dérision et, pour autant qu’ils font de leur mieux, ne sont pas toujours très doués…
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Des symboles de l’autorité…
Au sommet de la chaîne de commandement, les patrons incarnent l’autorité. Ils ont la lourde charge de diriger les opérations, quand bien même se sont les héros qui portent le poids de la série. A chacun sa méthode pour faire avancer les choses, le bâton, la carotte ou le dialogue. Il y a d’abord les vieux de la vieille, ceux qui marchent à la force. Sur leur plaque, sur leur bureau ou sur leur porte, c’est écrit en gros : la loi et l’ordre, c’est eux. Romano, dans Urgences, représente assez bien cette filière des patrons, assez rare il est vrai tant les personnages froids et dictatoriaux sont de fait peu sympathiques. Les frères Gracen de Profit en font aussi partie, tout comme, à un degré moindre, Scott Guber de Boston Public. En fait, ce sont souvent des "méchants" qui trustent ce poste, à l’image de l’amiral Helena Cain, qui commande d’une main de fer le Pegasus dans Battlestar Galactica ou du détestable Brad Bellick, chef des mâtons dans la saison 1 de Prison Break. D’autres, comme Ryan Chappelle dans 24, sauront s’adoucir, comprendre que la force pure ne mène qu’à la mutinerie et à l’isolation. Le lieutenant Susan Dalto ne tiendra d’ailleurs pas longtemps à ce rythme dans NYPD Blue (précisément deux épisodes de la huitième saison). Tout le commissariat se liguera contre elle, pour la faire remplacer.
La symbolique est assez banale, mais les patrons les plus populaires de l’univers des séries sont des figures paternelles. Ils savent être à la fois compréhensifs et durs, peuvent pardonner et sanctionner. Il en va ainsi, par exemple, de Richard Webber ou de l’amiral Adama de Battlestar Galactica. Tout deux proches de la soixantaine, ils incarnent parfaitement cette image du chef qui sait garder son calme, le véritable capitaine du navire, qui sera le dernier à le quitter en cas de naufrage. Steven Harper, dans Boston Public, est aussi de ceux-là. Sa voix grave, comme celle de ses collègues, sert son charisme. On l’écoute, on le respecte. La figure paternelle par excellence, celle qui reste la plus juste, jusque dans la violence, c’est David Palmer, président de 24, inflexible, protecteur et véritable rock à la voix de basse. D’autres présidents de séries, notamment Mackenzie Allen (Commander in Chief), incarnent eux aussi parfaitement cette figure de gouvernant rassurant – une nécessité, le Président étant le patron suprême, sans personne sur qui se reposer.
… au décorum ultra codé …
De tous les personnages de séries, les patrons sont sans doute ceux qui sont les plus faciles à reconnaître. Dans un commissariat, un hôpital ou une école, ils sortent systématiquement du lot. D’abord, ils portent le costard et la cravate, le tailleur pour Mesdames. Ensuite, ils sont plus âgés. Côté hommes, on aimera les cheveux grisonnants, une carrure digne de ce nom, voire la moustache quand c’est possible (Henry Pope dans Prison Break ou le Dr. Webber de Grey’s Anatomy sont très bons). Côté dames, une certaine sévérité est appréciée (Nina Jarvis des 4400, Laguerta de Dexter). Enfin, il reste le bureau. Le patron, c’est celui qui a une porte avec son nom dessus et un belle table en acajou, quitte à ce que ce soit le seul (cf. Harry Pearce dans [MI-5] ou les différents patrons de la CTU dans 24).
Si les femmes sont encore plutôt rares aux postes patronaux, elles s’y installent sûrement. Dans les années 80, Terri Michaels dirigeait L’Homme qui tombe à pic. Aujourd’hui, Caroline Morrison est à la tête de la NorBAC, l’institut biologique de ReGenesis, le Dr. Camille Saroyan s’occupe de l’équipe de Bones, le Dr. Cuddy est la chef de l’hôpital de House M.D. et Laguerta la supérieure de Dexter. Plus fort encore, Mackenzie Allen ou Laura Roslin (Battlestar Galactica) ont atteint le rang de commandante en chef, de présidente.
Les minorités ethniques américaines, elles, sont très largement représentées chez les patrons, essentiellement les Hispaniques et les Noirs. Ainsi, Castillo (Miami Vice), Maria Laguerta (Dexter), le capitaine Aceveda (The Shield) le procureur Manuel Devalos (Medium) ou encore le lieutenant Tony Rodriguez (NYPD Blue) sont des "chicanos". Dobey (Starsky et Hutch), Webber (Grey’s Anatomy), Steven Harper (Boston Public), Leo Glynn (Oz), le Dr. Goodman (Bones saison 1) et bien entendu David et Wayne Palmer (24) sont quant à eux afro-américains.
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… mais souvent contestés
Allié indispensable, le patron apporte bien souvent la logistique nécessaire à la réussite du héros : armes, voitures, connexions politiques ou presse papier et agrafeuse, c’est selon. Malgré tout, parce qu’ils sont bien souvent réfractaires à l’autorité, les héros sont souvent en conflit avec leur boss. House en fait voir de toutes les couleurs à Cuddy, Jack Bauer outrepasse les ordres de ses patrons successifs (il a toujours raison), Baldwin et Skouris (Les 4400) n’en font qu’a leur tête… l’équation est quasi immuable : les flics, au nom de l’ordre, brisent les règles, contre l’avis du boss, qui est aussi le représentant de la loi ; les employés détestent leurs patrons, donc ils se moquent d’eux ; les proviseurs et autres principaux incarnent le sommet de ce que les élèves – et, d’une autre façon, les profs – détestent : l’école.
Les comédies, elles, ont une manière bien particulière de contester cette autorité : en la tournant en dérision. Tous les patrons, ou presque, y sont moqués, du maire de New York Randall Winston dans Spin City au PD-G dans The Office ou Dilbert, en passant par le DRH de Caméra Café. Le patron de Dilbert, peu connu en France, est devenu une véritable célébrité dans les bureaux américains. Il est appelé outre-Atlantique "Pointy Haired Boss" (référence à sa coupe de cheveux). Or, "PHB" y est devenu une abréviation pour "patron incompétent".
Une preuve de plus qu’être patron, dans l’univers impitoyable des séries télé, n’est pas une sinécure. A moins d’être président, méchant ou, mieux encore, personnage principal, être celui qui donne des ordres, c’est aussi être celui à qui on s’oppose, celui qui doit calmer, gérer, la soupape qui saute parfois (12 directeurs successifs ont tenu les rênes de la CTU en six saisons de 24…), le défouloir, etc. Le pouvoir est à ce prix là, sans doute.
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