Le 29/01/1945

Par Kamel Hajaji

C'est alors qu'il envisage de suivre des cours d'architecture et se rend devant une salle bondée d'étudiants pour signer son inscription qu'il décide de pousser la porte d'à côté, celle des leçons de comédie. Un mal pour un bien puisque sous les traits de Magnum, essentiellement, Thomas William Selleck séduit toute une génération de sériphiles.

1,93 mètre de charme brut pour le bonheur des ménagères, il est, selon le magazine People en 1998, l’un des 50 plus beaux hommes connus. Encore une de ses « gueules d’amour » qui finit, immanquablement, par se retrouver sur l’écran. Et encore une fois, dans ce métier, tout est affaire de destin. A croire qu’il vient au comédien et non l’inverse et s’impose à lui comme une évidence.
Sa filmographie impressionnante, truffée de seconds rôles et d’apparitions en tous genres, débute en 1969, dans Lancer, une série western, pour ne plus jamais vraiment s’arrêter, hormis une traversée du désert de quelques années. Une trajectoire somme toute classique. Surtout si, comme lui, on incarne pendant plusieurs années le même personnage. L’inconscient collectif accepte mal que ses héros de grandes séries changent de peau.

Avant de devenir le détective au grand cœur et au sourire charmeur, Selleck accède à la popularité notamment grâce à son rôle de Jed Andrews dans Les Feux de l’amour pendant une saison dans des épisodes inédits en France et celui de Lance White dans 200 dollars plus les frais, une série qui suit les aventures d’un détective privé (James Garner) installé à Malibu. Un clin d’œil à ce qui attend notre acteur. Il est toujours amusant de voir comment les pièces d’un puzzle de la vie d’un comédien s’emboîtent les unes aux autres. Il y a toujours cette impression que certains signes du passé dessinent le succès futur. Quoiqu’il en soit, Mister Selleck commence à se construire une image autour des genres du polar et de la comédie dramatique. Aucune prestation transcendante jusqu’alors mais juste ce qu’il faut pour le placer sur la liste des grands rôles à venir. Hollywood aime lancer des séries autour d’acteurs méconnus. Ce sont des risques pas toujours calculés, plutôt des défis artistiques. L’industrie du divertissement les suit pas à pas et attend la naissance du projet adéquat pour les mettre sur le devant de la scène. Cela lui permet de faire découvrir de nouveaux talents et de perpétuer le rêve américain dans lequel rien n’est impossible et où chacun peut avoir son heure de gloire. L’attrait de la nouveauté mêlé à l’excitation d’assister à l’ascension d’un acteur génère l’enthousiasme des studios et du public.

« Tout cela est magnumesque »

C’est ainsi qu’Higgins, le second personnage pilier de la série, qualifie et taquine l’univers du détective. Magnum voit le jour suite à un concours de circonstances heureuses pour le spectateur. En 1980, Hawaï police d’Etat s’achève et les studios de production de CBS partent en quête de sa remplaçante. La chaîne contacte deux créateurs prometteurs, Glen A. Larson (Battlestar Galactica, K2000, L’homme qui tombe à pic) et Donald P. Bellisario (Code Quantum, JAG, NCIS : enquêtes spéciales). L’idée de départ est de créer un personnage proche de James Bond, macho, coureur de jupons mais surtout infaillible. Tom Selleck n’est pas emballé par la personnalité pleine de clichés. Il souhaite se glisser dans la peau de quelqu’un de plus humain, aux faiblesses visibles et à l’humour plus étincelant. Les créateurs ajoutent à la série au départ dramatique, un soupçon de comédie. Bellisario, notamment, travaille beaucoup sur les nuances apportées au personnage central, en l’habillant d’une âme de garnement espiègle et d’un look décontracté.
En 1980, Magnum sort des tiroirs et s’invite sur le tube cathodique, nourrissant pendant huit belles années l’esprit du spectateur d’une friandise sucrée salée, drôle, légère avec ce brin de drame pour le tenir en haleine.

Malgré une première saison timide en termes d'audience, la série conquiert finalement un large public, charmé par le personnage campé par Selleck. Celui-ci devient le chouchou de beaucoup de sériphiles dans les années 80 ce qui vaut à Magnum d’être aujourd’hui considéré comme un classique du « huitième art ». Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, l’acteur innove dans son approche du justicier. Magnum dispose d’un capital sympathie au summum, son caractère jovial et léger en fait le porte drapeau d’une génération de flics et détectives « tendance ». A l’instar de Starsky et Hutch, il ouvre une nouvelle voie à la série policière, dépoussiérant ses figures sombres comme Kojak ou Robert Dacier dit « L’Homme de fer ». Par ailleurs, l’action se déroule au cœur de paysages de rêve et procure une sensation de fraîcheur absente de ces séries, majoritairement citadines. Autre point, Magnum est l’une des premières séries a exploré les traumatismes du Vietnam. Thomas replonge durant certains épisodes dans les méandres de son passé et offre, ainsi, une tribune aux naufragés de guerre. Et puis, pour beaucoup, la vie du détective incarne un paradis sur terre. Affublé de sa moustache, désormais célèbre, d’une chemise à fleurs et d’un simple short, le grand brun sillonne l’île au volant de son bolide, fait tomber les filles, dispose d’une liberté quasi outrancière, acquise sans effort, pouvant à loisir se baigner dans des eaux claires ou siroter des cocktails, aux frais du prince Masters.

Un changement de cap difficile à manœuvrer

Cependant, après avoir passé plusieurs années à imprégner la pellicule de son empreinte, l’acteur a du mal à apparaître sous d’autres traits. C’est le revers de la médaille que découvrent bon nombre de comédiens de séries phares : la difficulté à se reconvertir dans d’autres rôles. Alors qu’il devient le petit ami de Monica dans Friends, son personnage, ironise sur son sort en rasant sa moustache dans un épisode, demandant à sa dulcinée si elle n’est pas trop déçue. Un renvoi à son image cataloguée. Mais une porte de sortie semble se dessiner pour Tom. En signant son arrivée dans Las Vegas pour diriger l’équipe du Montecito dans la saison 5, l’acteur devrait réussir à s’éloigner enfin de Magnum. Et il ne lui faut pas moins d’une année dans un premier rôle pour gommer son image de grand séducteur. Ne reste qu’à espérer que celui-ci ne soit pas un copier-coller du détective. Aux vues du sujet traité, l’univers des casinos, le risque semble faible. Pour l’heure, Tom Selleck reste dans le cœur des spectateurs, malheureusement pour lui mais avec bonheur pour nous, Magnum, l’incarnation d’un art de vivre.