Par Léo Soesanto

A l’occasion de la sortie de The Dark Knight en DVD, petite revue de la carrière plus ou moins heureuse de Batman à la télévision. Entre extravagances pop (« POW ») et girl power déplacé, le Chevalier Noir fut surtout sauvé par l’animation.

En 1989, l’annonce dans les cours de récré d’un Batman au cinéma provoquait des bat-moues chez les copains : « Mouais, Batman comme le type en bleu qui parle bizarrement comme mon papy avec son copain en collants à la télé ? » Quand nous vîmes le film de Tim Burton, les moues s’étaient effacées mais cela dénote à l’époque (du moins dans ma cour de récré) des dégâts causés par la série sixties. L’homme chauve-souris à la TV, c’est d’abord le show (1966-1968) de William Dozier, un objet pop à prendre au quinzième degré, mais qui n’est peut-être pas la meilleure introduction au personnage. Ce Batman-là utilise de vieilles ficelles comme une structure en feuilleton avec cliffhanger en fin de chaque épisode, surtout enrobées d’une épaisse couche de camp, où les héros sont très affectés, les méchants et leurs machinations vaguement ridicules, et où à peu près personne n’est tué. La BD s’invite, elle, dans les combats à coup d’onomatopées zébrant l’écran (« Pow », « Kaboom »). Ce n’est pas très sérieux donc même si cette lecture touche au ridicule congénital de la situation (deux justiciers en collants affrontant des hommes pingouins et autres clowns) tout en restant en phase avec son temps : le « pop art », c’est la contestation qui bouleverse le bon goût, la hiérarchie de valeurs. « L’objectif du camp est de détrôner le sérieux […], le camp voit tout entre guillemets. » (Susan Sontag, Notes sur le Camp)
And beyond
Il faudra attendre 1992 pour voir « Batman » redevenir Batman à la TV, par le truchement d’un média qui n’impose pas une distance comme le live (car quand même, un homme chauve-souris…). Batman, La Série Animée (The Animated Series) s’engouffre dans la brèche ouverte par les films de Burton (dont le sublime Batman, Le Défi) pour redonner de l’ampleur, du sérieux et de la… BD à celui connu maintenant comme le Dark Knight depuis le graphic novel de Frank Miller. Premier degré (on y voit du sang, des armes à feu), la série puise dans ses racines comics, le gothique burtonien mais aussi dans le film noir pour composer un monde à la fois moderne et rétro – où les messieurs portent feutres/impers devant leur ordinateur, dans des décors où les ombres tissent des toiles d’araignées et de drame. Quatre saisons, souvent de rêve, des crossovers avec La Ligue des Justiciers et un beau spin-off, Batman : La Relève (Batman Beyond), qui imagine, dans un Gotham City futuriste, très Blade Runner, comment un Bruce Wayne/Batman retraité chaperonne un nouveau jeune Batman encore plus couturé de gadgets (et qui sait vraiment voler).
Mais il semble que le Batman télé suive les fluctuations du héros au cinéma. Après les croûtes « fluocamp » - du genre à guérir le daltonisme - de Joel Schumacher, apparaît en 2002 le temps d’une saison une série qui avait tout de la bonne idée pourtant : Birds of Prey utilise des personnages féminins de l’univers batmanien (Batgirl, The Huntress) pour en faire une tambouille moche à la sous-Buffy en cuir, sans idées, sans Batman (qui a quitté Gotham « traumatisé »). Ca ne trompe pas : une fois, Batman réactivé version ultra-réaliste, ultra-sentencieuse, par Christopher Nolan au cinéma, voilà que sort Gotham Knight, anthologie à la Animatrix tout aussi ultra-sentencieuse. Jusqu’au prochain cycle, Batman retrouve ses, sa couleur : nuit, où toutes les Catwomen se grisent.