Par Léo Soesanto

Magie de l’adaptation : en dégraissant et reliftant (bien) son matériau de base, Dragonball Evolution, version cinématographique du classique manga/anime ayant bercé le Club Dorothée, serait presque un film potable. Retour sur une série fleuve passée de l
On ne donnait pas cher de la version live de Dragon Ball au cinéma par James Wong (connu des fans d’X-Files et Millennium). Les causes ? Le casting approximatif (Chow Yun-Fat en Tortue Géniale – ils ne pouvaient pas avoir Pat Morita), l’édulcoration du matériau de base (le manga/anime) pour les (jeunes) yeux US. Et le souvenir d’une adaptation ciné taïwano-philippine de 1989 trouvée en DVD chez Leclerc (on en parle bien chez Nanarland). Dragon Ball, en papier ou au Club Dorothée, c’était donc beaucoup de bastons ultra-violentes, du slapstick et quelques écarts libidineux (l’obsédé Tortue Géniale). Le monde imaginé Akira Toriyama était une auberge espagnole, d’abord vaguement inspiré du classique conte chinois Le Voyage en Occident avec, en roi-singe, Son Goku, gamin animal, sympa et spontané, à la recherche des fameuses boules de cristal qui permettent d’exaucer un vœu.

La première série (1986-1989) est la plus agréable : l’univers, mêlant magie (haricots) et technologie (voitures en capsule), est pop, un brin naïf et sert une odyssée picaresque aux personnages hauts en couleur (le cochon caméléon Oolong, Yamcha le brigand ou Bulma en power girl). L’ingénuité de Goku (qui est du genre à épouser quelqu’un plus par promesse que par amour en était l’élément le plus rafraîchissant). Ensuite, ça se gâte : le fleuve Dragon Ball Z (1989-1996), avec Goku adulte, radicalise une logique de soap opera, où les combats successifs contre des ennemis de plus en plus puissants remplacent les mariages enfilés de Ridge et Brooke dans Amour, Gloire et Beauté. L’escalade est un peu lassante – où l’on découvre que Goku est un extraterrestre -, genre Chevaliers du Zodiaque, et rétrospectivement, il y a la même sensation que mater une démo de jeu vidéo (ironiquement, il faut attendre 2002 pour voir une adaptation à peu près convaincante sur PS2). Le court Dragon Ball GT (1996-1997) voudrait réconcilier fraîcheur (Son Goku redevient un gosse) et délire apocalyptique (personnages upgradés, qui fusionnent et s’enflamment) mais c’est déjà trop tard (les hormones aidant, on est allé voir du côté de Nicky Larson).

DB Z et DB GT, où l'esprit Dragon Ball boosté à la testostérone.

Et ce fameux Dragonball Evolution alors ? Le film coupe dans le gras (1h30) et sent le montage (très) mutilé. Ce n’est pas très bon mais c’est moins pire que prévu, en dépit d’acteurs pas toujours concernés (James Marsters en Braini…, non Piccolo), ou un combat modeste par rapport aux promesses de fin du monde du script. Le film, lui, fait mouche quand il s’agit d’adapter/trahir le manga. Pas très singe mais plus ado, Goku (Justin Chatwin, quelque part entre Robert "Twilight" Pattinson et Hugh "Wolverine" Jackman, oui oui) a ses problèmes au collège et avec les filles, et Bulma (Emmy Rossum) y est reliftée en héroïne à la Lara Croft.
Emmy Rossum et Justin Chatwin en Bulma et Goku. James Marsters en Piccolo.
Crédibilisé façon Iron Man, le monde de Dragon Ball Evolution est un moyen pour Wong de faire passer en douce une société post-raciale, où Tortue Géniale a un maître afro-américain, où les romances mixtes passent comme lettre à la poste. Ce qui change des Noirs un peu Banania de l’original. Un personnage en crise d’identité réalise qu’il peut réconcilier ses aspects indigène/immigré. Si le film s’adresse aux gamins, le message est quand même sympathique. Dommage qu’il manque d’ampleur. Quoique, comme rencontre Orient/Occident, c’est plus aimable que Le Royaume Interdit, où Jet Li/Jackie Chan se ridiculisent avec du kung-fu aussi goûtu que du canard laqué surgelé. On ne tique même pas face à Chow Yun-Fat/Tortue Géniale en caution comique cantonnais – qui rappelle que Dragonball Evolution est produit par Stephen "Shaolin Soccer" Chow. Les fans de Toriyama crieront au sacrilège. Tant pis.
Dragonball Evolution, un film de James Wong.
Actuellement en salles.