15/02/1954

Le sixième Simpson

Par Pierre Langlais

Électron libre, le père de la famille yankee la plus célèbre de l’histoire de la télévision a révolutionné le monde des séries d’animation. Indépendant, progressiste, il s’applique à toucher tous les publics, à faire réfléchir ceux qui le peuvent et à faire rire les autres. Retour sur son parcours, alors que "Les Simpson, le film" sort sur les écrans français.

Matt Groening (prononcez "greyning", il y tient), n’a rien d’un Simpson. Il n’est pas jaune, est loin d’être ignorant, et ne vit pas dans un pavillon quelconque d’une ville mystère au nom mortellement commun outre-Atlantique – Springfield. Pourtant, le créateur d’Homer, Bart, Marge et d’une bonne centaine de personnages de la série d’animation la plus regardée de la planète est intimement lié à ses héros. Les Simpson, c’est toute sa vie, c’est ce qui restera de lui, son compte en banque, sa maison sur les hauteurs de Los Angeles, son mariage, son passé et son futur. À 53 ans, Groening est, en ce sens, plus que jamais un membre de la famille Simpson, celui qu’on ne voit pas, celui qui dessine, l’air de rien, la caricature la plus discrètement caustique que l’Amérique de ces vingt dernières années n’ait jamais adorée.

C’est d’ailleurs peu dire que les Groening, descendants d’immigrés allemands, sont proches des Simpson. Les parents de Matt (en fait Matthew Abram de son prénom complet), Homer et Margaret (Marge pour les intimes – la Marge de la série étant en fait une contraction de Marjorie), ont donné leurs noms aux parents Simpson. Ses deux sœurs, Lisa et Margaret (Maggie pour les amis) sont devenus leurs enfants. Il a donné son propre second prénom à leur grand-père (en ajoutant un "h", pour donner Abraham). Quant à Bart, il serait, selon les sources, Groening enfant ou son frère, Mark. Patty, sa dernière sœur, est elle devenue une sœur de Marge Simpson. Les similitudes ne s’arrêtent pas là. Le chef Wiggum, qui dirige, avec la perspicacité d’une taupe éthylique le commissariat de la ville, partage le nom de jeune fille de la mère de son créateur…qui finira par baptiser ses deux enfants Homer et Abraham. La boucle est bouclée. Suivre à la trace la vie de Matt Groening, c’est retrouver à chaque coin de rue un nom familier, celui d’un héros jaune, de Ned Flanders, le voisin souffre-douleur et bigot, au révérend Lovejoy, en fait deux rues de sa ville natale de Portland, Oregon.

La vie est un enfer…

Fils d’un dessinateur, publicitaire et réalisateur, Matt Groening a, dès son plus jeune âge, été encouragé à suivre les traces de papa. Ouverts d’esprit, les Groening n’ont jamais été très à cheval sur les questions scolaires et Matt finira dans une université à part, l'Evergreen State College à Olympia, dans l’État de Washington – il fera emménager la famille Simpson, plus de dix ans après, au 742 Evergreen Terrace. Dans "cette fac de hippies, qui ne donnait pas de notes et qui ne forçait personne à venir en cours, berceau de tous les tarés de la région", Groening approfondit son goût du dessin de presse, et accepte même, lors de sa quatrième et dernière année, un poste de chef d’édition au journal du campus. De temps en temps, il y griffonne un cartoon, mais c’est l’écriture qui l’attire avant tout. Toute sa carrière, il ne cessera de le répéter, il se voit comme "un écrivain qui, par le jeu du hasard, est aussi devenu un dessinateur."

En 1977, à 23 ans, Matt Groening quitte son nord natal pour Los Angeles, afin de tenter sa chance, trouver une place de journaliste et, qui sait, peut-être écrire quelques bouquins. Le succès n’est pas exactement au rendez-vous. Il enchaîne les petits jobs et finit vendeur dans une librairie musicale sur Sunset Boulevard. Dans une lettre adressée à un ami quelques mois plus tard, il décrit sa vie comme un enfer, et griffonne une planche de ce qui deviendra Life in Hell. Aujourd’hui publiée chaque semaine dans plus de 250 journaux, cette planche hebdomadaire se vend d’abord sous le manteau, à la sortie de son boulot. Groening y fait philosopher des lapins ou un couple d’homosexuels, Akbar et Jeff, en quelques vignettes tantôt abstraites, tantôt touchantes, souvent cyniques. En 1978, Wet Magazine, un bimestriel avant-gardiste, lui offre son premier job. Deux ans plus tard, ce sera le L.A. Reader. Entre temps, Life in Hell est devenu un succès underground. La carrière de Groening est lancée.

Le hasard va faire le reste. En 1985, James L. Brooks, producteur à la recherche d’une nouvelle série de courts métrages animés, lecteur de Life in Hell, contacte Groening pour discuter du projet avec lui. La légende veut que Groening, pressé, ait crayonné en à peine un quart d’heure la famille Simpson, dans le cabinet d’attente du bureau de Brooks. Ce dernier, qui voulait au départ une adaptation de Life in Hell, accepte ces drôles de personnages jaunes, encore tordus et au trait incertain à l’époque, et lance une série de courts pour le Tracy Ullman Show de la Fox, en avril 1987. En 1989, le dessin animé s’étire, et prend son format actuel, trente minutes.

Originaire de Fort Jackson (Caroline du Sud), d’où elle est diplômée d’art dramatique, Mary-Louise Parker a débuté dans « Ryan's Hope », un soap à la sauce « Feux de l’amour », entre 1975 et 1989. A la fin des années 80, la jeune femme déménage à New York et fait ses débuts à Broadway dans une production de Craig Lucas, « Prelude to a kiss », qui lui offre ses premiers prix : un Clarence Derwent Award et une nomination pour un Tony Award, équivalent théâtral des Oscars. Le succès est tel que la pièce est adaptée au cinéma par Norman René. Malheureusement, c'est Meg Ryan qui sera choisie pour donner la réplique à Alec Baldwin. Une déception ? Non, car le réalisateur à d’autres projets pour Mary-Louise. La même année, il lui confie l’un des rôles principaux dans « Long Time Companion ». Ce film sur le sida, un sujet aventureux pour l’époque, marque la volonté de l’actrice de préférer la qualité artistique à la facilité de quelques bluettes. Pari gagnant : Mary-Louise est saluée par les critiques du monde entier.

La petite sœur des stars

Dans les années 1990, la belle fait plus ample connaissance avec le cinéma, toujours avec parcimonie et exigence. On la voit dans « Beignets de tomates vertes » (1991), de Jon Avnet, deux fois nominé aux Oscars. Avec Cathy Bates, elle y livre les chroniques d'une petite ville d'Alabama de 1929 à nos jours. Suit « Grand Canyon » en 1992, de Lawrence Kasdan, qui rafle l'Ours d'or du festival de Berlin et deux nominations aux Oscars. A partir de 1993, Mary-Louise Parker obtient des seconds ou troisièmes rôles avec des grands réalisateurs : Anthony Minghella (« Mr Wonderful » en 1993), Woody Allen (« Coup de feu sur Broadway », avec John Cusak en 1995), Jane Campion (« Portrait de femme », avec Nicole Kidman et John Malkovitch en 1996). La comédienne ne craint pas d’écorner son image et affirme son engagement social en choisissant des films indépendants ou des sujets difficiles comme le long-métrage « Avec ou sans hommes », d’Herbert Ross (1995), qui croque la vie d’une lesbienne et d’une malade du sida. Ce goût du risque lui vaut l’admiration de la profession, mais sa carrière cinématographique peine à passer un palier. Qu’à cela ne tienne, Mary-Louise Parker poursuit son ascension au théâtre.