Le sixième Simpson
Matt Groening (prononcez "greyning", il y tient), n’a rien d’un Simpson. Il n’est pas jaune, est loin d’être ignorant, et ne vit pas dans un pavillon quelconque d’une ville mystère au nom mortellement commun outre-Atlantique – Springfield. Pourtant, le créateur d’Homer, Bart, Marge et d’une bonne centaine de personnages de la série d’animation la plus regardée de la planète est intimement lié à ses héros. Les Simpson, c’est toute sa vie, c’est ce qui restera de lui, son compte en banque, sa maison sur les hauteurs de Los Angeles, son mariage, son passé et son futur. À 53 ans, Groening est, en ce sens, plus que jamais un membre de la famille Simpson, celui qu’on ne voit pas, celui qui dessine, l’air de rien, la caricature la plus discrètement caustique que l’Amérique de ces vingt dernières années n’ait jamais adorée.C’est d’ailleurs peu dire que les Groening, descendants d’immigrés allemands, sont proches des Simpson. Les parents de Matt (en fait Matthew Abram de son prénom complet), Homer et Margaret (Marge pour les intimes – la Marge de la série étant en fait une contraction de Marjorie), ont donné leurs noms aux parents Simpson. Ses deux sœurs, Lisa et Margaret (Maggie pour les amis) sont devenus leurs enfants. Il a donné son propre second prénom à leur grand-père (en ajoutant un "h", pour donner Abraham). Quant à Bart, il serait, selon les sources, Groening enfant ou son frère, Mark. Patty, sa dernière sœur, est elle devenue une sœur de Marge Simpson. Les similitudes ne s’arrêtent pas là. Le chef Wiggum, qui dirige, avec la perspicacité d’une taupe éthylique le commissariat de la ville, partage le nom de jeune fille de la mère de son créateur…qui finira par baptiser ses deux enfants Homer et Abraham. La boucle est bouclée. Suivre à la trace la vie de Matt Groening, c’est retrouver à chaque coin de rue un nom familier, celui d’un héros jaune, de Ned Flanders, le voisin souffre-douleur et bigot, au révérend Lovejoy, en fait deux rues de sa ville natale de Portland, Oregon.
La vie est un enfer…
Fils d’un dessinateur, publicitaire et réalisateur, Matt Groening a, dès son plus jeune âge, été encouragé à suivre les traces de papa. Ouverts d’esprit, les Groening n’ont jamais été très à cheval sur les questions scolaires et Matt finira dans une université à part, l'Evergreen State College à Olympia, dans l’État de Washington – il fera emménager la famille Simpson, plus de dix ans après, au 742 Evergreen Terrace. Dans "cette fac de hippies, qui ne donnait pas de notes et qui ne forçait personne à venir en cours, berceau de tous les tarés de la région", Groening approfondit son goût du dessin de presse, et accepte même, lors de sa quatrième et dernière année, un poste de chef d’édition au journal du campus. De temps en temps, il y griffonne un cartoon, mais c’est l’écriture qui l’attire avant tout. Toute sa carrière, il ne cessera de le répéter, il se voit comme "un écrivain qui, par le jeu du hasard, est aussi devenu un dessinateur."En 1977, à 23 ans, Matt Groening quitte son nord natal pour Los Angeles, afin de tenter sa chance, trouver une place de journaliste et, qui sait, peut-être écrire quelques bouquins. Le succès n’est pas exactement au rendez-vous. Il enchaîne les petits jobs et finit vendeur dans une librairie musicale sur Sunset Boulevard. Dans une lettre adressée à un ami quelques mois plus tard, il décrit sa vie comme un enfer, et griffonne une planche de ce qui deviendra Life in Hell. Aujourd’hui publiée chaque semaine dans plus de 250 journaux, cette planche hebdomadaire se vend d’abord sous le manteau, à la sortie de son boulot. Groening y fait philosopher des lapins ou un couple d’homosexuels, Akbar et Jeff, en quelques vignettes tantôt abstraites, tantôt touchantes, souvent cyniques. En 1978, Wet Magazine, un bimestriel avant-gardiste, lui offre son premier job. Deux ans plus tard, ce sera le L.A. Reader. Entre temps, Life in Hell est devenu un succès underground. La carrière de Groening est lancée.
Le hasard va faire le reste. En 1985, James L. Brooks, producteur à la recherche d’une nouvelle série de courts métrages animés, lecteur de Life in Hell, contacte Groening pour discuter du projet avec lui. La légende veut que Groening, pressé, ait crayonné en à peine un quart d’heure la famille Simpson, dans le cabinet d’attente du bureau de Brooks. Ce dernier, qui voulait au départ une adaptation de Life in Hell, accepte ces drôles de personnages jaunes, encore tordus et au trait incertain à l’époque, et lance une série de courts pour le Tracy Ullman Show de la Fox, en avril 1987. En 1989, le dessin animé s’étire, et prend son format actuel, trente minutes.
Annuaire


RECEVEZ CHEZ VOUS
Le numéro 17 de Générique(s) est en kiosques. En couverture, Lost et son personnage clef, livraison et éclairage scénaristique avec Damon Lindelof et Carlton Cuse, les deux showrunners de la série. En bonus : les interviews de Naveen Andrews (Sayid) et Jorge Garcia (Hugo). Pour l’été, la rédaction vous propose un zoom de près de 20 pages sur les X-Files de Chris Carter, et vous offre en prime un entretien avec le maître. Côté dossier : une radiographie conséquente du soap-opera. Egalement au programme de ce double numéro estival : les confessions de Tim Kring, créateur de Heroes qui revient sur l’échec de la saison 2 de sa série comic. Au rayon cahier critiques, Big Love (saison 2), Californication (saison 1), Engrenages (saison 2), mais aussi Meadowlands, Dirt, The L Word, The Office, My name is Earl, et les principales autres sorties de l’été. Enfin, côté Points de Vue : le générique de The L Word, un gros plan en forme de confrontation musicale au sommet entre David Bowie et Mick Jagger, les portraits de Gaïus Baltar (Battlestar Galactica) et Joséphine Karlsson (Engrenages), une séquence de [MI-5], un tour d’horizon de l’Italie et un Ma Série et moi par Emma de Caunes. La rédaction de Générique(s) vous donne rendez-vous pour une nouvelle saison à la mi-septembre.

C’est d’ailleurs peu dire que les Groening, descendants d’immigrés allemands, sont proches des Simpson. Les parents de Matt (en fait Matthew Abram de son prénom complet), Homer et Margaret (Marge pour les intimes – la Marge de la série étant en fait une contraction de Marjorie), ont donné leurs noms aux parents Simpson. Ses deux sœurs, Lisa et Margaret (Maggie pour les amis) sont devenus leurs enfants. Il a donné son propre second prénom à leur grand-père (en ajoutant un "h", pour donner Abraham). Quant à Bart, il serait, selon les sources, Groening enfant ou son frère, Mark. Patty, sa dernière sœur, est elle devenue une sœur de Marge Simpson. Les similitudes ne s’arrêtent pas là. Le chef Wiggum, qui dirige, avec la perspicacité d’une taupe éthylique le commissariat de la ville, partage le nom de jeune fille de la mère de son créateur…qui finira par baptiser ses deux enfants Homer et Abraham. La boucle est bouclée. Suivre à la trace la vie de Matt Groening, c’est retrouver à chaque coin de rue un nom familier, celui d’un héros jaune, de Ned Flanders, le voisin souffre-douleur et bigot, au révérend Lovejoy, en fait deux rues de sa ville natale de Portland, Oregon.
En 1977, à 23 ans, Matt Groening quitte son nord natal pour Los Angeles, afin de tenter sa chance, trouver une place de journaliste et, qui sait, peut-être écrire quelques bouquins. Le succès n’est pas exactement au rendez-vous. Il enchaîne les petits jobs et finit vendeur dans une librairie musicale sur Sunset Boulevard. Dans une lettre adressée à un ami quelques mois plus tard, il décrit sa vie comme un enfer, et griffonne une planche de ce qui deviendra Life in Hell. Aujourd’hui publiée chaque semaine dans plus de 250 journaux, cette planche hebdomadaire se vend d’abord sous le manteau, à la sortie de son boulot. Groening y fait philosopher des lapins ou un couple d’homosexuels, Akbar et Jeff, en quelques vignettes tantôt abstraites, tantôt touchantes, souvent cyniques. En 1978, Wet Magazine, un bimestriel avant-gardiste, lui offre son premier job. Deux ans plus tard, ce sera le L.A. Reader. Entre temps, Life in Hell est devenu un succès underground. La carrière de Groening est lancée.