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Rod Serling (États-unis) :
25/12/1924 - 28/06/1975

Le maître de cérémonie

La série "Medium" ressuscitait récemment Rod Serling, utilisant son image (d’archive) pour un épisode exceptionnel en 3D. Preuve supplémentaire, s’il en était besoin, de l’empreinte majeure laissée sur le genre fantastique par le créateur de la mythique "Quatrième Dimension". Portrait d’un touche-à-tout de génie.
Au moins une génération de cinéastes-cinéphiles doit à Rod Serling sa passion du fantastique, de l’étrange, des contes fiévreux et des histoires à dormir debout. Ces futurs réalisateurs, simples cinéphiles en culottes courtes dans les années 50 et 60, ont pour nom Steven Spielberg, Joe Dante, John Landis, Brian De Palma. Si c’est au cinéma qu’ils découvrirent, émerveillés, les films d’Alfred Hitchcock, la télévision ne fut pas en reste pour leur apporter leur lot de frissons hebdomadaires avec, en première ligne, l’inusable anthologie conçue par Rod Serling, La Quatrième Dimension (The Twilight Zone, 156 épisodes entre 1959 et 1964). Tous ces spectateurs de la première heure finiront par payer leur dette au maître : Spielberg, Dante et Landis en ressuscitant La Quatrième Dimension sur grand écran dans les années 80 ; De Palma en demandant à Serling, peu de temps avant la mort de ce dernier, d’être le narrateur de son film Phantom of the Paradise. Narrateur, car c’est bien grâce à sa voix, qui rythmait chaque épisode de la série et invitait le public à un voyage "dont les frontières sont notre imagination", que Serling inocula le virus de l’étrange à la télévision américaine. Créateur et scénariste du show, il en était aussi le maître de cérémonie, présentant en personne les fables qu’il imaginait. Avant cette série majeure et décisive, Serling était un auteur touche-à-tout, pas spécialement féru de fantastique ou de science-fiction. Mais c’est pourtant grâce à ce genre extrêmement codifié qu’il trouva la liberté de raconter les histoires qui lui tenait à cœur. Son seul talent, aimait-il à répéter en entretien, était d’être parvenu à greffer la tradition du fantastique au plus important des mass-medias de son temps. 

Intellectuel contrebandier

Né en 1924 dans le milieu ouvrier du Queens, Rod Serling a connu le parcours classique de beaucoup d’esprits inventifs qui trouvèrent dans la télé américaine en plein boom des années 50 une école d’écriture et d’expérimentation tous azimuts. L’industrie était jeune, les téléviseurs se vendaient comme des petits pains, un immense terrain était à défricher. D’abord boxeur amateur dans sa jeunesse, parachutiste lors de la Seconde Guerre mondiale, Serling, comme beaucoup d’anciens GI’s, profite des avantages financiers offerts par le gouvernement américain pour suivre des études après la guerre. Des études de littérature, en l’occurrence. Son talent est vite exploité par la télé, qui en fait l’un des ses poulains fétiches. Dans les années 50, il écrit donc des scripts à la chaîne pour de nombreuses émissions de télé, dont les noms sponsorisés diffusent aujourd’hui un doux parfum suranné : The Philip Morris Playhouse, The Motorola Television Hour… Il se met très vite à collectionner les récompenses (trois Emmy Awards du meilleur scénariste, et ce trois années d’affilé), dont une pour un drame inspiré de son expérience de boxeur, Requiem pour un champion, diffusé dans l’émission Playhouse 90 et adapté plus tard au cinéma par Ralph Nelson, avec Anthony Quinn dans le rôle titre. Aujourd’hui encore, Serling reste l’un des scénaristes les plus récompensés de l’histoire de la télé. Les thèmes qui le préoccupent alors sont sociaux, politiques, engagés, au point qu’il doit souvent batailler pour les imposer aux décideurs. A la fin de la décennie, il décide de se détourner du réalisme pour mieux aborder des questions de société, mais par le biais du fantastique. L’intellectuel engagé se fait contrebandier. 
 

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