Par Caroline Veunac

Son jeu décalé donne une saveur particulière à Charlie Crews, le héros de Life. De Londres à L.A., Damian Lewis s'est imposé comme un grand acteur.

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Il fait partie des raisons pour lesquelles Life nous a réconciliés avec les procedurals : dans la peau de Charlie Crews, inspecteur de police qui revient aux affaires après douze ans d’emprisonnement, Damian Lewis ne cesse de nous surprendre. Économie de gestes, regards à l’insistance déstabilisante, sourires doucereux dont on ne sait jamais d’où ils viennent ni à qui ils s’adressent, humour à contretemps… « Si vous construisez votre personnage sur l’intensité et l’immobilité, vous n’avez plus qu’à esquisser un sourire pour que l’effet soit immense », commentait l’acteur, fan de Gary Cooper, à l’occasion d’une interview dans le journal The Independent. Minimaliste, son jeu oscille entre le zen, dont le flic mangeur de pommes est adepte, et quelque chose d’incernable qui, par instant, rend le personnage presque inquiétant.

Cette subtilité, l’acteur anglais (né à Londres en 1971) la doit peut-être à sa formation théâtrale. Diplômé d’Eton, prestigieux sérail de l’élite britannique, Damian poursuit sa formation à la Guildhall School of Music and Drama, aux côtés d’Ewan McGregor et Jude Law. Alors que ses copains de promo deviennent des stars de cinéma, il intègre la Royal Shakespeare Company. Mais sur les planches comme à la télévision (on le voit dans Warriors, mini-série de la BBC sur la guerre en Bosnie), il écope des seconds rôles. L’acteur au visage parsemé de tâches de son met cette fatalité sur le compte de sa singularité physique : « Les roux sont traités différemment, c’est une réalité. »

Steven Spielberg et Tom Hanks ne s’arrêtent pas à ce détail : en 2001, ils lui confient le rôle du Major Winters, le personnage principal de Band of Brothers. Le triomphe de cette mini-série sur la Seconde Guerre Mondiale crée un buzz autour du nouveau venu, la rumeur parlant même de lui pour James Bond (« Un James Bond roux ? », dément avec humour l’intéressé). Mais alors que les portes d’Hollywood s’entrouvrent, Damian se distingue dans son pays d’origine, où son interprétation de l’homme d’affaires Soames Forsyte dans une saga produite par ITV remporte tous les suffrages.

Bête de jeu

Quand il retraverse l’Atlantique en 2004, c’est pour participer à un film d’auteur, Keane. Dans cette œuvre sombre réalisée par Lodge Kerrigan, il incarne avec une fièvre hallucinée un père obsédé par la perte de sa fille, revenant sans répit sur les lieux de la disparition, nous entraînant dans l’enfer psychique d’un deuil irréalisable. Sa réputation de bête de jeu est faite, mais les grands emplois tardent à suivre. Quelques films oubliables (Brides, Chromophobia, Une Vie Inachevée...), et c’est finalement sur NBC qu’il s’impose en décrochant le premier rôle de Life.

En adoptant l’accent américain pour devenir un flic du LAPD, Damian Lewis gagne son existence aux yeux du grand public avec un personnage aux antipodes de ses origines, lui que la presse britannique adore faire passer pour un posh arrogant. Le grand écart ne lui fait pas peur : « Jouer peut être thérapeutique, comme méditer. Vous vous imaginez faisant partie d’un monde qui n’est pas le vôtre. Vous vous évadez. » C’est aussi son raffinement et son assurance un peu crâne de college boy britannique qui, affleurant à la surface du personnage, confèrent à Charlie Crews l’excentricité qui fait de lui un héros passionnant.

Comme son autre idole, Steve McQueen, Damian Lewis porte sur lui une classe virile, une séduction canaille. Preuve vivante, pour qui en douterait, qu’on peut être rouquin et sexy. « C’est agréable d’être désiré, mais je me méfie des étiquettes », désamorce l’acteur, faussement modeste. Il préfère insister sur son engagement humanitaire, tresser des lauriers à sa femme (l’actrice anglaise Helen McCrory) et parler de ses projets. Après Tony Blair dans Confessions of a diary secretary, téléfilm diffusé sur ITV en février 2009, il sera un spécialiste des évasions dans The Escapist, puis un tueur à gages dans The Baker, comédie noire qu’il a produite pour son frère, le réalisateur Gareth Lewis. On est surtout curieux de le découvrir en cote de maille dans Love & Virtue, le film de Raoul Ruiz basé sur la chanson de Roland. Toujours là où on ne l’attend pas.